Vue aérienne de Lac-Mégantic un an après.

Lac-Mégantic: les entreprises peinent à se reconstruire

La dernière fois que Claude Charron a visité sa pharmacie à Lac-Mégantic, il devait porter une lampe frontale, un casque protecteur et un masque pour bloquer l'odeur suffocante de pétrole.
Une année a passé depuis que sa petite ville a été le théâtre du déraillement d'un convoi de pétrole brut qui a détruit une bonne partie du centre-ville et fait 47 morts, mais le pharmacien n'a pu retourner que la semaine dernière dans son commerce contaminé, une fois que les autorités ont testé la qualité parfois dangereuse de l'air.
Douze mois après le désastre ferroviaire, plusieurs commerçants locaux attendent toujours de l'aide financière et une chance de remettre leur entreprise en marche.
«C'est un vrai dégât. J'ai ce magasin depuis 43 ans et, très franchement, j'étais très déprimé quand je suis sorti de là», confie M. Charron en parlant de sa pharmacie sise sur la principale artère de la ville et dont l'accès est désormais bloqué par une clôture métallique.
«Presque tout ce que j'ai possédé dans ma vie se trouve à l'intérieur.»
Après la tragédie, M. Charron a déménagé ses opérations dans un plus petit local, qui lui permet de continuer de répondre aux demandes d'ordonnance, mais pas de vendre d'autres produits, comme des cosmétiques, qui l'auraient aidé à augmenter ses revenus.
L'accès à l'édifice, dont il est propriétaire, est toujours bloqué. Les docteurs, le notaire et le massothérapeute qui y louaient une dizaine de bureaux sont partis, tout comme le revenu additionnel qu'ils lui fournissaient.
M. Charron affirme avoir été incapable de faire une réclamation d'assurances complète parce que son immeuble, situé à quelques mètres à l'extérieur du site de l'explosion, a subi peu de dommages physiques.
Il s'attend tout de même à ce que le bâtiment perde sa valeur marchande, même après les travaux de décontamination, bien qu'il n'ait rien reçu des millions promis par le gouvernement provincial pour acheter les édifices du centre-ville.
M. Charron n'est pas seul dans cette impasse. Une vingtaine de commerces du centre-ville, dont l'épicerie, un magasin de chaussures et un établissement de restauration rapide, font face aux mêmes obstacles que le pharmacien.
Le bureau du député provincial Ghislain Bolduc a affirmé que le changement de gouvernement, il y a quelques mois, a causé des retards dans l'envoi des compensations, alors que le Parti libéral réévalue les promesses faites par ses prédécesseurs du Parti québécois.
Le bureau de M. Bolduc, un député libéral qui représente la circonscription de Mégantic depuis le 4 septembre 2012, ressent tout de même la pression de la communauté d'affaires de la ville, a confirmé l'attachée de presse du député, Véronique Lachance.
«Je les entends chaque jour, je les vois sur la rue tous les jours», a-t-elle dit au sujet des gens d'affaires.
«Je comprends qu'ils peuvent trouver ça long, mais en même temps, c'est ardu de trouver autant d'argent dans un contexte où on n'en a pas, d'argent, dans le contexte où la dette et l'endettement du Québec sont quand même assez remarquables.»
M. Charron croit également qu'il est temps pour le gouvernement fédéral de s'impliquer pour compenser les propriétaires d'entreprises de Lac-Mégantic. Il blâme les organismes de réglementation fédéraux pour l'accident, parce qu'ils permettaient aux opérateurs des voies ferrées de tourner les coins ronds sur la sécurité, par exemple en permettant qu'un seul ingénieur opère le train.
«Je ne dormirais pas bien si je faisais partie du gouvernement fédéral, sachant qu'il a mis autant de vies en danger», dit-il.
«Nous avons besoin d'aide et le gouvernement doit mettre de l'argent parce qu'il doit se sentir responsable, surtout le gouvernement fédéral.»
Ottawa a promis 35 millions $ pour aider à reconstruire les infrastructures et l'économie locales, ainsi qu'un montant pouvant atteindre 95 millions $ pour aider Québec à défrayer les coûts de la décontamination.