Lac Saint-Pierre: les normes environnementales fréquemment dépassées

Les concentrations de néonicotinoïdes, un insecticide largement utilisé en agriculture, dépassent fréquemment les normes environnementales dans le lac Saint-Pierre, d’après un rapport du ministère de l’Environnement (MDDELCC) qui vient d’être rendu public. Au point où ils pourraient avoir contribué, avec d’autres pesticides, à l’écroulement des stocks de perchaudes survenu dans le lac depuis une vingtaine d’années.

«Quand on a commencé à prendre les échantillons, je me disais qu’on allait trouver des produits très, très dilués et qu’il n’y aurait pas ou presque pas de dépassements des critères pour la qualité de l’eau. Mais ce n’est pas ça qui est arrivé», a commenté jeudi l’auteure du rapport, la chercheuse du MDDELCC Isabelle Giroux, lors de la présentation de ses résultats au colloque annuel de l’organisme Chapitre Saint-Laurent, qui se tient cette semaine à Québec.

En fait, plusieurs dizaines d’échantillons prélevés en 2014 et 2015 sur une demi-douzaine de sites du lac Saint-Pierre ont montré que les normes pour la vie aquatique étaient dépassées entre 10 et 55 % du temps, selon l’endroit, pour deux néonicotinoïdes nommés thiametoxame et clothiadinine.

«Pendant une grande partie de l’été, les concentrations dépassent les critères pour la qualité de l’eau», a indiqué Mme Giroux lors de sa présentation. Son rapport a été publié sur le site du MDDELCC jeudi après-midi.

Les néonicotinoïdes sont des insecticides qui sont appliqués sur les semences et qui se retrouveront ensuite dans tous les tissus de la plante. Cela protège ainsi les cultures contre les ravageurs jusqu’à la récolte, mais plusieurs études scientifiques ont montré, ces dernières années, que les néonicotinoïdes font aussi des «victimes collatérales». Ils sont largement considérés comme un des facteurs qui maintiennent chroniquement la mortalité des abeilles à des taux anormalement élevés.

D’autres pesticides

Mme Giroux et son équipe ont également détecté plusieurs autres pesticides, en particulier des herbicides comme le glyphosate et l’atrazine, mais dans des concentrations inférieures aux normes — sauf d’occasionnels dépassements pour l’atrazine.

«C’est dans le contexte de la diminution des herbiers et des difficultés de la perchaude que l’on souhaitait documenter la présence de pesticides dans le lac Saint-Pierre», a expliqué Mme Giroux. Il y a longtemps eu une pêche commerciale à la perchaude dans ce lac, qui est une sorte d’élargissement du fleuve entre Sorel et Trois-Rivières. Mais de 200 à 250 tonnes par année qu’elles étaient, les prises se sont complètement écroulées au cours des années 1990 et 2000, jusqu’à ce que la pêche commerciale soit interdite en 2012.

L’hypothèse généralement retenue pour l’expliquer est que les fertilisants agricoles qui ruissellent jusqu’au lac ont favorisé l’éclosion de cyanobactéries, dont l’abondance nuit ensuite à la formation d’herbiers aquatiques. Et comme ces herbiers servent à la fois de garde-manger et d’habitat aux larves de perchaude, l’espèce en aurait beaucoup souffert.

Sans remettre cette explication en doute, le rapport du MDDELCC suggère qu’il est «possible» que les herbicides présents dans le lac Saint-Pierre aient pu contribuer au phénomène, même si leurs concentrations restent habituellement sous les normes. Tous ensemble, ils ont pu avoir un effet combiné, et les produits comme le glyphosate sont connus pour agir plus fortement sur les «macroalgues» que sur les cyanobactéries.

En général, les «néonics», comme on les appelle parfois, ne sont pas toxiques pour les poissons, mais une étude récente de l’UQTR suggère qu’ils peuvent se transformer en sous-produits mortels pour les larves de perchaudes sous l’effet des ultraviolets, lit-on dans le rapport de Mme Giroux. En outre, ils peuvent nuire de manière indirecte, en réduisant les populations d’invertébrés dont se nourrissent les poissons.