L'armée veut expulser 77 militaires pour inconduite sexuelle

Des dirigeants militaires ont indiqué avoir entrepris des démarches pour expulser 77 militaires reconnus coupables d'inconduite sexuelle.
Plusieurs de ces cas datent d'un bon moment déjà, et aucun des militaires n'a encore été libéré, leur dossier devant d'abord passer par la procédure établie, indique l'armée.
Le geste est cependant décrit comme un pas dans la bonne direction pour réaliser la promesse faite par le chef de l'État-major, Jonathan Vance, d'éradiquer l'inconduite sexuelle au sein des Forces.
«Je suis encouragé par certaines des mesures prises pour éliminer les comportements sexuels inappropriés dans les Forces armées canadiennes», a déclaré le général Vance par communiqué.
«Il nous reste du travail à faire, et nous continuerons à favoriser un changement culturel pour éliminer de notre institution ce comportement odieux.»
Les dirigeants militaires ont aussi indiqué que la police militaire prévoyait réviser plus de 150 cas d'inconduite sexuelle rapportés entre 2010 et 2016, et alors jugés non fondés.
Elle compte pour ce faire se tourner vers des experts à l'extérieur de l'armée, incluant des travailleurs sociaux, pour analyser les dossiers et rencontrer les présumées victimes.
Les dirigeants militaires ont souligné du même coup que le nombre de cas jugés non fondés a chuté, passant d'un sur quatre entre 2010 et 2015 à moins d'un sur sept l'an dernier.
La Défense nationale a publié ces données à l'intérieur d'un rapport d'étape sur la lutte contre les comportements sexuels inappropriés dans les Forces.
504 incidents
Au cours de la période allant d'avril 2016 à mars 2017, 504 incidents du genre ont été rapportés aux autorités militaires.
Plus de la moitié des plaintes étaient liées à des farces, un langage dénigrant ou d'autres comportements déplacés.
Soixante-quatorze de ces plaintes ont été classées comme étant du harcèlement sexuel, tandis que 47 autres concernaient des agressions sexuelles.
Le général Vance a durci le ton au sujet des comportements sexuels déplacés dans les Forces armées, à la suite d'une série d'articles dans les médias décrivant le problème comme étant chronique et endémique.
La juge à la retraite de la Cour suprême, Marie Deschamps, recrutée pour se pencher sur le problème, a mis en lumière ce qu'elle qualifiait de culture militaire sexualisée, hostile aux femmes, et qui laisse à elles-mêmes les victimes d'inconduite sexuelle.
Un programme veut aider les militaires à faire la transition vers la vie civile
Une recherche à l'échelle du Canada visera à aider les membres des Forces armées canadiennes et les anciens combattants à faire la transition vers la vie civile.
L'étude, appuyée sur Shaping Purpose, un programme en partenariat public-privé lancé à Fredericton, analysera l'expérience de 84 membres des Forces armées et anciens combattants.
«Des quelque 5000 membres réguliers qui quittent les Forces chaque année, environ 27 % éprouvent des difficultés à faire la transition en raison d'une perte d'identité», raconte Andrew Garsch, de Shaping Purpose.
M. Garsch a été officier mécanicien dans l'armée pendant 12 ans avant d'être libéré pour des raisons médicales.
«Ça m'a dépouillé de qui j'étais, et ça m'a enlevé de tout ce pour quoi j'avais travaillé pendant toute ma vie d'adulte. Je suis devenu complètement isolé, j'ai perdu toute ma confiance et j'étais complètement déprimé», confie-t-il.
Il explique que jusqu'à ce moment, son identité reposait sur le fait qu'il était soldat. «Je n'avais pas réalisé que lorsque cela me serait enlevé, j'aurais l'impression de ne plus rien avoir.»
La recherche s'appuiera sur un projet pilote afin d'aider les militaires et les anciens combattants à trouver un nouveau sens à leur vie et à planifier leur avenir. Pendant la durée du projet pilote, les participants ont utilisé des programmes existants fournis par le Programme d'aide à la transition des Forces armées canadiennes et le Programme de réadaptation professionnelle d'Anciens combattants Canada.
L'étude suivra les participants au cours de la prochaine année et analysera leurs progrès.
M. Garsch précise que quatre séances se tiendront à travers le pays. La première aura lieu à Moncton avec 21 individus, le mois prochain.
D'autres séances se tiendront ensuite en Ontario, en Alberta ou en Colombie-Britannique et dans un autre endroit qui n'a pas encore été déterminé.
Kevin McCoy, président d'Irving Shipbuilding, qui a contribué au financement de l'étude, précise qu'en tant qu'ancien combattant ayant servi pendant 36 ans dans les Forces navales des États-Unis, il a connu les défis et l'anxiété auxquels on peut faire face lorsqu'on passe de la vie militaire à la vie civile.
«Une carrière dans les Forces armées exige certains sacrifices et du temps passé loin de la famille et des amis pour servir le pays. Vous dévouez votre vie à l'amélioration et à la protection de la société. Lorsque des membres quittent les Forces armées, il est important que nous, comme société, leur offrions du soutien et de l'aide afin qu'ils puissent continuer de contribuer à la société de manière significative», a indiqué M. McCoy.
Bruno Battistini, directeur scientifique de la Fondation de la recherche en santé du Nouveau-Brunswick, précise que les participants devront remplir des formulaires et participer à un programme de quatre jours visant à collecter des informations à leur sujet. Il ajoute que les chercheurs effectueront un suivi auprès des participants dans les semaines, les mois et l'année qui suivront.
L'étude et l'évaluation du programme devraient être terminées en décembre 2018, et les conclusions devraient être présentées aux Forces armées canadiennes et à Anciens combattants Canada au printemps 2019.