Le cancer du col de l’utérus éliminé d’ici 100 ans?

Jean-François Cliche
Jean-François Cliche
Le Soleil
Avec une bonne couverture vaccinale contre le virus du papillome humain (VPH), du dépistage et un bon accès aux soins, le cancer du col de l’utérus pourrait pratiquement disparaître d’ici un siècle à l’échelle planétaire, et même d’ici 2040 dans certaines régions comme l’Amérique du Nord, selon deux études parue jeudi soir dans la revue médicale The Lancet.

C’est sous la direction du chercheur du CHU et de l’Université Laval Marc Brisson qu’une équipe de chercheurs a fait ces prédictions. Juste avec la vaccination, en présumant que 90 % des jeunes filles reçoivent le vaccin, pas moins de 89 % des cancer du col pourraient être évités, calculent M. Brisson et ses collègues. C’est que le VPH, une «famille» de virus regroupant 170 souches différentes, est de loin la principale cause du cancer du col de l’utérus, étant à l’origine de la quasi-totalité des cas — de même qu’à celle d’une majorité des cancers ano-génitaux et de la gorge. La plupart des infections au VPH sont très bénignes, mais une petite partie dégénère en cancer.

En ajoutant l’effet du dépistage, du traitement des lésions précancéreuses et de l’accès aux soins, c’est 97 % des cancers du col qui seraient évités, ou 72 millions de cas au cours des 100 prochaines années.

«Si la stratégie [de l’OMS, qui allie vaccination, dépistage et soins, NDLR] est adoptée et appliquée par les États membres, le cancer du col de l’utérus pourrait être éliminé dans plusieurs pays à partir de 2040 et sur toute la planète d’ici un siècle, ce qui représenterait une victoire exceptionnelle pour la santé des femmes, a déclaré M. Brisson dans un communiqué. Toutefois, cet objectif ne pourra être atteint sans un engagement international considérable, tant sur le plan politique que financier.»

Rappelons que M. Brisson et sa collègue du CHU Mélanie Drolet avaient déjà publié, l’an dernier dans The Lancet, une étude montrant que les programmes actuels de vaccination contre le VPH font déjà nettement reculer à la fois le virus et les lésions précancéreuses chez les adolescentes et les jeunes femmes, au point de laisser entrevoir l’élimination de ce cancer «en tant que problème de santé publique» — c’est à dire que le virus ne disparaîtra pas et qu’il faudra donc poursuivre la vaccination, mais qu’il y aura suffisamment peu de cancers du col de l’utérus pour que ne plus le considérer comme un problème de santé publique. Jean-François Cliche