La dénonciation de Wartin Pantois prend la forme de deux portraits de grandeur nature réalisés sur deux portes barricadées de l'immeuble à l'abandon de la rue Christophe-Colomb Est. Il s'agit d'une citation de l'oeuvre Expulsions, du Français Ernest Pignon-Ernest, réalisée en 1978.

L'artiste Wartin Pantois récidive dans Saint-Roch

L'artiste de Québec ayant signé les silhouettes blanches de cyclistes et de piétons mortellement happés dans Saint-Roch frappe encore. Cette fois, il dénonce les évictions de locataires faites au nom du repeuplement, dans la forme embourgeoisée, du quartier.
L'histoire débute il y a quelques années déjà, lorsque des locataires d'un immeuble à logements de la rue Christophe-Colomb Est ont été évincés pour faire place au projet de condos Le Cosmo, de la firme Synchro.
En mars 2014, on parlait d'un complexe de 50 logements construit notamment sur l'ancienne quincaillerie Cantin et dont les façades donneraient sur Christophe-Colomb Est, sur Horatio-Nelson et sur Saint-Vallier Est. Les premiers condos devaient être livrés en juillet 2015. Deux ans et demi plus tard, rien n'a été fait.
«Ces gens-là auraient pu habiter dans le quartier encore quatre ans», déplore l'artiste connu sous le pseudonyme Wartin Pantois. «La construction de condos est bienvenue, mais sous-jacente à ça, il y a quelque chose qui n'est pas dit, c'est l'embourgeoisement. On remplace une population avec des revenus plus modestes par des gens qui sont plus fortunés.»
Visuellement, sa dénonciation prend la forme de deux portraits grandeur nature réalisés sur deux portes barricadées de l'immeuble à l'abandon de la rue Christophe-Colomb Est. Des personnes évincées de chez elles qui, chargées de tous leurs bagages, s'apprêtent à quitter les lieux.
Ces portraits ont d'abord été réalisés en 1978 dans l'oeuvre Expulsions, du Français Ernest Pignon-Ernest, «un précurseur du street art», selon Wartin Pantois. L'oeuvre représentait alors les parents de l'artiste, qui avaient eux-mêmes été évincés de leur logement, à Nice.
«Je trouvais intéressant de faire un clin d'oeil à sa propre intervention en 1978. C'était une période où certains quartiers étaient justement victimes de spéculation immobilière. Il y a des gens qui ont été évincés là-bas. L'histoire se répète un peu», se désole l'artiste de Québec. 
Évictions et repeuplement
«La Société de développement commercial, les promoteurs immobiliers reprennent souvent le discours selon lequel il y a moins de population dans Saint-Roch, qu'il faut repeupler [le quartier]. Ils passent toujours sous silence que dans le fond, la diminution de la population dans Saint-Roch, c'est surtout lié aux travaux de construction de l'autoroute Dufferin-Montmorency, dit-il. Prétendre qu'on veut repeupler le quartier, c'est sûr que ça fait bien paraître le discours pour le développement de projets immobiliers, mais on dit pas que des gens sont laissés pour compte, qui sont expulsés du quartier en quelque sorte à cause de certains de ces projets-là.»
Souhaitant garder son anonymat afin que les gens s'intéressent à ce qu'il fait plutôt qu'à lui, Wartin Pantois dit vouloir, par ses oeuvres, «sensibiliser les passants à des réalités qui sont parfois méconnues ou occultées volontairement ou pas par certaines autorités municipales».
Sa toute dernière, il l'a réalisée tôt samedi matin, lui qui «aime bien faire [ses] oeuvres au soleil levant». «C'est tranquille dans la ville, on n'est pas dérangé.»