L’aéroport de Québec

L'aéroport devra répondre aux besoins des gens d'affaires, dit Labeaume [VIDÉO]

Régis Labeaume demande à l’aéroport de Québec de repousser son conseil administration, prévu jeudi, et de ne pas nommer tout de suite le nouveau pdg ou président du CA qui succédera à Gaëtan Gagné. La direction de l’aéroport a refusé de commenter la position du maire du Québec. 

Régis Labeaume a fait le point, mercredi, sur le rapport du Comité de travail sur l’accessibilité aérienne (CTAA) rendu publique partiellement vendredi. Selon le maire de Québec, la «relation de confiance» a été brisée entre les gestionnaires et la communauté d’affaires de la région de Québec après la mise en demeure de 26 personnes. 

L’aéroport de Québec devra mettre de «l’eau dans son vin» et accepter des changements pour répondre aux besoins des gens d’affaires. «Pour qu’un aéroport joue son rôle d’outil de développement économique sur le plan régional, il doit adopter le concept du Triangle d’or, c’est-à-dire l’harmonie, l’osmose entre l’aéroport, les gens d’affaires, et les compagnies aériennes», a insisté le maire de Québec.

Or ce Triangle d’or n’existe pas selon le rapport du CTAA. Le comité s’est questionné sur la qualité et l’efficacité de la gouvernance de l’aéroport de Québec. «L’administration de l’aéroport vit sur une île sans pont», a déploré M. Labeaume.

Une vision que le pdg actuel de l’aéroport, Gaëtan Gagné, n’a pas voulu commenter en début de journée, mais avec laquelle il n’est absolument pas d’accord, d’où les mises en demeure pour empêcher la sortie du rapport.

Connaître «le business»

Un nouveau pdg doit être nommé sous peu, mais le maire de Québec appelle à la patience, car la personne désignée devra connaître «le business, les compagnies aériennes, qui a déjà fait ça, et qui connaît la commercialisation».

Selon le maire de Québec, le CA doit également attendre les nouveaux administrateurs désignés par la Ville de Québec et la Chambre de commerce et d’industrie de Québec pour entériner cette nomination. «Ce qu’on leur demande : pas de geste précipité sur la présidence du conseil et l’embauche du PDG. Ils doivent attendre les nouveaux administrateurs, ça serait normal et décent», a-t-il expliqué.

La Ville de Québec a choisi Claude Choquette, président du Groupe Le Massif et Denis Leclerc, président du Groupe Biscuits Leclerc pour la représenter. La Chambre de commerce et d’industrie de Québec a pour sa part nommé Luc Dupont, copropriétaire de SM Sport et ancien membre du CA de l’aéroport de 2015 à 2017.

«Je prends pour acquis que l’aéroport ne peut pas refuser ces trois personnes-là. Ça serait très inquiétant. Ils ont des intérêts à ce que l’aéroport fonctionne», a fait valoir M. Labeaume.

Frustration et gêne

Le gouvernement du Canada doit aussi désigner un représentant dans les prochains jours. «J’ai pu m’entretenir avec le [ministre fédéral du Transport Marc] Garneau et il partage ma frustration sur la façon dont l’aéroport a traité ses partenaires», a mentionné le maire de Québec. 

Selon le rapport du CTAA, les gens d’affaires sont insatisfaits des liaisons à l’aéroport de Québec. La querelle a peut-être assez duré, mais cela n’a pas empêché le maire Labeaume d’en remettre une couche sur la gestion actuelle de l’aéroport et les services offerts. 

«Quand ils commencent à parler des vols, je ne sais plus quoi dire. C’est gênant. Ce n’est pas normal pour une ville comme la nôtre. On n’est quand même pas un petit bled perdu. On a le plus bas taux de chômage au pays», a-t-il pesté.

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LA COURSE AU POSTE DE PDG: «UN ÉCRAN DE FUMÉE»?

La course au poste de président et chef de la direction de l’Aéroport de Québec est-elle «un écran de fumée»? C’est le questionnement de John McKenna, qui avait déposé sa candidature en janvier. 

Jamais, malgré une tentative de communication la semaine dernière avec des responsables de l’aéroport, celui qui occupe la chaise de président de l’Association du transport aérien du Canada (ATAC) n’a eu de retour d’appel ou de courriel, outre que la confirmation lors de l’envoi de son curriculum vitæ. 

Mercredi, il a été surpris que le maire de Québec, Régis Labeaume, laisse entendre que le conseil d’administration de l’établissement pourrait possiblement désigner dès jeudi un nouveau président et chef de la direction ou un nouveau président du CA. 

Surtout qu’aucune date d’entrée en fonction n’était inscrite dans l’offre d’emploi pour le poste de président et chef de la direction. 

Toutes les apparences

«Un processus d’embauche, qui demande l’intervention d’une firme de chasseur de têtes [Korn Ferry] et qui se fait à l’intérieur d’une si courte période, c’est fort anormal», déplore au Soleil M. McKenna. «Cela a toutes les apparences d’un concours déjà organisé d’avance. [...] Je n’ai jamais été convoqué pour une entrevue, même pas pour un échange téléphonique. J’ai l’impression qu’ils se sont servis d’une firme externe pour justifier leur action», poursuit-il.

M. McKenna prédit que le poste va revenir à un employé à l’interne. Il précise que le nom de Serge St-Laurent, qui occupe actuellement la chaise de vice-président — Exploitation à l’aéroport, circule dans le milieu.  

«Tous les appuis que j’ai reçus des transporteurs et des locataires de l’aéroport, ils m’ont dit bravo, mais que les ficelles étaient déjà attachées», note M. McKenna. «S’il trouve un meilleur candidat que moi, c’est tant mieux, je peux ne rien dire, mais si l’exercice est en effet un écran de fumée, c’est la région qui va en sortir perdante. Lorsque je suis entré à l’Association, le processus a pris deux mois et les responsables n’avaient pas demandé l’aide d’une firme externe», poursuit le détenteur d’une maîtrise en Études économiques internationales Est-Ouest de l’Université Carleton.

Plusieurs autres sources dans le milieu, préférant taire leurs noms, ont aussi avoué au Soleil avoir certains doutes par rapport à la méthode de recrutement. 

L’actuel président et chef de la direction de l’Aéroport international Jean-Lesage de Québec (YQB), Gaëtan Gagné, avait annoncé publiquement le 28 novembre dernier qu’il quitterait son poste en 2019. 

Le futur patron devait commencer «au printemps ou à l’été 2019». Le processus de dotation devait débuter en décembre, disait-on à ce moment.  Jean-Michel Genois Gagnon