Le bilan de l’intégration des immigrants au Québec s’améliore

MONTRÉAL - Les immigrants au Québec s’intègrent de mieux en mieux au marché du travail et ils sont de plus en plus nombreux à rester au Québec plutôt que de choisir une autre province.

Alors que la question de l’immigration occupe une place centrale dans la présente campagne électorale, une étude dévoilée par l’Institut du Québec, mardi, vient clarifier certaines questions lancées dans l’espace public et déboulonner certains mythes sur l’intégration des immigrants.

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L’étude de l’Institut, un organisme créé conjointement par HEC Montréal et le Conference Board du Canada, démontre que le taux de chômage chez les immigrants âgés de 25 à 54 ans a chuté de façon marquée depuis le début de l’année, passant de 8,1 pour cent en janvier 2018 à 6 pour cent en août, s’approchant ainsi à moins d’un demi-point de pourcentage du taux de chômage de la population québécoise en général, qui était de 5,6 pour cent en août.

Un coup d’oeil plus ciblé montre toutefois que l’écart demeure important chez les immigrants âgés de 25 à 54 ans qui sont arrivés au Québec depuis moins de cinq ans, alors que leur taux de chômage continue de frôler les 14 pour cent au Québec, comparativement à 9,3 pour cent en Ontario et 7,3 pour cent en Colombie-Britannique.

Les données du taux d’emploi - qui font état de la proportion des immigrants qui travaillent - révèlent aussi une amélioration marquée; au Québec, le taux d’emploi des immigrants de 25 à 54 ans a augmenté de près de 6 points de pourcentage en dix ans pour atteindre 77,8 pour cent en 2017, rattrapant presque l’Ontario (78,4 pour cent en 2017) et faisant chuter l’écart avec la Colombie-Britannique (80,1 pour cent en 2017).

Quant aux très récents immigrants, ceux arrivés depuis moins de cinq ans, leur taux d’emploi est passé de 57,8 pour cent en 2007 à 65,8 pour cent en 2017.

Cinq immigrants sur six restent

L’exode des immigrants a souvent été invoqué comme raison pour investir dans les mesures d’intégration, mais en se référant à la Base de données longitudinales sur l’immigration de Statistique Canada, l’Institut nous apprend que 84,3 pour cent des immigrants arrivés au Québec en 2010 y résidaient toujours en 2015. À titre comparatif, ce pourcentage s’élève à 90,7 % en Ontario. En d’autres termes, le Québec retient cinq immigrants sur six après cinq ans.

Cette situation s’est stabilisée depuis une dizaine d’années, mais il y a 15 ans, le taux de rétention n’était que de 75 pour cent.

En matière de rétention d’immigrants, le Québec arrive au 4e rang au Canada, après l’Ontario (90,7 p.c.), l’Alberta (90,3 p.c.) et la Colombie-Britannique (86,7 p.c.), mais devant le Manitoba et la Saskatchewan et, surtout, des provinces atlantiques, le Nouveau-Brunswick occupant l’avant-dernière place avec un taux de rétention de 48,2 pour cent et l’Île-du-Prince-Édouard fermant la marche avec seulement 15,8 pour cent des immigrants s’y trouvant toujours après 5 ans.

Les auteurs de l’étude notent que, si le Québec avait obtenu un taux de rétention après cinq ans semblable à celui de l’Ontario, cela aurait tout de même représenté environ 2500 immigrants de plus qui seraient restés au Québec en 2015.

La recherche montre par ailleurs que le Québec accueille proportionnellement beaucoup moins d’immigrants que certaines autres provinces, notamment l’Ontario.

Le Québec représente, en termes de poids démographique, 23,1 pour cent de la population canadienne, mais il n’accueille que 14,5 pour cent de l’ensemble des immigrants au Canada. L’Ontario, qui représente 38,4 pour cent de la population canadienne, accueille plus de la moitié (51,1 p.c.) de tous les immigrants au pays et la Colombie-Britannique, avec 13,2 pour cent de la population, compte pour 17,1 pour cent des immigrants.

Les régions boudées

En 2017, le Québec a accueilli 52 388 immigrants permanents (30 262 immigrants économiques, 12 136 personnes venant rejoindre leur famille, 9148 réfugiés et 842 dans la catégorie «autre»).

Une des réalités qui ne changent pas: 85 pour cent d’entre eux se sont installés dans la région de Montréal, incluant Laval et la Montérégie et 5,4 pour cent se sont installés dans la région de Québec, ce qui n’en laisse que 9,6 pour cent pour l’ensemble des autres régions, où les pénuries de main-d’oeuvre sont criantes.

S’appuyant sur les prévisions de l’Institut de la Statistique du Québec (ISQ), l’étude signale que sans l’apport de l’immigration, la population du Québec serait en décroissance dès 2034 en raison du vieillissement accéléré de la population et de son faible taux de fécondité.

Or, selon Emploi-Québec, près du tiers des travailleurs devront être remplacés d’ici 2024 pendant qu’en parallèle, le bassin de travailleurs potentiels se résorbe. Les auteurs soulignent que «puisque le groupe des personnes âgées de 25 à 54 ans nées au Canada décline davantage au Québec qu’en Ontario, le défi d’intégration des immigrants au marché du travail s’y avère donc encore plus prioritaire et plus intimement lié à son potentiel de croissance économique».