«Au gouvernement fédéral, j'entends beaucoup parler de transport en commun, mais ils mettent l'argent sur la table, il faut quand même leur donner ça; au gouvernement du Québec, il va falloir qu'il se passe des choses aussi», a déclaré le maire, mercredi
«Au gouvernement fédéral, j'entends beaucoup parler de transport en commun, mais ils mettent l'argent sur la table, il faut quand même leur donner ça; au gouvernement du Québec, il va falloir qu'il se passe des choses aussi», a déclaré le maire, mercredi

Labeaume exige plus d'argent pour le transport en commun

Annie Morin
Annie Morin
Le Soleil
Tant le Réseau de transport de la capitale (RTC) que le maire de Québec enjoignent le gouvernement du Québec à investir davantage dans le transport en commun. Régis Labeaume s'attend à «beaucoup plus» qu'une indexation des budgets. «Il faut que les moyens suivent le discours», martèle-t-il.
«J'entends beaucoup de discours sur le développement, sur COP21 [conférence de Paris sur le climat], sur la diminution des gaz à effet de serre. C'est très gentil, très honorable, mais à un moment donné, il va falloir prendre des moyens. Au gouvernement fédéral, j'entends beaucoup parler de transport en commun, mais ils mettent l'argent sur la table, il faut quand même leur donner ça; au gouvernement du Québec, il va falloir qu'il se passe des choses aussi», a fait valoir le maire mercredi, en marge de l'étude du budget et des investissements du RTC en comité plénier.
Celui-ci a donné en exemple son administration, qui a coupé dans ses dépenses pour se donner une marge de manoeuvre. «Qu'il fasse pareil!» a lancé M. Labeaume en direction du gouvernement du Québec. 
Pas question de taxer
Le politicien municipal refuse d'envisager une augmentation de la taxe sur l'immatriculation des véhicules routiers, bloquée à 30 $ depuis bientôt 25 ans. Il répète également qu'il n'a pas l'intention d'utiliser les points de taxe sur l'essence qui sont à sa disposition depuis belle lurette. C'est l'équivalent de 10 millions $ par année. 
«Nous, on a décidé de ne pas utiliser cette taxe-là parce qu'on pense que les gens sont assez taxés en général. Évidemment, le directeur général du RTC m'en parle tous les ans. Dix millions $, cette année, il ferait des miracles avec ça. Mais on refuse, on pense qu'idéologiquement, c'est suffisant comme taxes», a justifié M. Labeaume. 
Un peu plus tôt, le conseiller municipal de l'opposition, Yvon Bussières, avait lancé aux dirigeants du RTC qu'il trouvait leur budget 2017 «à risque». 
«Vous avez raison», a convenu le directeur des services administratifs; Luc Richard a énuméré plusieurs facteurs de risque : les subventions pour l'exploitation du transport en commun stagnent, le «coussin d'urgence» est liquidé depuis 2015, l'optimisation des ressources atteint ses limites. «Ce que j'aime appeler la boîte de plasters, elle est vide», a lancé M. Richard, ajoutant que «l'avenir n'est pas rose» si ne survient aucun réinvestissement. Toute la présentation du RTC mettait d'ailleurs l'accent sur ce message.
Le maire vise une «révolution des transports» à Québec
Le service rapide par bus (SRB) est la première étape, «l'épine dorsale» essentielle pour lancer une «révolution des transports» à Québec, selon le maire Régis Labeaume.
«Si on n'a pas de réseau central, l'épine dorsale que représente le SRB [...], on a un maudit problème parce qu'on pourrait plafonner bien facilement. Des villes de notre grandeur qui n'ont pas d'épine dorsale, il va y en avoir de moins en moins dans le monde. On va être une ville moderne, mais totalement reculée dans le domaine du transport. C'est ça que les gens ne réalisent pas», a plaidé mercredi le maire de Québec devant ses collègues conseillers municipaux.
Selon lui, le réseau actuel «a étendu ses tentacules souvent pour des raisons politiques, pour quelques clients, et ça ne sera jamais rentable». 
L'administration Labeaume est donc en train de repenser «la toile» du transport en commun, en cernant statistiquement les besoins dans la capitale et en examinant les systèmes performants à travers le monde. Le maire prévient qu'«on va très loin dans notre réflexion, très loin». «Les deux personnes dans l'autobus à 10 heures du soir, on pourrait-tu les transporter autrement?» demande-t-il par exemple. 
Même s'il a longuement exposé la philosophie d'Uber devant les journalistes - diminuer les coûts de transport pour concurrencer, voire déclasser l'automobile -, M. Labeaume ne dit pas que la solution passera par la multinationale. Mais par la technologie, oui. 
achalandage stagnant
Les dirigeants du RTC partagent la vision du maire. Au conseiller municipal Sylvain Légaré qui se désolait que l'achalandage stagne - en 2017, 44,8 millions de déplacements sont prévus, tout comme en 2016 -, la directrice de la planification stratégique, Annie Bélanger, a plaidé que la croissance «va passer par la réorganisation du réseau» en fonction du SRB. 
La chef de l'opposition, Anne Guérette, s'est inquiétée en fin de journée que «l'achalandage [du RTC] est en baisse, les heures de service sont en baisse et les coûts sont en hausse». «Pis là, on nous dit qu'on peut rien faire pour améliorer tout ça, qu'on est en attente du réseau structurant», a-t-elle soupiré, se dressant contre «la pilule miracle qui va tout régler». 
La conseillère municipale de Démocratie Québec estime que le SRB est «un projet qui semble traîner de la patte, qui ne semble pas du tout susciter l'adhésion». Elle en veut pour preuve la déclaration du maire de Lévis, faite mardi, affirmant qu'il n'a pas les moyens d'assumer 25 % de la facture si les gouvernements supérieurs en décident ainsi. 
Le maire de Québec a pour sa part refusé systématiquement de commenter cette sortie de Gilles Lehouillier. «Je n'ai rien à dire là-dessus», a-t-il laissé tomber.