Au départ, la Ville de Québec voulait mettre à l’abri des développeurs immobiliers 246 lots du bassin versant du lac Saint-Charles, mais ne pourra finalement transformer en réserve naturelle que 82 d’entre eux.

Lac Saint-Charles: la Ville transformera 82 terrains en réserve naturelle

La Ville de Québec doit limiter ses ambitions de préservation des terrains entourant le lac Saint-Charles, sa principale source d’eau potable. Elle rêvait de mettre à l’abri des développeurs immobiliers 246 lots du bassin versant, mais ne pourra finalement transformer en réserve naturelle que 82 d’entre eux.

«C’est une très bonne nouvelle», se réjouit néanmoins Mélanie Deslongchamps, la directrice générale de l’Association pour la protection de l’environnement du lac Saint-Charles et des Marais du Nord (APEL). «Ces 82-là vont être protégés à perpétuité pour le gouvernement du Québec. […] L’objectif de la Ville c’est qu’il n’y ait pas une administration, dans 20-30 ans, qui décide de développer. C’est impossible dans le cas d’une réserve naturelle.»

«L’objectif est d’assurer le maintien des aspects écologiques sur ces terrains à perpétuité», renchérit la conseillère en communication de la Ville, Mireille Plamondon. «Ce statut [de réserve naturelle] est demandé parce que le zonage municipal peut être changé par décision du conseil municipal, mais un tel statut ne pourra plus être modifié. Donc, le mécanisme de conservation s’en trouve augmenté sur le plan légal.»

Il faut quand même constater que la majorité des lots que voulait sauvegarder la mairie en vertu de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel ne le seront pas. En 2016, Régis Labeaume avait annoncé que les 246 propriétés de la Ville dans le secteur, valant «plusieurs millions», seraient ainsi mises en sûreté, ce qui rendrait presque impossible leur vente à des entrepreneurs. Une action d’envergure nécessaire pour sauver le mal en point lac Saint-Charles, plaidait-il.

L’APEL avait donc été mandatée pour évaluer la «valeur écologique» de chacun des lots ciblés, une obligation gouvernementale. Étude qu’elle a pu réaliser durant l’été 2018. Et c’est à ce moment qu’elle a constaté que la majorité ne répond pas aux critères gouvernementaux. «Ce ne sont pas tous les terrains qui sont admissibles», observe Mélanie Deslongchamps.

«Pour être ainsi reconnue, une propriété doit présenter des caractéristiques qui justifient un intérêt de conservation sur le plan biologique, écologique, faunique, floristique, géologique, géomorphologique ou paysager», précisent des documents municipaux. Puisque les 246 ne passent pas tous le test, «une liste de 82 terrains, représentant une superficie de 7,3 km carrés, a été retenue pour une demande de reconnaissance potentielle».

Renaturalisation

Les autres terrains ne seront pas vendus pour autant, enchaîne Mme Deslongchamps. «Ça ne veut pas dire que la Ville ne les protège pas autrement. [D’ailleurs], il y a déjà des travaux de renaturalisation qui ont été faits sur ces terrains-là.» Mais ils seront moins encapsulés, moins à l’abri des convoitises spéculatives.

Le lac Saint-Charles est le réservoir d’eau potable principal des citoyens des villes de Québec, Saint-Augustin, L’Ancienne-Lorette et de la réserve indienne de Wendake, rappelle le site Web de la capitale. Depuis de nombreuses années, la Ville et l’APEL constatent que le lac souffre, notamment à cause du développement immobilier. «Pour la Ville, il y a [donc] un objectif supplémentaire de protection de la qualité de l’eau potable dans le bassin versant», ajoute Mireille Plamondon. «On sait que le maintien de milieux naturels non imperméabilisés permet une meilleure filtration de l’eau de ruissellement et une diminution des apports en sédiments au lac.» Cela limite, entre autres, la prolifération des algues qui asphyxie le plan d’eau.

Le processus gouvernemental pour compléter le dossier s’avère toutefois plus long que prévu, observe Mélanie Deslongchamps. «C’est très long, mais au moins on avance.» L’APEL a maintenant le mandat de préparer la demande officielle pour le ministère de l’Environnement afin d’obtenir le statut de réserve naturelle.