Gérard Deltell assure que le caucus conservateur québécois n’est en rien déchiré au lendemain d’une course à la direction du parti où 7 députés québécois sur 10 ont soutenu la candidature de Peter MacKay, principal adversaire de M. O’Toole.
Gérard Deltell assure que le caucus conservateur québécois n’est en rien déchiré au lendemain d’une course à la direction du parti où 7 députés québécois sur 10 ont soutenu la candidature de Peter MacKay, principal adversaire de M. O’Toole.

«L'ami» O’Toole rallie les députés conservateurs du Québec

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
«Je ne lui connais pas d’ennemi dans le caucus. Il est toujours affable, toujours souriant et son mot préféré est friend. Quand il rencontre quelqu’un, c’est toujours : “Hello, my friend!” ou “Bonjour, mon ami!”»

Gérard Deltell décrit Erin O’Toole, élu chef du Parti conservateur du Canada (PCC) tard dimanche soir.

Député conservateur de la circonscription fédérale de Louis-Saint-Laurent à Québec depuis 2015, M. Deltell se réjouit de la victoire claire de M. O’Toole et assure que le caucus conservateur québécois n’est en rien déchiré au lendemain d’une course à la direction du parti où 7 députés québécois sur 10 soutenaient la candidature du principal adversaire de M. O’Toole, Peter MacKay.

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Alors que M. MacKay est sorti en tête du premier tour de scrutin avec 34 % des votes contre 32 % pour M. O’Toole, ce dernier l’a emporté haut la main au troisième tour avec 57 % contre 43 %.

«Les 10 députés du Québec étaient prêts à travailler avec quelque chef que ce soit», dit M. Detell qui, après avoir songé à se porter lui-même candidat, aux Fêtes, avait décidé de demeurer neutre.

Né à Montréal

«Je connais bien les deux et j’étais prêt à travailler avec les deux sans problème. Tous les députés québécois se sont ralliés rapidement. On s’est parlé ce matin et le choix est clair. Erin O’Toole est un chef dûment élu, rassembleur, positif, modéré et qui donne une grande place au Québec», énumère M. Deltell.

Il souligne que l’Ontarien de 47 ans est né à Montréal, en 1973, alors que son père travaillait à l’usine de General Motors de Boisbriand. John O’Toole a été transféré à l’usine d’Oshawa peu après, devenant plus tard député provincial pour les conservateurs de l’Ontario durant 15 ans.

Louis-Saint-Laurent est la seule des huit circonscriptions détenues par les conservateurs dans la région élargie de Québec où M. O’Toole a eu la faveur des membres. Les deux autres sur les 12 au total sont Beauport-Limoilou, fief de l’ancien député Alupa Clarke devenu organisateur de la campagne O’Toole au Québec, et Louis-Hébert, représentée aux Communes par le libéral Joël Lightbound.

Erin O'Toole

«Du même calibre»

Membre du camp MacKay, Pierre Paul-Hus, député de Charlesbourg—Haute-Saint-Charles, confirme les propos de son collègue Deltell, à quelques détails près.

«Je n’ai rien à dire de négatif sur Erin O’Toole. Ce n’est pas parce qu’on était dans une autre équipe durant la course qu’il existe un conflit. Je suis 100 % avec lui. Si Leslyn Lewis ou Derek Sloan avait été élu chef, j’aurais peut-être plus un problème [à me rallier], parce qu’ils sont plus extrémistes. Mais pour moi, Erin O’Toole et Peter MacKay, c’est du même calibre», fait valoir M. Paul-Hus.

Le seul député québécois qui s’était rangé dans le camp O’Toole durant la campagne est Richard Martel, l’ancien entraîneur de hockey devenu député fédéral de Chicoutimi—Le Fjord.

«J’ai croisé Richard à 1 heure du matin, hier soir, et je l’ai félicité pour la victoire. Peu importe qui gagne, on reste unis», assure le député Paul-Hus, qui était toujours à Ottawa lundi, après une interminable soirée à attendre les résultats.

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Psychodrame évité

Pour sa part, le député conservateur Steven Blaney, élu de Bellechasse—Les Etchemins—Lévis, a suivi l’élection d'O’Toole du confort de son foyer du secteur Saint-Rédempteur. «Une chance!» s’exclame celui qui entend toujours à rire, notant les problèmes techniques qui ont prolongé jusque dans la nuit le décompte des votes.

Ayant siégé de 2006 à 2015 aux côtés de M. MacKay, il le considère comme «un frère d’armes» pour avoir collaboré avec lui dans de nombreux dossiers.

M. Blaney s’affirme surtout «soulagé» d’avoir vu son parti éviter «le psychodrame comme en 2017». La précédente course à la chefferie remportée par Andrew Scheer avait laissé les rangs conservateurs fédéraux en proie à «des tensions importantes», révèle-t-il.

Le député de Portneuf—Jacques-Cartier, Joël Godin, se souvient avoir «payé cher» son soutien à M. O’Toole lors de la course de 2017. M. O'Toole avait alors terminé au troisième rang derrière le vainqueur Scheer et Maxime Bernier, qui avait ensuite quitté le PCC pour fonder son propre Parti populaire du Canada.

«À ce moment-là, j’avais reculé sur les banquettes de la Chambre des communes. Mais je ne crois pas devoir payer aussi cher cette fois-ci», croit M. Godin. «Je n’ai pas le bon pif!» lance-t-il en riant, ajoutant avoir choisi M. MacKay pour ses positions plus progressistes. Il se dit néanmoins «très à l’aise de me rallier» au camp O’Toole.

Des excuses

M. Godin s’excuse au passage pour les durs propos tenus contre les médias et la gauche par son ancien chef, M. Scheer, dans son discours de départ, dimanche soir.

«Ce n’est pas parce que les médias ne disent pas ce que tu veux qu’ils n’ont pas leur place dans notre société. Même chose pour la gauche. Chacun joue un rôle important», insiste le député de Portneuf—Jacques-Cartier.

De toute évidence, les députés conservateurs du Québec ne s'ennuieront pas d'Andrew Scheer.

«Sur les enjeux sociaux, M. Scheer avait une position floue difficile à assumer», reconnaît Gérard Deltell, parlant entre autres de la position antiavortement de l’ancien chef conservateur. «Avec Erin O’Toole, c’est très clair, il est pro-choix. C’est derrière nous et on passe à un autre appel! Un autre appel qui n’a pas souvent sonné pendant la dernière campagne électorale», constate le député Deltell.

Les députés fédéraux reviendront en chambre le 23 septembre.

Les trois défis

D'ici là, M. O'Toole et son équipe s'attaqueront à trois principaux défis : «ramener l'unité dans le parti», «présenter un plan de relance économique crédible» et «préparer les prochaines élections, qui pourraient être imminentes», explique Alupa Clarke.

L'ancien élu conservateur de Beauport-Limoilou était dans le nouveau bureau de M. O'Toole, lundi, pour s'occuper de la transition. Il ignore quel sera son rôle au sein de l'équipe O'Toole dans les prochains mois, mais assure vouloir présenter à nouveau sa candidature lors du prochain scrutin fédéral.

Après avoir appuyé Maxime Bernier dans la course à la chefferie de 2017, l'ex-député a dirigé la récente campagne d'Erin O'Toole au Québec, parcourant quelque 3000 km et cognant à environ 600 portes juste au cours des 10 derniers jours de campagne, selon son évaluation.