Le bâtiment agricole se trouve sur un lot de bonne dimension au 1725, rue des Ingénieurs; c’est au coin boulevard Wilfrid-Hamel et avenue Saint-Sacrement. Depuis quelques décennies, des animaux y logent.
Le bâtiment agricole se trouve sur un lot de bonne dimension au 1725, rue des Ingénieurs; c’est au coin boulevard Wilfrid-Hamel et avenue Saint-Sacrement. Depuis quelques décennies, des animaux y logent.

La Ville de Québec exproprie une écurie... à cause de la neige!

Baptiste Ricard-Châtelain
Baptiste Ricard-Châtelain
Le Soleil
Entre la neige et les chevaux des cochers du Vieux-Québec, la mairie a choisi la neige! Pour pouvoir en stocker plus, l’administration municipale a entrepris d’exproprier les deux principales entreprises de calèches de leur écurie.

«Nous avons effectivement reçu un avis d’expropriation de la Ville de Québec visant notre écurie», indique au Soleil Danny Doyle, propriétaire des Calèches du Vieux-Québec. Il se dit cependant ouvert au dialogue : «Nous allons bientôt commencer les négociations sur le montant d’indemnisation auquel nous avons droit.»

La mairie semble toutefois vouloir stimuler les échanges, les accélérer. «Afin de ne pas retarder indûment les travaux prévus et considérant que les discussions avec les propriétaires des lots […] peuvent s’avérer non concluantes, il y aurait lieu d’autoriser le Service des affaires juridiques à entreprendre les procédures d’acquisition, de gré à gré ou par expropriation», lit-on dans un document remis aux élus.

Pourquoi cette urgence à mettre la main sur l’écurie? Le bâtiment agricole se trouve sur un lot de bonne dimension au 1725, rue des Ingénieurs; c’est au coin boulevard Wilfrid-Hamel et avenue Saint-Sacrement. Depuis quelques décennies, des animaux y logent.

Et juste à côté se trouve le plus grand site d’entreposage de neige de Québec, le dépôt de la Jonquière.

Un site jugé essentiel par l’administration, notamment pour sa localisation «optimale» près du centre-ville. 

Manque d’espace

En plus, la capitale manque d’espace pour entasser la neige l’hiver. L’an dernier, elle avait d’ailleurs dû ouvrir des dépôts temporaires pour faire face à l’abondance.

«La capacité globale d’entreposage de la neige usée de la ville de Québec a été réduite ces dernières années par la fermeture de plusieurs dépôts à neige pour des raisons environnementales et de protection des sources d’eau potable de la Ville», explique-t-on dans une note officielle. «Il devient donc impératif d’optimiser certains dépôts à neige afin de consolider sa capacité de stockage de neige usée et ainsi augmenter la résilience de la Ville en matière de disposition de neige usée dans les années à venir.»

Voilà tout l’intérêt du grand terrain de 18 574 mètres carrés (presque 200 000 pieds carrés), copropriété de Danny Doyle, de Calèches du Vieux-Québec, et d’Émilien Mainguy, de Calèches Québec. 

Voilà aussi qui explique la pression exercée sur les deux hommes d’affaires par les autorités. «Afin de ne pas retarder l’avancement du projet d’agrandissement du dépôt à neige [de la Jonquière] et compte tenu qu’une entente n’a pas encore été conclue à ce jour, la Ville lance effectivement le processus habituel d’expropriation», ajoute le porte-parole David O’Brien. 

La Ville est peut-être aussi pressée parce qu’elle doit investir gros au dépôt de la Jonquière afin de respecter les normes environnementales étatiques, a révélé Radio-Canada au cours des dernières années. Autour de 1,2 million $. C’est que l’eau de fonte souillée est rejetée directement dans la rivière Saint-Charles voisine.

Quoi qu’il en soit, David O’Brien assure que les discussions se poursuivent avec les propriétaires. «Ainsi, à tout moment lors du processus d’expropriation, si l’exproprié accepte l’offre ou conclut une entente avec la Ville, le contrat notarié peut être signé de la même façon que lors d’une acquisition de gré à gré.»

Ensuite? «Les deux entreprises auront […] la responsabilité de se relocaliser ailleurs sur le territoire».

«Tous les bâtiments construits sur [ce lot] feront ultérieurement l’objet d’une démolition», nous apprend le feuillet explicatif remis aux conseillers municipaux. «[Le terrain] avec bâtiments dessus construits, leurs dépendances et accessoires est actuellement porté au rôle d’évaluation 2019-2020-2021 à un montant total de 1642 000 $.»

Calèches du Vieux-Québec possède 2 permis d’exploitation de calèches. L’entreprise Calèches Québec en a 14. Une autre compagnie, La Belle Époque, détient le dernier des 17 permis émis par la Ville.