La vie en VR: du rêve à la réalité

L'anthropologue Célia Forget a rencontré 168 sujets pour sa thèse de doctorat portant sur ceux qu'elle appelle «les nouveaux nomades nord-américains». Plus modestement, Le Soleil a parlé à deux couples adeptes de VR, un pendant son séjour annuel québécois et l'autre actuellement sur la route.
›Fiche signalétique
Nom :Monique (à peu près l'âge de la retraite officielle) et Robert Caron, 65 ans
État civil :mariés depuis 42 ans
État :retraités (madame fait actuellement son dernier été de travail à temps partiel)
Dernière résidence fixe : Beauport
Sur la route depuis deux ans
Prendre la route, c'était le rêve de Robert Caron. Pourtant, M. Caron, un ex-travailleur de la construction et chauffeur de machinerie lourde, était un sédentaire, qui a bâti lui-même les huit maisons qu'il a possédées. Mais ses parents, qui sont «descendus» pendant 22 ans passer l'hiver en Floride, lui ont servi d'inspiration. «Je capotais là-dessus!» se rappelle-t-il en souriant, au sujet de son rêve.
Monique Caron partageait jusqu'à un certain point le but de son mari mais hésitait un peu, notamment parce qu'elle craignait de s'ennuyer de ses petits-enfants. Mais un beau jour, pour son anniversaire, M. Caron a ouvert la carte que lui a donnée sa femme, et elle y avait écrit : «OK, j'embarque dans ton projet!» C'était le début de l'aventure.
Monique et Robert Caron sont depuis deux ans de vrais full-timers. Ils ont tout vendu, conservé l'essentiel, donné plusieurs choses à leurs trois enfants, recyclé ou jeté le reste, pour s'installer à l'année dans un motorisé de 38 pieds de long. Pour l'instant, le plan de match des Caron est le suivant : ils passent l'hiver dans un camping à Bradenton, au sud de Tampa Bay en Floride, et reviennent pour l'été au Québec, à Stoneham.
Outre la liberté qu'allait leur procurer leur nouveau mode de vie, les conjoints avaient une autre idée en tête : fuir l'hiver. «Je déteste le froid», confesse le retraité, qui ajoute, un brin malicieux : «Ça fait deux ans qu'on n'a pas vu de neige!» D'accord, on est un peu jaloux.
Bien que le couple ne soit «pas attaché plus que ça aux biens matériels», il a fallu quand même amener plusieurs choses dans les bagages. Quand est venu le temps de prendre la route pour la première fois, les nouveaux nomades ont constaté qu'ils avaient tout ce qu'il leur fallait à portée de main... et beaucoup plus. «La première fois, on a roulé pesant. On voulait tellement tout prévoir que j'avais trois coffres à outils!» raconte M. Caron. Ils transportent aussi une jeep, accrochée à l'arrière du VR, qui sert aux déplacements locaux.
Ils voyagent maintenant plus léger, ont «épuré» énormément leur quantité de matériel, et certains de leurs coffres de rangement sont vides. Évidemment, on ne transporte pas avec soi les archives de toute une vie et quelques biens ont aussi été conservés. Certaines choses demeurent donc entreposées au Québec.
Monique et Robert Caron s'adaptent très bien à leur nouveau mode de vie. Difficile de vivre à deux dans un espace aussi restreint? «On est toujours dehors!» Et l'ennui? «On avait peur de s'ennuyer mais on n'a pas le temps.» Les communications avec la famille se font par cellulaire et les petits-enfants ne sont finalement pas si loin, grâce à Skype.
Les Caron ont des projets : se rendre au Texas, visiter le Mexique et, ultimement, l'Amérique du Sud, mais en étant accompagnés, en caravanes de plusieurs VR par exemple. «On a une très belle vie, mais on est aussi contents de revenir chez nous», au Québec, conclut Robert Caron. Pas en hiver, évidemment.
<p>Paul et Lise à l'arche de Mesa dans le parc national de Canyonlands, en Utah.</p>
Rouler l'Amérique
›Fiche signalétique
Nom :Lise Roy, 67 ans, et Paul Roux, 69 ans
État civil : mariésdepuis 35 ans
État social :retraités
Dernière résidence fixe : Montréal
Sur la route depuis presque un an
Contrairement aux Caron, vivre en VR n'était pas vraiment un rêve pour Paul Roux et Lise Roy. Grands voyageurs, le couple avait déjà expérimenté la vie en caravane pendant quelques mois dans le Sud-Ouest américain, en 2011. Puis, «à l'hiver 2013, pendant un long séjour à Nice, le caravaning s'est mis à nous manquer. On ne s'y attendait pas», raconte M. Roux avec qui Le Soleil s'est entretenu par courriel récemment, alors que sa conjointe et lui étaient dans l'Ouest canadien.
Paul Roux est un ex-journaliste, qui a fait carrière au Soleil (de 1968 à 1990) puis à La Presse. Il est maintenant retraité mais tient un blogue (http://paulcarnet.wordpress.com) où il partage tous les samedis ses anecdotes de voyages. Il est aussi en négociation avec une maison d'édition pour publier un livre racontant son périple actuel.
M. Roux et sa femme sont des full-timers... mais qui ont mis une échéance à leur aventure sur la route, soit avril 2015... pour l'instant. Ils ont conservé leur appartement à Montréal, mais pourraient aussi migrer vers une autre ville québécoise à leur retour.
Le couple s'est équipé d'un VR d'environ 25 pieds (avec rallonge) et a pris la route en septembre 2013. Les retraités ont d'abord voyagé aux États-Unis (Floride, Louisiane, Texas, Nouveau-Mexique, Utah, Arizona) pour ensuite remonter vers les Rocheuses et le Yukon, où ils étaient la semaine dernière. Pour eux, le plan de match n'est pas de s'installer dans le même camping pendant plusieurs mois, mais plutôt de se déplacer fréquemment de découverte en découverte.
Du côté des avantages, «Lise et moi aimons voyager ensemble. Nous adorons nos tête-à-tête, les découvertes, les beaux paysages, la marche en montagne, la lecture, les séries américaines, la musique, les bons repas et le bon vin, toutes choses que favorise le caravaning», nous écrit Paul Roux par courriel. Dans leurs bagages, ils ont apporté des articles de cuisine de qualité, histoire de satisfaire une autre de leur passion. Les livres et la musique sont sur format numérique et comme ils sont très branchés, un ordinateur et deux tablettes font partie du voyage.
Au chapitre des désavantages, le voyageur-blogueur souligne leur incompétence en mécanique (et les pépins techniques peuvent être nombreux quand on roule beaucoup), et l'ennui de la famille demeurée au Québec. Comme les Caron, Skype leur est d'une très grande utilité.
Ils prévoient descendre vers la Californie, faire une pointe au Mexique, pour ensuite revenir au Québec. Gageons que la Belle Province ne les retiendra pas très longtemps.