Depuis son premier papier, publié le 8 septembre 2012, Mylène s'est forgé un créneau bien à elle dans le petit monde des chroniqueurs québécois.

Le bon monde de Mylène Moisan

D'aussi loin qu'elle se souvienne, Mylène Moisan a toujours aimé tout savoir sur la vie des gens. Du haut de ses 5 ans, dans l'autobus qui la menait avec sa mère de Val-Bélair à Québec, la petite curieuse en herbe se tournait vers l'occupant du siège arrière pour se livrer à un interrogatoire en règle. Bonjour, je m'appelle Mylène. Et toi, c'est quoi ton nom?
«Une fois arrivée, je savais tout de la personne. Quel âge elle avait, ce qu'elle faisait dans la vie...» lance la collègue, de son rire caractéristique que toute la salle de rédaction du Soleil a appris à reconnaître au premier éclat.
Depuis son premier papier, publié il y a presque cinq ans jour pour jour, le 8 septembre 2012, Mylène s'est forgé un créneau bien à elle dans le petit monde des chroniqueurs québécois. Les textes d'humeur, souvent maussades et pisse-vinaigre, très peu pour elle. La collègue de 43 ans carbure plutôt à l'extraordinaire qui se cache dans l'ordinaire des gens. Avec, en toile de fond, les thèmes du bonheur et de la résilience, vastes domaines existentiels qu'elle ne se lasse pas d'arpenter.
«Il y a ceux qui ont tout pour être heureux et qui sont malheureux, et il y aussi ceux qui ont tout pour être malheureux, mais qui sont heureux malgré tout», écrit-elle, en quatrième de couverture de son recueil de chroniques Les gens heureux ont une histoire, qui vient d'atterrir en librairie, au grand bonheur de ses milliers de fidèles lecteurs.
Après Maman est une étoile et Dans une classe à part, Mylène a choisi de colliger ses chroniques les plus marquantes, une soixantaine au total, portant sur des gens ordinaires, mais jamais banals. Avec, comme point d'originalité du recueil, un regroupement sous sept caractéristiques : les généreux, les dévoués, les battants, les amoureux, les survivants, les sages et les transformés.
Et, histoire de ne pas pitcher des chroniques comme ça, ce qui serait ben ordinaire», la collègue raconte brièvement comment l'histoire est venue jusqu'à elle et ce qui est advenu de son interlocuteur après publication. Tout cela écrit dans la quiétude de la nuit de Limoilou, entre 22h et 1h du matin, alors que ses deux gamins dormaient à poings fermés. Le livre leur est dédié. Elle leur souhaite d'être... heureux.
Le grand dans le petit
Les histoires qu'elle aime raconter, «celles qui ne font pas de bruit» et où se cache «le grand dans le petit», Mylène les glane le plus souvent dans sa boîte de courriels qui ne dérougit pas. Ou encore, seulement en ouvrant l'oeil et en tendant l'oreille autour d'elle, dans un parc, dans la rue.
Les histoires sont là, prêtes à être offertes aux lecteurs, mais encore faut-il qu'elles soient intéressantes. Si les gens heureux ont des histoires, ça ne signifie pas qu'elles sont toutes bonnes à raconter. Terminer un puzzle de 5000 morceaux ou se taper Québec-Montréal en marchant à reculons avec un nez de clown, désolé, ce n'est pas dans les cordes de ma collègue...
Des 700 chroniques écrites en cinq ans, Mylène se souvient de quelques-unes plus marquantes. Comme le récit de ce père éprouvé par la mort accidentelle de sa fille de 20 ans. Des années plus tard, l'homme, après avoir fait le ménage dans sa vie, se disait plus heureux qu'avant, malgré la douloureuse épreuve.
Après <i>Maman est une étoile</i> et <i>Dans une classe à part</i>, Mylène a choisi de colliger ses chroniques les plus marquantes, une soixantaine au total, portant sur des gens ordinaires, mais jamais banals.
Ou encore cette femme affligée d'une forme sévère d'arthrite rhumatoïde et qui, en dépit des noires prophéties de son médecin, court aujourd'hui des marathons. «Elle ne calcule pas son temps. Elle le fait pour elle. Elle n'est pas dans une anxiété de performance comme peut l'être tant de monde.»
Sa rencontre avec cette battante a été tellement mémorable pour la chroniqueuse qu'elle s'est elle-même mise à bouger davantage. «Je suis zéro sportive, mais je me suis acheté un vélo stationnaire. Quand ça ne me tente pas d'en faire, je pense à elle...»
Un baume
À force de recueillir des confidences, pas toujours joyeuses, notre travailleuse sociale du journalisme a appris à se protéger. «Au début, il arrivait que je sorte en pleurant d'une entrevue. J'ai appris à me développer une carapace.» Ce qui ne l'empêche pas de revoir plusieurs personnes qui ont fait l'objet de chroniques. Quelques-unes sont devenues des amies.
À notre époque où les mauvaises nouvelles s'accumulent, que la planète ne tourne pas tellement rond et que l'individualisme s'invite un peu partout, ses textes pleins d'optimisme ont l'effet d'un baume. «Les gens me disent souvent que mes chroniques leur font du bien, qu'elles mettent du soleil dans leur journée, qu'elles font contrepoids à la morosité ambiante.»
Elle ajoute : «Du bon monde, il y en a plus qu'on pense, sauf que tout le monde pense qu'il n'y en a plus...»
Et son rire de résonner encore une fois.