Le premier ministre François Legault a interpellé son homologue manitobain, Brian Pallister, tandis que le chef intérimaire péquiste Pascal Bérubé a publié une lettre ouverte dans un quotidien de Calgary pour faire la leçon au gouvernement albertain.

Laïcité: la CAQ et le PQ répliquent aux autres provinces

La table est mise pour la rencontre des premiers ministres de lundi prochain à Toronto: le gouvernement caquiste et les partis d'opposition ont riposté jeudi aux attaques des autres provinces visant le Québec.

Le premier ministre François Legault a interpellé son homologue manitobain, Brian Pallister, tandis que le chef intérimaire péquiste Pascal Bérubé a publié une lettre ouverte dans un quotidien de Calgary pour faire la leçon au gouvernement albertain.

Le Manitoba a en effet ajouté sa voix à celle de l'Ontario, dont l'Assemblée législative a condamné cette semaine la Loi sur la laïcité de l'État. Ce débat délicat pourrait susciter des tensions lors du sommet des premiers ministres à Toronto lundi.

M. Legault a répondu au Manitoba, qui a acheté des publicités dans deux quotidiens jeudi pour condamner la loi sur la laïcité et inviter les enseignants qui se sentent lésés à déménager là-bas. La pub s'intitule «21 raisons pour déménager au Manitoba», reprenant donc le numéro du projet de loi sur la laïcité.

«M. Pallister aurait été mieux de mettre cet argent pour donner plus de services en français au Manitoba», a dit le premier ministre du Québec en mêlée de presse jeudi matin au parlement.

En entrevue avec Radio-Canada, M. Pallister a justifié son intervention dans le débat. Il estime que les libertés religieuses sont un enjeu canadien et qu'elles sont menacées par la loi caquiste.

Pour sa part, la ministre des Relations canadiennes, Sonia LeBel, a dit qu'elle n'allait pas embarquer dans cette «escalade», mais a recommandé aux provinces de s'occuper de leurs propres champs de compétence.

Queen's Park, à Toronto, a condamné à l'unanimité la loi sur la laïcité plus tôt cette semaine, mais le premier ministre Doug Ford a dit qu'il n'allait pas aborder cet enjeu avec M. Legault, qui le reçoit à Montréal vendredi.

L'opposition officielle libérale, qui est contre la loi, estime pour sa part que la réaction des autres provinces était prévisible. «C'est normal de voir les provinces essayer d'attirer les talents», a commenté la députée libérale Marwah Rizqy.

Le leader parlementaire de Québec solidaire (QS), Gabriel Nadeau-Dubois, a quant à lui soutenu que ce ne sera pas au Manitoba à trancher ce débat, mais bien aux Québécois.

«Ces gue-guerres ne font rien avancer, surtout pas le débat sur la laïcité entre Québécois», a-t-il affirmé en mêlée de presse. Cependant, il reconnaît du même souffle que la campagne manitobaine favorise ses adversaires, le gouvernement caquiste et le Parti québécois, qui tirent profit du clivage Québec-Canada.

De son côté, le chef intérimaire péquiste, Pascal Bérubé, a soutenu que le coup de pub du Manitoba était «opportuniste» et a prédit qu'il ne fonctionnera pas.

«Je suis pas mal sûr que le Québec est pas mal plus attrayant que le Manitoba», a-t-il lancé.

Dans le même registre, M. Bérubé a publié une lettre ouverte dans le quotidien Calgary Herald, en Alberta. Il affirme que cette province a fait des choix mal avisés dans les dernières décennies et n'a qu'elle à blâmer, et non le Québec.

M. Bérubé a tenu à corriger la perception voulant que ce sont les Albertains qui paient pour les programmes sociaux du Québec, alors que les versements de péréquation proviennent des revenus du fédéral tirés de toutes les provinces.

«La mauvaise gestion financière de l'Alberta a été camouflée par les prix élevés du pétrole, peut-on lire. Les Albertains doivent comprendre que leurs leaders les ont laissés tomber. Le premier ministre (Jason) Kenney doit cesser de blâmer les autres et en prendre la responsabilité.»