L’agrile du frêne maintenant présent dans 17 quartiers à Québec

Confiné jusqu’à l’an passé à la haute ville de Québec, principalement Montcalm, l’agrile du frêne gagne du terrain. Beaucoup de terrain. L’insecte qui cause la perte de milliers d’arbres est maintenant présent dans 17 quartiers.

En mai dernier, le seul foyer d’infestation connu était délimité à l’ouest par le chemin Saint-Louis, à l’angle du boulevard Laurier, jusqu’à la côte de la Fabrique à l’est. Mais le relevé récent des 200 pièges dispersés sur le territoire révèle maintenant la présence de l’insecte dans 17 quartiers, aussi au nord que Duberger-Les Saules et l’aéroport. 

«C’est plus rapide qu’on aurait souhaité, mais ça correspond à la vitesse de propagation de l’insecte observée dans d’autres villes. Les pièges agissent comme des détecteurs de fumée qui nous indiquent qu’il faut agir rapidement», explique Jérôme Picard, conseiller en environnement à la Ville de Québec.

Il ne faut pas baisser les bras pour autant. En décembre, l’administration Labeaume annonçait 15 millions $ sur 15 ans pour faire face à l’agrile du frêne, dont 800 000 $ dès cette année. 

Au printemps, les arboriculteurs fourbissaient leur arme: le TreeAzin. C’est un biopesticide injecté dans le tronc qui empêche la croissance de la larve et qui, ultimement, en meurt. 

Le traitement, répété chaque deux ans, ralentit les effets de la présence de l’insecte et diminue la population. Il permet ainsi de prolonger de 15 à 20 ans la durée de vie des frênes. Il n’existe malheureusement aucun moyen d’éradiquer l’agrile dans sa phase adulte. La disparition du frêne à long terme est inévitable, considérant l’état actuel de la recherche.

M. Picard rappelle donc l’importance d’étaler la mortalité, éviter des coupes massives et voir apparaître des rues dénudées de toute canopée comme ça risque de se produire si rien n’est fait. 

Québec compte 12 000 frênes en alignement de rues. Quelque 25% devraient être traités d’ici la fin du programme. La Ville estime que 24 000 frênes sont plantés sur les terrains privés. À cela, il faut ajouter ceux dans les parcs et les boisés du territoire.

Bonne nouvelle, s’il en est une, la Ville dépassera largement cette année son objectif du nombre d’arbres traités. À la fin de l’été, 1150 frênes auront reçu leur dose de TreeAzin plutôt que les 500 envisagés au printemps.

Malheureusement, on ne peut empêcher la coupe de frênes trop atteints.  La Ville fait aussi le choix d’abattre plusieurs jeunes frênes et de les remplacer immédiatement avant qu’ils aient un impact significatif sur la canopée. Les scies à chaîne se feront entendre pour 800 d’entre eux. Ce nombre s’ajoute aux 210 arbres déjà abattus l’an dernier. 

Un agrile du frêne piégé à Québec

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SECOND APPEL CITOYEN

Malgré un appel lancé au printemps, seulement 90 citoyens ont communiqué avec la Ville pour obtenir un traitement préventif au TreeAzin. 

Le conseiller en environnement Jérôme Picard insiste. «Il est encore temps d’intervenir, mais la fenêtre rapetisse», même pour ceux qui estiment être loin des foyers d’infestation. Rappelons que la Ville estime que 24 000 sont plantés sur les terrains privés.

C’est que la Ville offre aux résidents qui le désirent de faire traiter leur frêne à un prix préférentiel. Le traitement au TreeAzin coûte un peu plus de 100 $ chaque deux ans pour un arbre d’un diamètre moyen de 30 centimètres. 

Il est aussi possible que le propriétaire d’un frêne atteint ou sain préfère le faire abattre. Mais encore là, mieux vaut s’informer auprès de la Ville qui a réglementé en janvier la coupe des frênes et la disposition des résidus afin de contrer la dispersion des foyers d’infestation. 

Des permis et des amendes

Le règlement prévoit qu’«un propriétaire d’un frêne, situé dans un foyer d’infestation identifié qui présente des signes ou des symptômes d’infestation à l’agrile du frêne, qui est mort ou dont 30% et plus des branches sont mortes, doit procéder à son abattage». Il est aussi possible d’abattre un arbre sain à l’intérieur comme à l’extérieur du foyer d’infestation, toujours après avoir obtenu un permis délivré gratuitement. 

Mais la coupe est interdite depuis le 1er avril, et ce, jusqu’au 30 septembre, époque de l’année où l’insecte est actif. Les contrevenants sont passibles d’un constat d’infraction de 300 $ à 4000 $. La Ville annoncera à l’automne un programme de subvention pour l’abattage et le ramassage du bois.

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EN RAFALE

Traiter ou couper?

Sur son site Internet, la Ville explique que les critères qui influencent la décision de traiter ou de couper un frêne sont nombreux: santé et vigueur; signes et symptômes de la présence de l’agrile; la taille de l’arbre; son emplacement et sa valeur paysagère. Il est possible d’en apprendre davantage sur l’agrile en consultant la page Internet de la Ville.

Qu’est-ce que l’agrile?

Le 10 juillet 2017, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) et la Ville de Québec confirmaient publiquement la présence de l’agrile du frêne à Québec. C’est un petit insecte vert métallique de moins de 1 cm de long. Originaire d’Asie, il a été introduit en Amérique vers la fin des années 90. Les frênes américains sont sans défense devant lui et meurent systématiquement quand ils sont infestés. 

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EN CHIFFRES

1150: frênes traités au TreeAzin en 2018

17: quartiers sont maintenant touchés par l’agrile du Frêne

800: frênes doivent être abattus cette année

12 000: frênes sont plantés en alignement de rues à Québec

15 millions $ sont investis dans la lutte à la propagation de l’agrile