Avant d’être partiellement détruite par un incendie criminel en 2015, la goélette L’Accalmie, qui était échouée sur les berges de Baie-Saint-Paul depuis de nombreuses années, était un sujet de choix pour les nombreux peintres de passage dans Charlevoix.

L'Accalmie et son capitaine partis ensemble pour une dernière odyssée

Elle avait 62 ans, il en avait 95. Comme un vieux couple, deux légendes de la navigation à L’Isle-aux-Coudres, la goélette L’Accalmie et son premier capitaine, Éloi Perron, sont partis presque en même temps pour une dernière odyssée.

«C’est quelque chose d’assez exceptionnel», raconte Michel Perron, propriétaire de l’hôtel motel Les Voitures d’eau de L’Isle-aux-Coudres et fils du capitaine Perron. «Les restes de l’épave de L'Accalmie, qui avait au départ été baptisée M.P. Émilie, se trouvaient à Baie-Saint-Paul et ils ont été emportés par une marée de seulement seize pieds et quatre pouces le 22 février, une semaine après la mort de mon père le 15 février.»

La goélette de plus de 400 tonnes, la dernière fabriquée à L’Isle-aux-Coudres par le défunt charpentier Paul Mailloux, était échouée sur les berges de Baie-Saint-Paul depuis de nombreuses années. Avant d’être partiellement détruite par un incendie criminel en 2015, elle était un sujet de choix pour les nombreux peintres de passage dans Charlevoix. 

«Le corps de mon père a été exposé le 24 février et cette journée-là, des gens m’ont appelé pour me dire qu’ils avaient vu passer L’Accalmie sur le fleuve. D’abord, un porte-conteneurs l’a signalée, puis le traversier Joseph-Savard. Ensuite, plusieurs personnes de l’Isle-aux-Codures ont reconnu le fond du bateau et la partie restante de la cabine», poursuit Michel Perron.

Celui-ci avoue que son paternel avait maintenu une relation particulière avec le bateau sur lequel il avait navigué en 1956 et 1957. «Il retournait voir l’épave chaque année... Pour lui, c’était toujours le M.P. Émilie, qui était son premier nom. Ça l’attristait de voir le bateau comme ça, qui se dégradait, mais il savait qu’un bateau hors de l’eau, c’est dur à entretenir», poursuit-il.

Atelier d’artiste

Installé sur les berges de Baie-Saint-Paul depuis le milieu des années 1970, le M.P. Émilie avait été acheté par Germain Simard, un homme qui voulait y résider, mais qui avait vite découvert qu’il y faisait un peu trop froid durant l’hiver. M. Simard l’a ensuite vendu au peintre Guy Paquet, qui l’a rebaptisé L’Accalmie et en a fait son atelier et sa résidence d’été de 1975 à 1980.

«Ça me rend triste qu’elle soit partie, mais quand même, quelle belle histoire qu’elle soit partie presque en même temps que son premier capitaine! Moi, quand j’étais petit, j’habitais Québec près du fleuve, et je connaissais toutes les goélettes. Je suis même monté à bord de quelques-unes», raconte M. Paquet au Soleil.

L‘artiste souligne que plusieurs peintres ont immortalisé L’Accalmie. «Moi, je l’ai peinte plusieurs fois. La dernière, je l’ai donnée à la garderie La Goélette Enchantée de Baie-Saint-Paul. Tex Lecor l’avait peinte lui aussi et avait baptisé la toile La Goélette à Paquet», se remémore-t-il.

Guy Paquet avait vendu le bateau à trois hommes d’affaires qui souhaitaient le déménager à Longueuil pour en faire un bar flottant. Le trio n’a cependant jamais obtenu les permis nécessaires et Clément Gauthier l’a acheté à son tour.

À l’abandon

«M. Gauthier voulait en faire un restaurant et une salle de danse. La Ville lui avait donné la permission, mais ce projet ne s’est jamais matérialisé et la goélette est restée à l’abandon», raconte le capitaine Benoît Lavoie, un bon ami du capitaine Éloi Perron qui a oeuvré pendant plusieurs années à l’entretien des goélettes au Musée maritime de Saint-Joseph-de-la-Rive.

«Moi et Paul Mailloux, qui l’avait construit, souhaitions amener le bateau au musée vers la fin des années 90. Cependant, ça aurait coûté 100 000 $, alors nous avons abandonné le projet», poursuit M. Lavoie.

Celui-ci rappelle que même après l’incendie de 2015, allumé accidentellement par un homme qui tentait d’en voler les parties métalliques en les détachant à l’aide d’une torche, jamais les eaux n’avaient emporté l’épave jusqu’à cette année.

«Il restait le pont et une partie du pavois, mais, maintenant, les marées sont plus hautes et les vents sont forts. On n’avait jamais vu de gros vents comme ça! C’est tout un coup du destin que ce soit arrivé si près du décès du capitaine Éloi», poursuit-il.

L’Accalmie survit d’ailleurs également à travers les maquettes que M. Lavoie en a faites. L’une, qui fait 60 pieds de long, se trouve dans une collection privée à Sillery, une autre à Montréal et une troisième, quatre fois plus petite, appartient à une dame qui réside en Israël et qui l’avait commandée parce que sa mère s’appelait... Émelie.