Pour Marie-Hélène Côté, son corps est une planche à dessin qui permet à l'artiste (ici Billy Trudel) d'exposer ses oeuvres.

L'art dans la peau

Fini l'époque où les tatouages sont synonymes de criminels endurcis et de marins ayant accosté aux ports de tous les continents. Le tattoo «casse des barrières» et permet la rencontre des plus jeunes et des plus vieux.
C'est l'avis de Pierre Chapelan, tatoueur bien connu du milieu québécois. Depuis 15 ans, il opère le Studio Tattoo Mania, à Montréal, et est l'un des organisateurs du Art Tattoo Québec qui a lieu jusqu'à dimanche dans le Vieux-Port de Québec.  
L'un des tatoueurs qui travaille avec lui, Simon Lam, se définit avant tout comme un artiste. Ancien infographiste et directeur artistique, il a été initié à l'art du tatouage il y a à peine trois ans par Pierre Chapelan. Il a découvert une «industrie très particulière», où la transmission des connaissances se fait encore de façon orale. «C'est sûrement une des dernières traditions orales qui existe dans le monde.»
Il défend que le tatouage est devenu un art libéralisé et accessible. «Les normes sociales se sont relâchées un petit peu, ça devient de plus en plus acceptable» de se faire tatouer, admet l'artiste de 32 ans.
Jean Émond et sa femme Ginette, fiers de s'être fait tatouer il y a environ 15 ans, reconnaissent que les moeurs ont bien changé depuis. L'homme de 71 ans raconte que les tatouages de son père étaient «seulement bleu foncé», sans couleurs flamboyantes comme on en retrouve aujourd'hui. «Il avait une ancre de bateau, une tête de mort»... C'était dans la pure tradition américaine du tatouage, comme l'explique Simon Lam.
«Avant, il y a 50 ans, ceux qui se faisaient tatouer, c'étaient des gens en prison, mais aujourd'hui, tu vas avoir des prêtres qui sont tatoués», ajoute M. Émond.
À la mode
Pour Simon Lam, en 2017, on assisterait à un effet de mode. «Le tatouage a toujours existé. Ça fait des milliers d'années que ça existe. Il y aura toujours des modes, sur ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas. Ce n'est plus des gens marginaux qui se font tatouer. C'est devenu à la mode et c'est commun. Mais ça peut changer encore dans 10, 20 ou 30 ans», prévient-t-il, alors que le tatouage pourrait ne plus être «cool».  
La mode actuelle serait aux dessins géométriques à formes fines, initiée par un nombre grandissant de tatoueurs qui possèdent une expérience en infographie. Ces nouveaux tatoueurs seraient attirés par la liberté de création que permet cet art, qui repose sur une confiance mutuelle entre le tatoueur et son client.
L'artiste Simon Lam, 32 ans, indique que «les normes sociales se sont relâchées un petit peu, ça devient de plus en plus acceptable» de se faire tatouer.
Choisir son artiste
Marie-Hélène Côté, 32 ans, n'en est pas à son premier tatouage. Ses bras, ses mains, ses jambes sont couverts de dessins aux couleurs multiples. La jeune femme confie que chacun d'eux a une signification. Ici, le vilain petit canard représente son adolescence; là, un symbole qui rappelle une amitié importante. Son corps, dit-elle, est «un gros scrapbooking», une planche à dessin qui permet à l'artiste d'exposer ses oeuvres.
Un tatouage qui nécessite plus de trois mots pour expliquer sa signification n'est pas vraiment un tatouage, croit l'artiste Billy Trudel, qui est en train de travailler sur l'avant-bras de Marie-Hélène. «Ceux qui se cassent trop la tête ne sont pas des bons tatoués», partage-t-il.
«Il y a des milliers de raisons pour se faire tatouer. Mais à la base, on veut se faire tatouer pour se rappeler de quelque chose ou de quelqu'un», ajoute Simon Lam. Le conseil qu'il donne à ceux qui désirent se faire tatouer pour la première fois est celui d'écouter le tatoueur qu'ils ont choisi. «Tu choisis un artiste. Ce n'est pas à moi de faire la création», avance Marie-Hélène Côté.
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Près de 120 tatoueurs en ville
En 2017, ce ne sont plus que des gens marginaux qui se font tatouer.
Rendez-vous des amateurs de tatouages, le Art Tattoo Québec a lieu au Terminal de croisières jusqu'au 14 mai. Près de 120 artistes en provenance de partout au Québec et au Canada sont sur place pour tatouer, mais aussi présenter leur portfolio.
Des tatoueurs originaires d'Europe, mais aussi du Japon, de Polynésie, du Pérou et de plusieurs autres pays sont du rendez-vous qui en est à sa troisième présentation. «On essaie de montrer à monsieur et madame Tout-le-monde ce qu'est le tatouage», explique l'un des organisateurs, Pierre Chapelan. L'événement gagne en popularité et attire chaque année entre 3000 et 4000 visiteurs.