Le ministre Jonatan Julien, ancien bras droit de Régis Labeaume, en était à sa première sortie officielle à l’hôtel de ville depuis sa démission-surprise de 2018 sur fond de conflit avec le maire. Les deux hommes semblent aujourd’hui revenus à de meilleurs sentiments.

Labeaume devra vendre son boulevard urbain [VIDÉO]

S’il appuie le principe du nouveau tracé du troisième lien, le maire de Québec ne donne pas carte blanche au gouvernement de la Coalition avenir Québec. Son grand défi est de faire accepter l’idée de transformer l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain.

«On va défendre les citoyens de Limoilou, de Saint-Roch et de Saint-Sauveur et s’assurer que la sortie du tunnel ne crée aucun dommage à ces gens-là. J’en fais la promesse», a dit Régis Labeaume, lui-même nouveau résident de Saint-Roch.

Et ça commence dès maintenant avec la nécessité de promouvoir auprès du gouvernement l’idée de transformer l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain, au minimum jusqu’à la hauteur de la rue Soumande comme il le souhaite depuis des années. 

«Je veux leur faire accepter le principe. C’est mon premier défi. Avant, c’était non. Après, le tunnel doit s’accrocher à un boulevard urbain qui fait du sens et sur lequel il y a de la fluidité aux heures de pointe. Le ministère ne voudra pas diminuer la valeur de son projet en refusant un boulevard urbain. Politiquement, ils ne feront pas ça», a-t-il soutenu peu avant le conseil municipal de lundi.

Plus tôt, il réfutait que la construction d’un tunnel avec une sortie dans le quartier Saint-Roch entraîne une hausse du trafic au centre-ville. Il soutient même que le nouveau tracé convaincra plusieurs ménages de délaisser l’automobile au profit du transport collectif. 

«Molière parlait d’un game changer. Ça peut être un game changer» cette affaire-là, a lancé M. Labeaume en marge d’un point de presse.

Un pari payant

Il suggère que de nombreux citoyens constateront l’avantage de se départir d’un second véhicule. «Je vais te dire une affaire, si tu travailles à Lévis, ça va te prendre une saprée bonne raison d’y aller en voiture. Si tu veux garder 10 000 $ dans tes poches chaque année et que tu es capable de te rendre à Lévis en transport collectif, tu vas dire : “Qu’est ce que je ferais ben avec 10 000 $ de plus?” C’est une couple de beaux voyages par année. Moi, je pense que ça peut changer les choses.»

C’est la seconde fois que le maire vante la qualité du nouveau tracé à l’étude confirmé la semaine dernière par le ministre des Transports, François Bonnardel. Pour l’instant, il fait fi des critiques de certains groupes qui craignent une hausse de la circulation au centre-ville de Québec avec la sortie du tunnel projetée à l’entrée nord du quartier Saint-Roch. 

«Il y a un projet. Je trouve que le principe est intelligent. À partir de là, on va travailler ensemble et on va aider le ministère à trouver sa solution. On va manger l’éléphant tranche par tranche», ajoute-t-il.

«Les gens qui vont prendre le tunnel, ils prennent quand même les deux ponts. C’est quand même un flot de circulation qui existe actuellement. À la place où il est là, il va prendre un flot de circulation de l’ouest (Lévis) et ceux qui habitent au centre (Lévis) vont le prendre. Ce flot de circulation arrive à Québec d’une façon ou d’une autre», poursuit-il. 

Julien prédit une baisse

Le ministre Jonatan Julien, ancien bras droit de Régis Labeaume, en était à sa première sortie officielle à l’hôtel de ville depuis sa démission-surprise de 2018 sur fond de conflit avec le maire. Les deux hommes semblent aujourd’hui revenus à de meilleurs sentiments. M. Julien, à titre de responsable de la région de Québec en l’absence de sa collègue Geneviève Guilbault, va jusqu’à prédire une baisse de la circulation automobile.

«J’ai déjà travaillé chez Desjardins dans une autre vie. Je prenais ma voiture pour aller là. Avec le temps, l’option qui s’ouvre avec le réseau structurant, le stationnement incitatif du côté de Lévis et les cinq stations potentielles [connexion avec le tramway], je pense que l’effet va être une réduction potentielle liée au transport collectif efficace de ville en ville», soutient-il.

Le nouveau tracé est celui d’un tunnel de neuf kilomètres entre l’autoroute 20 (sortie Monseigneur-Bourget) et l’autoroute Laurentienne sur la Rive-Nord. La première mouture du projet de juin était d’environ 6,5 km — 10 km en incluant les approches en surface — et reliait les deux rives à partir de l’autoroute 20 à la hauteur de la route Lallemand, au boulevard Sainte-Anne à la jonction de l’autoroute Félix-Leclerc, en passant sous la pointe ouest de l’île d’Orléans.

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LE MAIRE FAIT VALOIR UN «GAIN NET»

Le maire de Québec explique son enthousiasme face au nouveau tracé grâce au «gain net» tant attendu. «Au lieu d’être dans l’air politique du temps, on s’était opposé à un projet dans l’est [via le pont de l’île]. Ça aurait nui à la circulation automobile. Aujourd’hui, on a un projet différent qui a l’appui de la Ville. Le temps nous a donné raison. Je le dis humblement», a-t-il déclaré au conseil municipal.

«Le gain net, c’est que le projet vient s’accrocher au réseau structurant. C’est aussi simple que ça», se réjouit-il. En effet, le projet de tracé déposé par le ministre des Transports prévoit que les autobus qui circuleront dans le tunnel entre Québec et Lévis seront connectés à trois stations de tramway au nord : place D’Youville, jardin Jean-Paul-L’Allier et le pôle d’échanges Saint-Roch. Une autre station est prévue dans le Petit-Champlain. Au sud, des stations seraient construites au départ de l’autoroute 20, chez Desjardins et au quai Paquet.

Ce gain net, le conseiller de Cap-aux-Diamants ne le voit pas du tout avec la version actuelle du projet. «À l’heure actuelle, Québec perd, Lévis gagne, lance-t-il en mêlée de presse. En termes de transport en commun, il y avait un bon potentiel. Si on regarde le transport autoroutier, la sortie dans Saint-Roch, on est perdant.»

Le représentant de Démocratie Québec préférerait un tunnel dédié au transport collectif. Ou sinon, qu’on s’en aille beaucoup plus au nord pour la sortie du tunnel. Est-ce que c’est réaliste financièrement, je ne le sais pas.»

Québec 21 ne se mouille pas

De son côté, le chef de l’opposition officielle qui a fait la promotion d’un lien plus à l’est demeure, pour l’heure, extrêmement prudent. «J’ai hâte d’avoir les détails. On va attendre de voir ce que le ministre des Transports annoncera : les coûts, l’échéancier, la sortie du tunnel», s’est-il borné à dire lors d’un point de presse.

Plus tard, le maire Labeaume a demandé de laisser travailler le ministère des Transports avant d’avancer que le projet est dommageable pour Québec.