L'Association des anesthésiologistes craint une pénurie d'effectifs dans 5 ans

MONTRÉAL — L'Association des anesthésiologistes du Québec redoute une pénurie d'effectifs dans cinq ans, si rien n'est fait pour augmenter le nombre de ces médecins spécialistes.

Le besoin augmente, mais il n'y a pas plus d'anesthésiologistes formés qu'avant dans les facultés de médecine, a déploré en entrevue vendredi le président de l'Association, le Dr Jean-François Courval.

Il tire la sonnette d'alarme maintenant, car la formation d'un anesthésiologiste dure cinq ans.

Ces spécialistes jouent un rôle essentiel lors des interventions chirurgicales et des accouchements, en prodiguant l'anesthésie en salle d'opération et en offrant des services d'assistance cardio-respiratoire.

Le besoin augmente parce que la population vieillit et les plus de 65 ans sont plus à risque de devoir subir une opération, a-t-il expliqué. Ce groupe d'âge représente 17 pour cent de la population canadienne actuellement et ces gens sont de trois à cinq fois plus à risque d'avoir besoin d'une intervention chirurgicale que le reste de la population, fait-il valoir. «Ça va obligatoirement entraîner plus d'opérations.»

Et puis, les anesthésiologistes vieillissent, eux aussi, et certains prennent leur retraite.

«Pour moi, c'est une tempête parfaite», dit-il.

Les possibilités de recruter ces spécialistes à l'étranger sont faibles, selon lui.

«Tout le monde est en pénurie. Tout le monde va en manquer en même temps.

«Une pénurie d'anesthésiologistes veut obligatoirement dire moins de chirurgies sous anesthésie et les attentes prolongées (pour les interventions chirurgicales) sont à anticiper.»

C'est pourquoi, selon lui, la solution passe forcément par la formation. Mais malgré ces constats, «on continue de former au même rythme qu'avant», se désole-t-il.

En mai, la Société canadienne des anesthésiologistes (SCA) a transmis une lettre à tous les ministres de la Santé du pays pour leur faire part de cette pénurie anticipée, dit le Dr Courval.

Des hôpitaux au Québec subissent déjà les contrecoups de ce manque d'effectifs. Il donne en exemple les difficultés vécues par l'Hôpital de Rouyn-Noranda - «particulièrement problématique» - et celui de Sept-Îles.

Il y a actuellement 758 anesthésiologistes au Québec, selon l'Association. Selon le Dr Courval, il en manque actuellement une cinquantaine.