Charles Taylor

Laïcité: Charles Taylor redoute de nouvelles divisions sociales

Le retour en force du débat sur la laïcité depuis la tuerie de Charlie Hebdo inquiète le philosophe Charles Taylor.
En entrevue jeudi à La Presse Canadienne, le coauteur du rapport Bouchard-Taylor (avec Gérard Bouchard) a dit craindre ceux qui veulent tirer profit des attentats de Paris pour faire avancer leur projet de laïcité.
Amalgamer laïcité et lutte au terrorisme risque de mener le Québec tout droit vers de nouvelles divisions sociales, a affirmé le professeur émérite.
Sans détour, M. Taylor a exprimé sa méfiance envers le député péquiste et candidat à la direction du Parti québécois Bernard Drainville, revenu à la charge il y a une semaine avec une nouvelle mouture de son projet de charte des valeurs.
Le philosophe estime que le député de Marie-Victorin est «un mauvais porteur de ballon» dans ce dossier à cause de son passé marqué par la confusion entre la diversité religieuse et l'intégrisme.
Pendant le débat sur la première version de la charte en 2013-2014, M. Drainville, alors ministre responsable, «a constamment fait l'amalgame», a soutenu M. Taylor.
Le professeur est d'avis que les Français ont fait preuve de plus de sagesse à la suite de l'attentat perpétré contre l'hebdomadaire satirique en rejetant les amalgames et en prenant soin de ne pas pointer du doigt leurs concitoyens de confession musulmane.
À ses yeux, la vraie priorité des décideurs politiques québécois devrait être de lutter contre «le recrutement des jeunes par des fanatiques» plutôt que de «créer des divisions gratuites entre Québécois de différentes souches».
Dans son rapport - tabletté en 2008 - la Commission Bouchard-Taylor recommandait d'interdire le port de signes religieux chez les agents «coercitifs» de l'État, c'est-à-dire les policiers, les juges et les gardiens de prison. Il s'agissait de «petites exceptions» à la règle du libre choix qui d'ailleurs «n'étaient pas coulées dans le ciment», a dit M. Taylor.