C’est dire que la Ville de Québec ne pourra atteindre comme prévu cette année l’objectif de refaire à neuf après trois années intensives d’asphaltage 25 % des 2400 kilomètres de son réseau.

Le bitume, nouvel or noir

Il y a pénurie de bitume en Amérique du Nord. Une situation qui fait grimper à prix d’or la noire substance et oblige, en partie, la Ville de Québec à reporter d’un an 15 % de ses 850 chantiers prévus en 2018.

La Ville a évoqué le «souci d’une saine gestion» pour reporter d’une année 133 projets de réfection de surface jugés non critiques. L’ensemble des travaux retardés à l’an prochain est évalué à 15 millions de dollars et représente 50 kilomètres de route. 

C’est dire que la Ville ne pourra atteindre comme prévu cette année l’objectif de refaire à neuf après trois années intensives d’asphaltage 25 % des 2400 kilomètres de son réseau.

David O’Brien, conseiller en communication, attribue cette décision du fait que la Ville a atteint plus rapidement que prévu les limites des subventions gouvernementales disponibles et que le prix du bitume est en hausse.

Si l’administration Labeaume avait réalisé l’ensemble des 850 chantiers de la programmation, le coût initialement annoncé en avril de 113,5 M $ serait passé à 134 M $. Malgré le report, il en coûtera 119,7 M $ pour les 717 projets en cours ou à venir d’ici la fin de l’année.

Cette nouvelle en cache une autre: le bitume se fait rare.  

«Il y a trois millions de tonnes manquantes de bitume sur le marché, lance Florian Lafage, directeur technique de Bitume Québec, organisme qui regroupe des entrepreneurs et des fabricants de bitume.

«La hausse est due à une pénurie partout en Amérique du Nord. Le fait est que des raffineries de la côte est américaine sont actuellement en réparation. Une des plus connues au Wisconsin a même subi des dommages majeurs à la suite d’une explosion. Tout ça coupe une partie de la production», poursuit-il.

Les entreprises désireuses d’acheter du bitume doivent donc se tourner vers l’Europe pour s’en procurer «Il y a des travaux qui ne peuvent attendre. On se bat pour obtenir le bitume. Ça arrive par bateau. C’est le jeu de l’offre et de la demande», observe M. Lafage. Selon ce qu’il en sait, la Ville de Québec ne serait pas la seule à avoir pris la décision de reporter des travaux en raison de la hausse.

En date du 1er août 2018, le prix s’élève à 1010 $ la tonne. À titre comparatif, il était à 875 $ la tonne en mai de cette année et à 605 $ en août 2017. C’est une augmentation appréciable de 40 % en seulement un an. À elle seule, cette hausse peut faire grimper de 15 % à 20 % le coût d’un chantier, estime le spécialiste.

Il faut remonter au début de la dernière crise financière mondiale pour observer des prix aussi vertigineux. Le bitume se vendait 1060 $ la tonne en septembre 2007.

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En chiffres

  • 1010 $: prix de la tonne de bitume au 1er août 2018
  • 133: nombre de chantiers d’asphaltage reportés en 2019
  • 50: kilomètres de route qui ne seront pas asphaltés en 2018