L'Association des psychiatres propose un cours de santé mentale dès le primaire

MONTRÉAL — Il n’y aura jamais assez d’argent ou de services en santé mentale pour répondre à la demande et il faut s’attaquer à ce fléau dès l’école primaire si l’on veut espérer agir en prévention.

C’est là, en gros, le message et l’action lancés par l’Association des médecins psychiatres du Québec (AMPQ) vendredi.

L’organisme n’y va pas par quatre chemins : il propose d’instaurer un cours sur la santé mentale qui permettrait à la fois d’outiller les jeunes et de dépister plus rapidement certains troubles, et ce, dès le niveau primaire.

L’Association note avec inquiétude que le taux de détresse psychologique élevée chez les jeunes atteint les 37 % et est en hausse constante. Ainsi, par exemple, elle souligne le fait que les troubles anxieux ont doublé en six ans au sein de cette clientèle.

En contrepartie, les psychiatres n’arrivent déjà plus à répondre adéquatement aux besoins de services en santé mentale alors que la demande augmente de façon exponentielle.

L’Association affirme que ses membres «se retrouvent devant une impasse» particulièrement chez les jeunes. Les pédopsychiatres constatent ainsi une augmentation des demandes de consultations à l’urgence pour des enfants en détresse non pas parce qu’ils sont atteints de troubles mentaux, mais bien en raison d’une crise sociale, comme dans le cas par exemple d’un adolescent qui entretient des idées suicidaires à la suite d’une rupture amoureuse.

La proposition d’un cours sur la santé mentale n’est pas inédite : de tels cours existent dans plusieurs pays dans le monde et l’Association note qu’une étude publiée dans la revue scientifique Child Developement «démontre que les enfants qui savent reconnaître et comprendre leurs émotions améliorent leurs résultats scolaires, ainsi que leurs relations avec les autres, tout en diminuant leur anxiété».

«La prévalence des troubles mentaux est de 13,5 % plus faible chez les étudiants qui ont participé à ce type de programmes», ajoute-t-on dans le communiqué de l’AMPQ.

Du même coup, l’Association lance le «Mouvement Alpha connectés», une référence à la génération Alpha, ainsi surnommée par les sociologues et qui désigne la tranche des jeunes nés après 2010. L’AMPQ avertit que «la prochaine génération vivra de grands bouleversements, sans doute les plus importants de l’histoire».

«Il s’agit de la génération la plus riche, la plus connectée et la plus éduquée que la société n’ait jamais connue. Ils exerceront des emplois qui n’existent pas encore aujourd’hui, seront exposés à l’intelligence artificielle, aux robots et aux objets connectés. Cette génération devra avoir les outils pour gérer l’impact psychologique de la vie numérique. Ils devront apprendre, dès le primaire, la gestion des risques, la résilience et l’importance des communautés et des interactions sociales. La génération Alpha sera connectée à la technologie, mais il importe qu’elle soit également connectée à ses émotions, ses proches et sa communauté», fait-on valoir au soutien de la demande d’instaurer un cours de santé mentale à l’école.

L’initiative est notamment appuyée par l’Association des pédiatres du Québec, la Fédération des médecins spécialistes du Québec, l’Association médicale canadienne, l’Association des médecins en santé préventive et l’Ordre des travailleurs sociaux et des thérapeutes conjugaux et familiaux du Québec.