En «2007, 31 jours d’audience pour Bouchard-Taylor; 2010‑2011, 90 heures pour le projet de loi sur les accommodements; 2014, 13 journées, 70 heures pour la charte des valeurs; projet de loi n° 62, 2016‑2017, 75 heures de débat. Ce n’est pas assez?», a lancé le premier ministre François Legault au Salon bleu.

Laïcité: «tout a été dit», selon Legault

Chiffres à l’appui, le premier ministre François Legault estime que tous les arguments ont été mis sur la table et ont été entendus depuis le début du débat entourant la laïcité, il y a plus de 11 ans.

En «2007, 31 jours d’audience pour Bouchard-Taylor; 2010‑2011, 90 heures pour le projet de loi sur les accommodements; 2014, 13 journées, 70 heures pour la charte des valeurs; projet de loi n° 62, 2016‑2017, 75 heures de débat. Ce n’est pas assez?» a-t-il lancé au Salon bleu.

Le projet de loi sur la laïcité doit être adopté, dit-il, jugeant que les deux mois restants à la session parlementaire sont suffisants pour tenir un débat sur le sujet. Le premier ministre ne s’engage toujours pas à ne pas utiliser le bâillon au terme des travaux, à la mi-juin, pour faire adopter le projet de loi avant les vacances estivales. Il n’exclut pas non plus que le tout puisse aller à l’automne.

Toutefois, étirer le dossier ne «serait pas nécessairement bon pour la cohésion sociale», croit-il. «En ce moment dans de nombreux pays, ils ont des règles qui sont similaires et même plus dures que ce que nous proposons. Nous avons une proposition raisonnable et je crois qu’il est temps de tourner la page.»

Vives critiques

L’opposition n’a pas digéré que François Legault ouvre la porte à l’utilisation de cette procédure parlementaire qui permet au gouvernement de limiter le temps de débat sur un projet de loi et d’en accélérer son adoption.

«Cinq semaines à consacrer à une perte de liberté de religion, cinq semaines, c’est beaucoup trop peu, vraiment, c’est beaucoup trop peu. […] Oui, M. Legault a un gouvernement majoritaire, ça ne veut pas dire que majorité égale perte des droits démocratiques du Parlement à pouvoir vraiment aller en profondeur», décrie la libérale Hélène David qui, comme son chef Pierre Arcand, juge que le temps manquera. 

Cette position a trouvé écho chez la députée solidaire Christine Labrie qui demande elle aussi plus de temps «pour étudier comme il faut, pour apporter des correctifs à ce projet de loi, parce que ça me préoccupe qu’en ce moment on mette en danger des emplois».

«Dans tous les projets de loi qui sont déposés actuellement, on bulldoze. Si vous me demander si bulldozer dans tous les projets de loi c’est démocratique, on commence à s’en éloigner sérieusement», croit de son côté Gaétan Barrette.

Le ton monte

Dès le début de la période de questions, jeudi matin, les esprits se sont échauffés. Le chef de l’opposition n’a pas perdu de temps avant d’attaquer le premier ministre sur le possible recours au bâillon.

«La triste réalité, c’est que, contrairement à [René Lévesque], vous méprisez ceux qui ne pensent pas comme vous. Hier, vous avez dit aux futurs enseignants : si vous n’êtes pas contents, allez voir ailleurs. Est-ce que vous êtes vraiment digne de la fonction de premier ministre?» a-t-il décoché avant d’être rappelé à l’ordre par le président l’Assemblée nationale.

Ces propos ont visiblement piqué François Legault qui s’est montré assez acerbe dans ses réponses suivantes. «Ça m’a surpris de Pierre Arcand», a-t-il laissé tomber au sortir du Salon bleu.

Par ailleurs, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a expliqué dans un point de presse qu’un étudiant en enseignement qui a réalisé des heures de suppléance dans une école et qui a reçu une paie pourra bénéficier de la clause de droits acquis pour le port de signes religieux.