L'enquêteur principal régional du Bureau de la sécurité des transports, François Dumont, soulève de sérieux doutes sur la sécurité et la navigabilité du NM Apollo. Sans tarder, il a fait part de ses inquiétudes à Transports Canada.

Le BST inquiet de la sécurité et de la navigabilité de l'Apollo

MATANE – Arrivée dimanche soir au port de Matane pour enquêter sur les circonstances de l'accident du traversier NM Apollo, l'équipe du Bureau de la sécurité des transports (BST) a ouvert une véritable boîte de Pandore. Outre la brèche causée à l'étrave levant et à la coque lors de l'impact avec le quai, samedi, les deux enquêteurs soulèvent de sérieux doutes sur la sécurité et la navigabilité du navire. Sans tarder, ils ont fait part de leurs inquiétudes à Transports Canada.

Dès le premier coup d'œil, les deux hommes ont pu constater l'ampleur des dommages de certains éléments essentiels à la sécurité du navire. «On parle de corrosion exacerbée avec le temps et de manque d'entretien sur certaines composantes essentielles», explique l'enquêteur principal régional du BST, François Dumont.

La liste est longue : la coque et les ponts ne sont pas étanches, les écoutilles sont en mauvais état, des portes ne ferment pas de façon étanche, des cadres de fenêtres sont pourris et arrachent dans les salons d'équipage et des passagers, les volets et les portes coupe-feu ne ferment pas de façon adéquate, des circuits électriques sont raboudinés… L'enquêteur précise pourtant qu'il ne s'agit pas d'une liste exhaustive. «Ce sont des dommages assez sévères», souligne-t-il.

S'il n'est pas de sa responsabilité de prévoir la durée de temps nécessaire à la remise en service du bateau, il sait toutefois que sera long. «On parle d'une bonne période de temps pour effectuer les réparations, indique le porte-parole du BST. Il y a beaucoup de travaux d'acier à faire.»

Transports Canada pourrait-il décider qu'il n'est plus en état de naviguer? «C'est une possibilité, mais la balle est dans leur camp», répond François Dumont. Les dommages étaient-ils présents lorsque la Société des traversiers du Québec (STQ) a acquis l'Apollo à la mi-janvier? «C'est fort probable, croit-il. On peut le présumer parce que ce ne sont pas des dommages qui ont été subis à la suite d'accidents. On parle de dommages et de détériorations qui ont été faits au fil du temps.»

Amalgame de causes

Le lendemain de sa collision avec le quai de Matane, la STQ estimait que l'accident avait pu être causé par une défaillance d'un système lors des manœuvres d'accostage. «Il est trop tôt pour tirer des conclusions et pour parler d'une défaillance mécanique, fait savoir M. Dumont. C'est un des aspects qu'on regarde. On analyse plein de facteurs. On regarde aussi le facteur humain. La conduite du navire par les membres d'équipage est examinée. On regarde également la météo, les vents, les conditions de glace, les vagues. Un accident n'est jamais le fruit d'une seule cause : c'est l'amalgame de plusieurs causes.»

L'enquêteur précise qu'il n'est pas du mandat du BST de blâmer, ni de déterminer les responsabilités civiles ou criminelles. «On fait juste déterminer les causes et les facteurs contributifs aux accidents, spécifie François Dumont. On fait des recommandations si nécessaires.»

Construit en 1970, le NM Apollo a été acheté à la mi-janvier par la STQ au coût de 2,1 millions$ sans avoir été inspecté. Il appartenait à la compagnie Labrador Marine qui le considérait en fin de vie utile. Il a été acquis pour remplacer le NM F.-A.-Gauthier, construit il y a un peu plus de trois ans au coût de 175 millions $. Le navire-amiral de la STQ est en cale sèche au chantier Davie depuis la mi-janvier et devrait y rester jusqu'en août.

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«JE PENSAIS QU'ON AVAIT TOUT VU»

«Les deux bras me tombent à terre», laisse tomber le député de René-Lévesque, Martin Ouellet, questionné sur le plus récent incident impliquant le NM Apollo.

Samedi soir, le navire qui effectue la liaison Matane–Baie-Comeau–Godbout est entré en collision avec le quai de Matane, près de trois semaines après avoir heurté le quai de Godbout. 

«Après tout ce qui s’est passé, je pensais qu’on avait tout vu, mais là rentrer dans le quai une deuxième fois… Est-ce que ce bateau-là a des problèmes mécaniques? Peut-être, on a acheté un bateau qui était en fin de vie», poursuit M. Ouellet. 

Le service de navette aérienne a été rétabli et des enquêteurs du Bureau de la sécurité des transports sont sur place. 

«C’est encore une fois aberrant comme situation. On s’attend à ce que le gouvernement trouve rapidement un bateau de rechange efficace, parce que ce qu’on sait, c’est que le Apollo ne sera plus en service à partir du 29 juin. Le temps presse. On a besoin d’une liaison fiable, une liaison qui va nous permettre aussi de transporter des marchandises», conclut le député de la Côte-Nord.  Sébastien St-Onge