La Ville de Québec mise gros sur ce contrat éventuel de vente de vapeur de l’incinérateur au Centre hospitalier universitaire de Québec pour les besoins en énergie du futur mégahôpital.

L’achat de la vapeur de l’incinérateur inquiète

EXCLUSIF / Un groupe de citoyens de Limoilou demande au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec de refuser l’achat de la vapeur de l’incinérateur à déchets municipal pour combler les besoins d’énergie de son futur mégahôpital. Un établissement de soins ne peut financer un pollueur au détriment de la santé des habitants du coin, disent-ils.

«On nous présente ce projet-là quasiment comme étant un projet vert», déplore Jean-Yves Desgagnés, porte-parole du groupe de 25 noms qui a envoyé une lettre à la directrice générale du CHU de Québec. «On ne considère pas que cette vapeur-là c’est de l’énergie propre.»

Vrai que l’hôpital n’achèterait que de la vapeur d’eau pour chauffer ou climatiser ses locaux, convient le professeur du campus de Lévis de l’Université du Québec à Rimouski. Mais cette vapeur est issue de la combustion des poubelles, signale-t-il. «Donc, il faut continuer à alimenter l’incinérateur en déchets pour pouvoir [la] produire.»

Outre le fait que de brûler les déchets plutôt que les valoriser est un gaspillage, selon lui, cette opération nuirait à la santé des habitants de Limoilou, dont la sienne; les cheminées dont les rejets toxiques outrepassent parfois les seuils sont à 500 mètres à vol d’oiseau de sa maison. 

«Alors, ce serait vraiment bien contradictoire qu’un hôpital qui vise à soigner des gens, à rétablir leur santé, achète de la vapeur d’un incinérateur qui, lui, détériore la santé de la population.» Une population qui a déjà une espérance de vie inférieure à celle de la haute ville et qui est exposée à de nombreuses sources de pollution, dont le port, fait-il valoir.

«Avec de la créativité, on peut trouver d’autres solutions». Plus vertes et écologiques, précise Jean-Yves Desgagnés.

Des millions de dollars

La Ville de Québec mise cependant gros sur ce contrat éventuel. Lorsqu’elle a annoncé son désir de conclure une entente avec le CHU de Québec, fin 2016, l’équipe du maire vantait les vertus de cette énergie «propre». «Ce serait le premier centre hospitalier carboneutre au Québec», plaidait Régis Labeaume.

L’élu brandissait également des revenus importants à venir. À titre comparatif, la vente de vapeur à l’usine Stadacona rapporte quelques millions par année.

Même si la Ville devait débourser les 15 millions $ nécessaires pour construire un tuyau entre l’incinérateur et le site de l’Enfant-Jésus, le projet serait rentable pour les contribuables, soutenait-il.

Mais les rejets de l’incinérateur dépassent parfois les normes. Toujours fin 2016, des échantillons avaient révélé de nouveaux excès de mercure, de dioxines et de furanes, rappelle M. Desgagnés. 

Le printemps suivant, la Ville avait annoncé vouloir investir encore dans l’espoir de réduire la pollution générée : 5,9 millions $ d’ici 2018. 

«C’est un équipement qui date quand même d’une quarantaine d’années où on investit constamment de l’argent pour le mettre aux normes pour qu’il soit sécuritaire… mais finalement on ne réussit jamais», critique Jean-Yves Desgagnés. Il souhaite sa fermeture d’ici 2024. 

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À LA SANTÉ PUBLIQUE DE TRANCHER

Préoccupé par l’incinérateur municipal, le CHU de Québec a demandé à la Santé publique un avis pour savoir si les rejets des cheminées respectent les normes. Sinon, l’établissement de santé tournera le dos à la Ville qui veut lui vendre la vapeur produite par l’équipement.

«Le projet n’ira pas de l’avant si on n’a pas une réponse positive», avertit une porte-parole, Geneviève Dupuis. «On veut s’assurer que l’incinérateur répond aux normes.»

Les arguments énumérés par un groupe de résidents inquiets du quartier soulèvent des questions légitimes, poursuit-elle. «Les préoccupations des citoyens nous préoccupent également. Nous, on va s’assurer que la Direction de la santé publique est à l’aise avant d’aller de l’avant.»

«On est un hôpital et on soigne des gens. On ne veut pas soigner des gens plus malades», dit-elle. «Le but n’est pas de rendre les gens plus malades.»

La porte n’est toutefois pas fermée. «Si la Santé publique nous dit : “Oui, pas de problème, l’incinérateur répond à nos normes”, on va voir si on va de l’avant avec le projet.»

Mme Dupuis ajoute cependant que le CHU de Québec n’a nullement besoin de la vapeur de Québec pour fonctionner. Et que le mégahôpital promis sur le site de l’Enfant-Jésus sortira de terre, peu importe qu’un contrat soit signé ou non. 

«L’incinérateur est un équipement qui appartient à la Ville de Québec, c’est à eux de gérer leurs émanations.»  

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DÉCISION CET HIVER POUR LA VILLE

La Ville de Québec poursuit ses travaux pour confirmer la faisabilité du projet de vente de vapeur de l’incinérateur au CHU de Québec. 

Environ 600 000 $ avaient été mis de côté pour financer les recherches qui seront livrées sous peu aux élus. Une première étude a d’ores et déjà démontré qu’il est faisable de construire un tuyau pour acheminer la vapeur, indique une porte-parole, Mireille Plamondon, par courriel. D’autres études ont été lancées pour préciser les équipements nécessaires à l’hôpital pour faire usage de la vapeur, notamment. «Une présentation sera faite aux autorités pour déterminer si on va de l’avant ou pas. Une décision devrait être prise en février-mars 2018», indique-t-elle. Mme Plamondon ajoute que «les plans et devis suivront en 2019».  

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EN CHIFFRES

  • 150 chargements de poubelles environ sont déversés dans l’incinérateur par jour de collecte des ordures
  • 270 000 tonnes de déchets environ et 22 000 tonnes de boue de la station d’épuration sont brûlées chaque année 
  • 1974 Année d’ouverture

Source : Ville de Québec