La liste d’épicerie du G7

À quatre mois du sommet du Groupe des 7 qui réunira les chefs de puissances économiques occidentales à La Malbaie les 8 et 9 juin, la machine logistique s’active pour l’organiser dans les temps impartis : contrat pour des essaims d’autobus qui circuleront entre quatre municipalités; transport d’une clôture dont les seules bases de béton pèsent autour de 1700 tonnes; installation de chapiteaux; location de centaines de chaises et tables… Les organisateurs cherchent même des fougères et des figuiers! Faisons le point sur les préparatifs.

▶ Des milliers de délégués et de policiers à transporter

En prévision du G7, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) cherche des dizaines et des dizaines d’autocars pour rapatrier des policiers depuis l’Ontario, le Nouveau-Brunswick et diverses régions du Québec et les déployer dans la capitale, Saguenay, La Malbaie, même à Tadoussac.

Au plus fort de l’activité, fin mai début juin, quelque 177 autobus comptant 6800 sièges devront être disponibles 24 heures sur 24 pour trimballer les agents, d’abord depuis la maison jusqu’à leur «site d’hébergement temporaire», ensuite de l’hôtel vers le boulot, nous apprennent des documents officiels.

La GRC prévoit effectuer ses premiers transports dès avril. Avec une intensification mi-mai.

Combien de membres des forces de l’ordre seront ainsi postés dans les différents sites du G7? La donnée stratégique n’est pas dévoilée. «Nous pouvons toutefois affirmer que plusieurs milliers de policiers seront déployés pour veiller à la sécurité de tous lors de l’événement», nous indiquait récemment la sergente Camille Habel, sous-officière responsable du bureau des communications de la GRC pour le Québec.

Pour les participants aussi

Il faudra également véhiculer la visite, les délégations des pays membres, les invités… Le Bureau de gestion des sommets du gouvernement fédéral cherche donc lui aussi des autocars. Durant le sommet du G7, un peu moins d’une centaine de véhicules comptant plus de 3000 sièges seront sur la route afin d’assurer le transport des participants entre leurs hôtels et les «sites de travail dans les régions suivantes : ville de Québec, Saguenay, Tadoussac et Charlevoix».

Rappelons que le gouvernement canadien a réservé environ 12 000 chambres pour l’événement ce qui fait beaucoup de monde à déplacer.

À noter que le gouvernement fédéral et sa police ont des préoccupations sécuritaires nombreuses. Du nombre : les chauffeurs des autocars devront suivre une formation spéciale de deux jours. Et ils doivent être prêts à manœuvrer leur véhicule près des lieux de manifestation, notamment la «zone d’expression libre», lit-on.

L’État et sa police ont aussi des préoccupations environnementales. Ils privilégieront les autocars nourris au biodiésel, au biogaz ou à l’éthanol. Et exigent que tous les chauffeurs soient formés en matière de «conduite écoresponsable». Ceux-ci devront, entre autres, éviter de laisser tourner le moteur plus de 10 minutes lors des arrêts. C’est écrit.

En 2018, le Canada préside pour la 6e fois le G7 réunissant également la France, l’Allemagne, l’Italie, le Japon, le Royaume-Uni et les États-Unis. Des représentants de l’Union européenne sont aussi de la fête, tout comme des organisations économiques internationales et des pays invités.

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▶ Des chaises et des plantes en quantité

Le gouvernement canadien manque de chaises et de tables pour le sommet de G7 de juin qui accueillera «plus de 8000 délégués et représentants des médias». Les stocks importants déjà détenus par le Centre des congrès de Québec et le Manoir Richelieu de La Malbaie ne suffiront pas. Il cherche donc un entrepreneur capable de livrer de pleins camions de meubles, tapis, paravents, rideaux de velours, babillards, classeurs, poubelles, bacs de recyclage, scènes, canapés de style «lounge»... La liste fait plusieurs pages et compte des milliers d’items. On y apprend même que 33 figuiers matures et 50 fougères de Boston agrémenteront le séjour des puissants. Le même entrepreneur devra également produire en quantité des affiches qui permettront aux participants de se retrouver dans les dédales des «sites principaux de la conférence, La Malbaie [et] Québec», est-il écrit dans la paperasse étatique. D’autres événements pourraient être organisés ailleurs dans Charlevoix ainsi qu’à la base militaire de Bagotville. Une fois la visite partie, tout devra être remballé et ramassé avant 17h le 11 juin.

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▶ Des déménageurs, des photographes, des tentes…

La logistique de la grand-messe diplomatique comporte toute une panoplie d’autres contrats à signer avec des soumissionnaires fort variés. En fouillant un peu, nous avons lu que le Bureau de gestion des sommets cherche notamment une équipe de photographes, une autre de télévision. 

