L'astronaute à la retraite Bob Thirsk affirme que certains stéréotypes canadiens pourraient s'avérer utiles pour les aspirants astronautes: la politesse, la diplomatie et la conciliation.

L'art de devenir astronaute

L'astronaute à la retraite Bob Thirsk se pose plusieurs questions lorsqu'il tente de jauger une personne qui dit vouloir devenir astronaute.
D'abord, il se demande s'il s'entendrait bien avec cette personne pendant six mois en orbite. Ensuite, il se questionne à savoir s'il pourrait lui confier sa vie.
«Est-ce que j'aurais du plaisir à passer une longue période avec cette personne? Si je peux dire oui, alors je vais continuer de considérer cette personne comme candidate potentielle», a relaté M. Thirsk, qui avait été sélectionné comme astronaute en 1983.
Le quatrième processus de recrutement est en cours alors que le Canada prévoit doubler son équipe d'astronautes cet été en y ajoutant deux membres.
L'année dernière, au départ, 3772 personnes avaient transmis leur candidature. La liste a été réduite à 32 candidats en mars. Il y en aura encore moins lundi prochain lorsque le ministre fédéral de l'Innovation, Navdeep Bains, annoncera à Toronto le nom des candidats toujours en lice.
Parmi les candidats qui ont été retenus, il y a des ingénieurs, des membres de l'armée canadienne, des médecins, des professeurs d'université et des pilotes. Du lot, les Québécois Vincent Beaudry, Julie Bellerose, Marc Evans, Charles-Philippe Lajoie, Evan Alexander Beirne Thomas, James Veilleux et Andréane Vidal sont toujours dans la course.
Bob Thirsk, qui détient le record canadien quant au plus long séjour dans l'espace en y ayant passé plus de 200 jours, affirme que certains stéréotypes canadiens pourraient s'avérer utiles pour les aspirants-astronautes: la politesse, la diplomatie et la conciliation.
«Vous pouvez être brillants techniquement, mais si vous irritez les autres membres de l'équipage, l'équipe ne sera pas aussi efficace et productive qu'une équipe avec des habiletés techniques moindres, mais qui s'entendent bien ensemble», a-t-il expliqué.
L'Agence spatiale canadienne a parlé du processus de recrutement en cours sur son site Web, mais les détails de celui-ci demeurent confidentiels.
Évolution
Mais ce processus a continuellement évolué avec le temps, a affirmé M. Thirsk, qui est maintenant recteur à l'Université de Calgary. 
Au début des années 80, le Canada recherchait des spécialistes en sciences et en recherche pour les missions. M. Thirsk, un médecin qui avait été inspiré par les missions Apollo, a sauté sur l'occasion.
Il a dû rédiger des essais, passer des examens médicaux, remplir des formulaires détaillés et subir des tests psychologiques avant même de rencontrer les membres du comité de sélection. Il a ensuite assisté à des séances d'informations techniques, puis effectué des tests de communication orale, ainsi que des exercices physiques et psychologiques encore plus intenses.
«Nous avons même participé à des réceptions - nous étions naïfs, nous pensions que nous étions juste là pour rencontrer des gens. Mais nous étions en fait épiés pour s'assurer que nous ayons les bonnes manières requises pour être un représentant du Canada», a-t-il dit en riant.
Plus de 30 ans plus tard, les astronautes canadiens ont les mêmes fonctions que leurs homologues de la NASA ou de l'international, a-t-il indiqué. Ils participent à des sorties dans l'espace et assument un rôle de leadership comme Chris Hadfield l'a fait lorsqu'il a dirigé la Station spatiale internationale en 2012 et 2013.
Dave Williams, qui s'est joint à l'équipe en 1993 et qui est allé dans l'espace en 1998 et 2007 avant de prendre sa retraite l'année suivante, a affirmé que les aspirants-astronautes avaient probablement participé à des simulations de situations intenses physiquement. Par exemple, ils ont probablement été appelés à sauter dans l'eau du haut d'un hélicoptère ou à se débrouiller dans un environnement inondé ou en feu.
«Ce sont toutes des choses que nous n'avons pas faites en 1992, nous les avons ajoutées en 2009», a-t-il relaté, notant que les simulations étaient plus ardues de nos jours. «Chaque fois que nous faisons cela, nous le changeons, nous le transformons, nous tentons de rendre le processus plus rigoureux», a ajouté M. Williams, qui est maintenant président et chef de la direction du Centre régional de santé de Southlake, à Newmarket, en Ontario.
«Nous tentons d'évaluer le niveau de confort que les candidats ont en étant inconfortables. Vous êtes inconfortables parce que vous êtes au bout de votre performance et cela fait juste partie de la nature de ce nous faisons dans le programme spatial», a-t-il soutenu.