Bien qu'elle ne connaissait pas les proches des 47 victimes, le coeur de Céline Lippé était toujours lié à la communauté de Lac-Mégantic, car ses parents en sont originaires.

Lac-Mégantic: une vie mise en veilleuse

Céline Lippé aurait pu prendre sa retraite le 1er avril après une carrière de plus de 20 ans à la Ville de Québec, notamment comme adjointe au directeur général. Touchée au coeur par la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic, elle a décidé de repousser ses plans, le temps d'aider la municipalité à se reconstruire.
À 61 ans, Céline Lippé sentait véritablement qu'elle était en fin de parcours professionnel. «Je prenais ma retraite, car j'avais l'impression d'avoir fait le tour du jardin à la Ville [de Québec]», a-t-elle expliqué en entrevue au Soleil.
Mais le drame du 6 juillet 2013 a tout changé. «L'événement m'a beaucoup touché, car mes parents viennent de Lac-Mégantic. Mon père est enterré là-bas», a-t-elle confié.
Bien qu'elle ne connaissait pas les proches des 47 victimes, son coeur était toujours lié à la municipalité de 6000 âmes.
Elle a fait part de la situation à son patron, Alain Marcoux, qui était alors directeur général. «J'ai manifesté mon intérêt d'être transféré là-bas.» M. Marcoux a depuis quitté son poste pour occuper les mêmes fonctions à Montréal.
Juste avant de partir, il a offert à Céline Lippé l'opportunité d'aller donner un coup de main à l'administration méganticoise pendant deux ans. Elle a accepté, mettant ses plans en veilleuse. Elle est entrée en fonction le 6 janvier.
Il s'agit d'un prêt de service de la Ville de Québec, qui continue de payer le salaire de l'employée bien qu'elle n'ait aucun contact professionnel avec l'administration municipale de la capitale. «Mon travail est à 100 % ici.»
Parole de Mme Lippé, sa vie a complètement changé depuis son arrivée à Lac-Mégantic. «Disons qu'on n'a pas le temps de s'ennuyer. Il n'y a pas beaucoup de personnel dans une petite ville comme ça. On fait de longues heures. Je suis très à l'aise dans ça, je me sens utile. Je sens que j'apporte des bras de plus», se réjouit-elle.
Elle travaille principalement au sein du Comité d'aménagement et de mise en oeuvre du centre-ville, chargé d'aider à la reconstruction du coeur de Lac-Mégantic, le plus touché par l'explosion du train de pétrole l'an dernier. La fonctionnaire met à profit ses années d'expérience et coordonne les activités prévues par le comité.
«Low profile»
Céline Lippé est arrivée à la municipalité avec l'idée claire d'être professionnelle, sans plus. La tragédie, elle ne l'évoque jamais. «Je ne pose pas de questions, ça leur appartient. Je suis là très low profile», dit-elle.
Comme la communauté méganticoise, elle se concentre sur une nouvelle vie. «J'ai l'impression de me retrouver comme quand j'étais petite sur le bord du lac, les beaux couchers de soleil, le son des clapotis des vagues. C'est une autre vie et je la vis bien.»
Mme Lippé aura l'occasion de croiser quelques anciens collègues aujourd'hui, lors des cérémonies de commémoration du premier anniversaire du déraillement pétrolier. Une délégation de la Ville de Québec, dont fait partie le maire Régis Labeaume, assistera aux cérémonies.