M. Labeaume refaisait lundi le bilan des rencontres de la semaine dernière. Partout, il dit avoir été en contact avec des citoyens réclamant plus de transport en commun. 

Labeaume veut sortir des traces du SRB

Le maire de Québec sort amer de l'aventure du service rapide par bus (SRB). Perdre le contrôle de l'agenda, il a franchement détesté. Régis Labeaume promet qu'on ne l'y reprendra plus et repart à l'offensive avec sa consultation sur la mobilité.
«Les derniers mois, j'ai trouvé ça tough. Des fois, je me suis trouvé mouton, mais j'ai vraiment tout fait pour sauver cette patente-là. J'ai été vraiment sincère jusqu'au bout. Je pense que j'ai été responsable. Perdre le contrôle de l'agenda, c'est vraiment difficile en politique. Pour moi particulièrement, c'est invivable», a-t-il témoigné vendredi au Soleil.
Du début à la fin de l'entrevue qui se déroule dans son bureau, les paroles et même les mimiques de Régis Labeaume suintent le ressentiment envers Lévis et son maire, Gilles Lehouillier, qui s'est retiré du grand projet interrives après plusieurs années de planification. 
«On n'a jamais été aussi loin dans la volonté de travailler ensemble. Je suis allé à la limite. SRB, c'était rendu Voldemort [le méchant de la série Harry Potter]. La marque est brûlée. Un politicien a décidé qu'il ne veut même plus être associé à la marque. C'est une décision politique, c'est tout», analyse M. Labeaume. 
Politique, ici, prend le sens d'électoral. Le maire de Québec croit que son homologue lévisien - qui faisait la promotion du SRB «avec encore plus de ferveur que moi» - a succombé à la campagne populaire en faveur d'un troisième lien routier sur ou sous le Saint-Laurent. 
«J'ai perdu des billes»
Cela le frustre manifestement. «J'ai écopé là-dedans moi là. Excusez-moi, mais j'ai perdu des billes. J'ai bien plus de monde qui m'haïssent aujourd'hui qu'il y a six mois. [...] Politiquement, le grand perdant, il est ici», a lancé M. Labeaume en se pointant. 
Pour sortir de cette situation inconfortable, l'élu municipal a décidé de se tourner vers ses citoyens. Lors de la consultation sur la mobilité, son équipe dévoilera toute l'information amassée par le bureau d'études du SRB, accueillera les propositions et répondra aux questions. Lui-même sera dans la salle lors des rencontres publiques. 
«Il n'y aura plus une question qui n'aura pas sa réponse. C'est terminé. D'être pogné dans un cul-de-sac à pas parler pis à pas répondre, c'est terminé. S'il se dit des conneries, on va répondre tout de suite à partir de maintenant», martèle-t-il. 
«Ç'a été le vent de face»
Le politicien pense que ce sera suffisant pour atteindre le consensus qu'il espère tant pour doter Québec d'un système de transport en commun performant. «Mes projets, je les réussis parce que le monde est en arrière de moi. Là, je ne l'ai pas trop senti dans les trois derniers mois. Ç'a été le vent de face surtout», constate-t-il. 
Cela dit, il pense que la réputation de maire «anti-auto» et dépensier que ses adversaires politiques tentent de lui coller à la peau est amplifiée par la «bulle» médiatique et n'a pas tant de résonance dans la population. «Sinon je serais à 12 % dans les sondages...»
Répétant qu'il part avec une page blanche, qu'il est ouvert à toutes les propositions, le maire s'est avancé sur un seul point lors de l'entrevue. Selon lui, le tracé proposé pour le SRB, qui était en droite ligne avec le plan de mobilité durable, peut difficilement changer. 
«Si on va là, c'est pas pour rien. C'est parce qu'il y a du monde qui va là», dit-il. «Ce n'est pas inutile ce qu'on a fait. Il va falloir qu'on passe là anyway. La seule question, c'est où on passe par après. C'est tu payant pis c'est tu rentable? Y a-t-il assez de densité ou on table sur l'avenir?» demande-t-il à voix haute. Si on se fie à ce qu'il dit, les réponses s'en viennent.
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«L'orgueil» de côté pour le troisième lien
Régis Labeaume a dû être «plus intelligent qu'orgueilleux» dans le dossier du troisième lien routier entre Québec et Lévis. Même s'il semble toujours douter de ce scénario pour désengorger la circulation automobile, il se félicite d'avoir contribuer à faire financer un bureau de projet à de 20,5 millions $ pour analyser un tel lien. «Est-ce que je refuse d'analyser ça alors que le monde le veut à quoi, 80 %? Il y a des politiciens de Québec qui ne comprenaient pas pourquoi je ne voulais pas l'étudier. Il a fallu que je sois plus intelligent qu'orgueilleux», a-t-il lancé. «C'était assez simple, la façon de régler l'affaire était un bureau de projet pour en avoir le coeur net. On va savoir. S'il y a un avantage net pour les automobilistes de Québec, je serai pour. Si ce ne l'est pas, je suis contre. C'est tout.»  Valérie Gaudreau
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Le maire craque pour les places éphémères
Attendez-vous à voir d'autres places publiques éphémères ou permanentes ces prochaines années si Régis Labeaume est reporté au pouvoir à Québec. «La réception qu'on a, tout le monde a dit : "J'en veux une chez nous!" Améliorer la qualité de vie des gens, c'est ce sur quoi on s'en va. La réaction a été bonne, je n'en revenais pas», a dit M. Labeaume à propos de ces aménagements avec verdure, mobilier urbain. Créer des places publiques va de pair avec la densification comme celle que privilégie la présente administration. La semaine dernière, la Ville de Québec a présenté six projets de places éphémères aménagées au coût de 750 000 $. Il s'agit de la Place Montmorency, de la Place de l'Hôtel-de-Ville, de la Place Maizerets, de la Place Jacques-Cartier, de la Marina Saint-Roch et de la Place Charles-H.-Blais devant la bibliothèque de l'avenue Maguire.  Valérie Gaudreau
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Conciliation entreprise-politique
Régis Labeaume estime qu'affaires et politique sont conciliables chez ses candidats dont au moins trois possèdent des entreprises. «Je ne peux pas leur dire de vendre leur commerce pour faire de la politique», a lancé M. Labeaume en entrevue au Soleil, vendredi. Du lot, Nathalie Roy, propriétaire des Chocolats Arnold, et Marie-Josée Savard, qui revient après avoir quitté la politique en 2013 pour diriger un dépanneur et une succursale du café La Prep. L'indépendant Sylvain Légaré, notamment actionnaire de la Scène Lebourgneuf, est aussi revenu avec Équipe Labeaume pour le scrutin du 5 novembre. «Il ne faut pas qu'ils mettent trois heures par jour là. Il ne faut pas que ça rogne sur leurs tâches, quand tu y penses, ce n'est  pas bête d'avoir des entrepreneurs dans ton équipe.»  Valérie Gaudreau