Dans un autre registre, le gouvernement a besoin d’une entreprise de déménageurs en mesure de promener du matériel depuis Ottawa vers l’entrepôt principal de plus de 20 000 pieds carrés à Québec. Ensuite, il faudra distribuer le tout vers les différents sites du sommet du G7 dans la capitale, au Saguenay ainsi que dans Charlevoix. Jusqu’à une centaine de déménageurs pourraient être à l’œuvre entre le 1er mai et le 15 juin.

Dans d’autres documents, nous apprenons que de nombreux chapiteaux seront loués, puis installés notamment à l’aéroport de Québec, à la base de l’aviation de Bagotville et au Manoir Richelieu. Un peu plus loin, il est indiqué que le gouvernement cherche également des toilettes chimiques et des remorques-toilettes, des blocs de béton, des chaufferettes, un lavabo portatif…

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▶ Plusieurs périmètres autour du Manoir Richelieu

Le Groupe intégré de la sécurité (GIS) a été mandaté pour gérer le volet sécurité pour le sommet du G7 de juin. Dirigé par la Gendarmerie royale du Canada (GRC), le GIS regroupe également la Sûreté du Québec (SQ), le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), le Service de la sécurité publique de la Ville de Saguenay (SSPS) et les Forces armées canadiennes. Ceux-ci ont déjà commencé à déployer leur arsenal de sécurité. Le Manoir Richelieu et son terrain de golf, site des principales rencontres, deviendront «zone interdite». Des clôtures ont poussé autour de ce secteur au cours des derniers mois. «Ça va être excessivement contrôlé cette zone-là», note le lieutenant Jason Allard, de la Sûreté du Québec (SQ). Érique Gasse, caporal à la GRC, ajoute: «L’accès sera strictement réservé aux dignitaires et aux personnes accréditées. Il ne sera pas possible d’accéder à ces endroits d’aucune façon durant le Sommet.» Plus loin, il y aura un second périmètre, le «périmètre restreint», qui s’étendra sur plusieurs kilomètres. D’autres sites du secteur, comme l’aéroport de Charlevoix, seront également «sécurisés».

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▶ Une seule zone de «libre expression», pour l’instant

Pour l’heure, les forces de l’ordre ont prévu une seule «zone de libre expression» où les manifestants éventuels pourront s’exprimer. C’est à La Malbaie. Le «périmètre restreint» fait plusieurs kilomètres dont 1,5 km sera clôturé, explique Jason Allard de la SQ. La paroi s’étendra à partir du fleuve. Elle formera ensuite un enclos sur un terrain vague d’environ 100 mètres sur 80 mètres devant le musée de Charlevoix; ce site ceinturé deviendra «zone de libre expression» accessible par une seule issue sur le chemin du Havre. La clôture poursuivra ensuite son chemin en grimpant la côte Bellevue pour s’arrêter à l’intersection de la rue des Carrières. Les policiers s’attendent toutefois à l’organisation de manifestations à Québec; peut-être à Bagotville où atterriront les chefs d’État. Mais aucune «zone de libre expression» y a été désignée. 

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▶ Grosse cargaison

Nous avons récemment appris que le «périmètre restreint», au-delà duquel il faudra une accréditation pour circuler, sera protégé avec les barrières de la défunte course de Formule E de Montréal. Mais il faut trouver comment les transporter de Montréal jusqu’à La Malbaie. Il y a quelque 400 sections de béton de 4,3 tonnes chacune, autant de sections de grillages de 2,5 mètres sur 4 mètres et beaucoup de poteaux. La cargaison pourrait même faire le voyage sur le fleuve. La muraille sera érigée entre le 18 mai et le 1er juin. Il y aura 9 points d’entrée pour les personnes accréditées.

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▶ Même sur le fleuve

La fin de la clôture du «périmètre restreint» ne signifiera pas qu’il sera possible de circuler librement partout ailleurs. Un périmètre de sécurité nettement plus vaste sera déployé autant dans les airs, que sur terre et sur l’eau. Ici, pas de clôture. Mais peu importe l’absence d’une barrière, il ne sera pas permis de s’y aventurer sans avoir montré patte blanche, avertit Jason Allard, de la SQ. Sur le plancher des vaches, ce périmètre virtuel s’étendra au nord de la route 362 sur plusieurs kilomètres pour descendre jusqu’à Saint-Irénée, au sud-ouest. Sur l’eau? Ne prévoyez pas de virée en kayak ou en hors-bord dans le secteur du Manoir Richelieu fin mai, début juin. Les policiers confirment que le fleuve sera «patrouillé». «Toute cette zone-là va être restreinte à la navigation», dit Jason Allard, de la SQ. «Le Groupe intégré de la sécurité assurera une présence sur la voie maritime du fleuve Saint-Laurent afin de faire respecter le périmètre de sécurité», poursuit son collègue Érique Gasse, de la GRC.