L’église Saint-Roch

Labeaume s'en prend au diocèse de Québec

La création d’une fiducie est la principale recommandation du groupe de travail formé pour sauver huit églises d’exception identifiées sur le territoire de la Ville de Québec. Régis Labeaume a profité de cette annonce pour envoyer un message clair au diocèse : «Pour garder les églises à niveau, ça prend de l’argent et pas seulement des prières.»

«Le modèle actuel ne fonctionne plus et on s’en va dans le mur.» Le président du groupe de travail sur la préservation du patrimoine culturel à caractère religieux, John R. Porter, insiste sur l’urgence d’agir. Il a dévoilé mercredi un rapport pour assurer la pérennité des églises Saint-Jean-Baptiste, Saint-Roch, Saint-Sauveur, Sainte-Charles-Borromée (Charlesbourg), la Nativité (Beauport) et Saint-Charles-de-Limoilou ainsi que la cathédrale anglicane Holy Trinity.

Parmi elles, le groupe de travail recommande que les églises Sainte-Jean-Baptiste et Saint-Charles-de-Limoilou soient considérées en priorité dès l’an prochain pour l’allocation de fonds.

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La fiducie sera composée de membres de la Ville, du diocèse, des fabriques et du ministère de la Culture, notamment. Elle veillera à maintenir les bâtiments en bon état — certains nécessitent des réparations urgentes et majeures — et trouver des usages complémentaires au culte pour que les églises demeurent «ouvertes et vivantes», souligne M. Porter.

À ce sujet, le maire Labeaume rappelle «le coup de génie» de Jean-Paul L’Allier d’avoir transformé l’église de la 2e Avenue dans Limoilou en École de cirque. «On m’a dit un jour que le patrimoine, il faut que ça gagne sa vie. Quand t’as pas de sous, tu ne peux pas te créer ce qu’il faut pour gagner ta vie. La fiducie va servir à ça», résume-t-il.

Dès cette année, 3 millions $ seront injectés dans cette fiducie. Les millions de dollars sur 10 ans sont injectés en parts égales entre la Ville de Québec et le gouvernement du Québec. 

Peut-être loin d’être suffisant, la fiducie compte aussi sur d’autres sources de revenus comme les dons... et surtout la participation financière du diocèse de Québec qui, selon le maire, n’en ferait pas suffisamment.

Responsabilité commune

«On pourrait se demander où est allé l’argent de la vente de l’église Saint-François-d’Assise», se questionne le maire. Un exemple pour illustrer que le diocèse pourrait contribuer au fonds en remettant une partie des revenus de la vente d’églises désacralisés qui ne représentent pas d’intérêt patrimonial.

«Quand on a créé ce fonds-là, on a décidé qu’on avait une responsabilité collective. Quand une église est vendue par une fabrique, on devrait avoir une bonne partie qui va dans la fiducie, explique le maire, sans cacher son ras-le-bol, du manque d’implication du diocèse.

«Il y a des limites. Tout le monde a sa responsabilité historique. Moi, je n’ai jamais pris la décision de construire des églises dans ma vie. Mais je suis fiduciaire. Sinon, qui va s’occuper du patrimoine?» s’interroge-t-il, déplorant que la responsabilité du sauvetage revient toujours à son administration. 

«À un moment donné, la Ville fait bien son possible, mais je deviens débordé. L’été passé, c’était fantastique. C’était le clocher de l’église Saint-Sauveur [qui menaçait de tomber]. Personne n’a levé la main, Qui a mis l’argent? Qui a casqué? C’est la Ville encore une fois. C’est 600 000 $ alors que personne n’a pris ses responsabilités. Je commence à avoir mon voyage. Il faut qu’il se passe quelque chose. Il y a des limites à ce que la Ville peut faire. On a mis de l’argent, Québec a mis de l’argent. Il va falloir que d’autres fassent leur bout», a fait valoir le maire.

Par ses propos, M. Labeaume vise aussi Ottawa. «Le fédéral ne peut pas se préoccuper [du patrimoine] de temps à autre et trouver ça dramatique aux six mois. Amenez-moi de l’argent. C’est ça que je veux savoir. Pour garder les églises à niveau, ça prend de l’argent et pas seulement des prières», conclut-il.

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LE DIOCÈSE NUANCE LES PROPOS DU MAIRE

«Je ne dis pas qu’on ne peut pas en faire plus, mais on en fait déjà beaucoup.»

Comme tous, Mgr Marc Pelchat, vicaire général et évêque auxiliaire du diocèse de Québec, a pris connaissance mardi du rapport du groupe de travail. «Nous sommes en accord avec les constats et les recommandations», a-t-il lancé, d’entrée de jeu, lors d’un point de presse tenu en après-midi. D’un ton calme, il a nuancé certains propos du maire Labeaume.

«Nous prenons soin de nos églises. On n’a jamais abandonné. On a versé 4,5 millions $ depuis 10 ans pour les sept églises catholiques [identifiées dans le rapport]», rappelle-t-il. 

Montants variables

Selon l’évêque, il faut aussi «relativiser l’importance des transactions lors de la cession de bâtiments religieux. Parfois, c’est des montants importants, parfois c’est pour une somme nominale de 1 $. L’École de cirque a été vendue 20 000 $», illustre-t-il.

La vente de l’église Saint-François d’Assise a rapporté 600 000 $. L’argent a servi principalement au remboursement de dettes de la fabrique. 

«Nous allons continuer à dialoguer avec la ville pour la mise en œuvre des recommandations. On est prêt à envisager positivement la création d’une fiducie et d’une participation éventuelle au financement de cette fiducie», résume Mgr Pelchat.  

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SOLUTIONS AUDACIEUSES

John R. Porter parle de solutions audacieuses pour conserver le patrimoine religieux. En ce sens, il suggère de ne pas remettre en place le clocher de l’église Saint-Sauveur retiré l’an dernier parce qu’il menaçait de tomber. Il recommande plutôt d’installer à moindre coût une œuvre d’art ancrée dans la modernité, représentative du quartier. Une autre recommandation est de soutenir les projets visant la réutilisation des églises en espaces culturels. Selon lui, le Musée des Beaux-Arts pourrait utiliser sa voisine, l’église Saint-Dominique, pour y installer un pavillon d’art religieux le jour où elle sera désacralisée.