Un champ de canola en Alberta

Le Canada à la recherche de nouveaux clients asiatiques pour son canola

OTTAWA - Le Canada est à la recherche de nouveaux clients asiatiques pour son canola afin de répondre à l’embargo décrété par la Chine, a indiqué lundi le ministre du Commerce international, Jim Carr.

Ottawa continue également de faire pression sur le gouvernement chinois afin qu’il autorise une délégation canadienne à se rendre en Chine pour vérifier les allégations selon lesquelles le canola canadien serait contaminé par des parasites, a déclaré le ministre Carr en entrevue.

Invoquant des inquiétudes non prouvées concernant des «organismes nuisibles», la Chine a rejeté les envois canadiens de semences de canola au cours des derniers mois et a suspendu les licences de deux grands exportateurs canadiens. Le 1er avril, Ottawa a demandé à Pékin que des membres de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et d’Agriculture et Agroalimentaire Canada puissent se rendre en Chine pour confirmer les allégations, mais aucune réponse n’a été reçue à ce jour.

L’ACIA a inspecté à deux reprises les expéditions en question et n’a trouvé aucune impureté, déclarait le ministre Carr à La Presse canadienne samedi, avant la visite à Ottawa du premier ministre japonais, Shinzo Abe.

«Nous voulons avoir une conversation scientifique avec les Chinois pour vérifier les allégations selon lesquelles le canola canadien de très haute qualité contiendrait des impuretés. Nous souhaitons que cela nous soit démontré», a soutenu le ministre. «Nous enverrons une délégation de haut niveau dès que cette invitation nous sera transmise. En attendant, il est important que nous recherchions d’autres marchés pour notre canola et, bien sûr, l’Asie-Pacifique en fait partie, y compris le Japon.»

La ministre fédérale de l’Agriculture, Marie-Claude Bibeau, a également écrit à ses homologues chinois pour faire pression, a ajouté M. Carr. Quand on lui a demandé pourquoi, selon lui, les Chinois tardaient tant à répondre, M. Carr a répondu: «Je ne peux pas parler pour eux.»

Les premiers ministres Trudeau et Abe ont discuté en fin de semaine du différend entre le Canada et la Chine concernant les détenus et le canola, lors de la visite de deux jours du dirigeant japonais à Ottawa.

La Chine «essaie d’imposer son approche à des pays du monde entier», a déclaré M. Trudeau. «Alors que des pays comme le Japon et le Canada continuent de s’engager économiquement avec la Chine, nous devons faire face à certains de ces défis.»

Le premier ministre Abe a de son côté souligné que «le Japon et le Canada partagent les mêmes valeurs de liberté, des droits de la personne et de l’État de droit».

«La communauté internationale doit s’en inspirer, s’unir et encourager la Chine à jouer un rôle constructif», a-t-il souhaité.

Scheer demande d’accentuer la pression

Le chef conservateur Andrew Scheer a tenu lundi matin une conférence de presse pour demander au premier ministre Trudeau de couper le financement prévu par Ottawa à la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures de la Chine, dans laquelle le Canada s’est engagé à verser 256 millions $ sur cinq ans.

Il a également demandé à M. Trudeau de prendre plusieurs mesures plus immédiates, en nommant par exemple un nouvel ambassadeur en Chine rapidement, en déposant une plainte sur le canola auprès de l’Organisation mondiale du commerce et en augmentant le soutien financier aux agriculteurs canadiens pris dans le feu croisé de ce qui est devenu un différend diplomatique plus large entre les deux pays.

«En ne faisant rien, cette politique d’apaisement que Justin Trudeau a adoptée avec le gouvernement en Chine n’a clairement pas fonctionné», a déclaré M. Scheer à Ottawa.

La décision de la Chine de couper les expéditions de graines de canola canadiennes est largement considérée comme une tentative d’appliquer une pression économique sur le Canada à la suite de l’arrestation en décembre de la dirigeante de Huawei, Meng Wanzhou, à Vancouver, à la demande des États-Unis.

Dans les jours qui ont suivi l’arrestation de Mme Meng, la Chine a arrêté deux citoyens canadiens accusés d’avoir participé à des activités mettant en danger la sécurité nationale de la Chine. Michael Kovrig, un ancien diplomate canadien, et Michael Spavor, un entrepreneur, sont toujours détenus par les autorités chinoises. Le gouvernement Trudeau a qualifié ces détentions d’«arbitraires».

Quelques semaines plus tard, M. Trudeau a montré la porte à l’ambassadeur du Canada en Chine John McCallum, député libéral de longue date et ancien ministre, pour s’être écarté du scénario adopté par le gouvernement afin d’obtenir la libération des deux hommes.

M. Scheer a essayé lundi de faire de la querelle du canola un exemple parmi tant d’autres des échecs des libéraux en matière de politique étrangère. «Il n’y a eu aucune réaction, aucune conséquence pour la détention de nos citoyens et l’interdiction de nos exportations par le gouvernement chinois», a déploré M. Scheer. «Je pense que lorsqu’un pays se défend et montre que le fait de maltraiter nos citoyens et de bloquer nos exportations a des conséquences, c’est à ce moment que la Chine reconnaîtra qu’elle ne devrait pas poursuivre dans cette voie.»

Le gouvernement libéral a mis en place un groupe de travail sur le canola et a demandé à une délégation d’experts de se rendre en Chine pour examiner les plaintes. Il a indiqué qu’il explorait différentes options pour apporter un soutien financier aux agriculteurs.