La majorité canadienne-anglaise devrait reconnaître que c'est de la minorité québécoise qu'est née la poutine, estime le chercheur Nicolas Fabien-Ouellet.

Le Canada s'est-il approprié la poutine du Québec?

De plat mal aimé utilisé pour stigmatiser les Québécois, la poutine a fait son chemin jusqu'à la Maison-Blanche, où l'ex-président américain Barack Obama en a dégusté une version modifiée avec le premier ministre Justin Trudeau en mars 2016.
Étudiant à la maîtrise à l'Université du Vermont, Nicolas Fabien-Ouellet, qui a grandi à Saint-Augustin-de-Desmaures et étudié au Cégep de Sainte-Foy, s'est intéressé à ce qui a amené ce plat typiquement québécois à retrouver ses lettres de noblesse et même à faire l'objet d'appropriation culturelle par les autres provinces canadiennes.
Son article sur le sujet lui a valu lundi le prix de l'Association canadienne des études culinaires et il le présentera mardi lors du Congrès des sciences humaines et sociales à l'Université Ryerson de Toronto.
«Les Québécois ayant gagné en capital social, leur culture et leur cuisine sont maintenant appréciées», raconte M. Fabien-Ouellet, rappelant que le plat qui célèbre ses 60 ans cette année avait été qualifié de «pire catastrophe gastronomique du XXe Siècle» par le caricaturiste Christopher Terry Mosher, alias Aislin, dans le journal The Gazette en 1987.
«À cette époque, tant les Français que les Canadiens des autres provinces snobaient la poutine et refusaient d'en manger alors que certains Québécois s'en dissociaient. Aujourd'hui, le reste du Canada a adopté la poutine et l'a adaptée. C'est merveilleux!», poursuit le chercheur.
Pour l'auteur de l'article «<i>Poutine Dynamics</i>», Nicolas Fabien-Ouellet, qualifier la poutine de mets canadien équivaudrait à qualifier de «mets chinois» tous les mets asiatiques.
S'il n'a rien contre cette appropriation culturelle, Nicolas Fabien-Ouellet estime toutefois qu'il faudrait «rendre à Spartacus ce qui revient à Spartacus», pour reprendre ses mots. Bref, que la majorité canadienne-anglaise devrait reconnaître que c'est de la minorité québécoise qu'est née la poutine.
«Maintenant que la poutine est appréciée et reconnue, certains se sont mis à la qualifier de "mets canadien" alors que c'est plutôt un mets québécois inventé au Centre-du-Québec. Si le groupe dominant apprécie la culture du groupe minoritaire, il doit reconnaître d'où elle vient», poursuit-il, indiquant que de qualifier la poutine de mets canadiens équivaudrait à qualifier de «mets chinois» tous les mets asiatiques.
L'étudiant à la maîtrise estime que la poutine devrait aussi faire l'objet d'une classification culinaire nouvelle. «Il y a de la poutine italienne, de la poutine grecque et combien d'autres variétés. La poutine mérite une classification culinaire à part entière», conclut-il.