Les mauvaises conditions météorologiques ont forcé une équipe de sauvetage à reporter sa tentative de libérer une baleine noire de l’Atlantique Nord empêtrée dans des filets de pêche dans le golfe du Saint-Laurent.

La situation des baleines noires n’a pas d’impact sur les espèces du parc marin Saguenay–Saint-Laurent

Analystes, scientifiques et vétérinaires s’affairent toujours à trouver les raisons exactes de la mort de plusieurs baleines noires. On cherche également des pistes de solution au problème rencontré. Malgré le lourd bilan, la situation ne bouleverse pas les activités de Croisières AML, la saison des observations va bon train dans le parc marin Saguenay–Saint-Laurent.

«On est dans une période en effervescence, il y a énormément d’espèces et beaucoup d’activité de leur part. Les mammifères sont au rendez-vous, il doit y avoir beaucoup de nourriture. Ça va très bien de notre côté, il y a beaucoup d’espèces de baleines», indique Lucie Charland, directrice générale adjointe de Croisières AML.

La baleine noire n’est pas une espèce que l’on retrouve dans le parc marin. Si la situation inquiète l’équipe, et tous les autres acteurs du milieu, ce n’est pas un mauvais présage pour les autres espèces qui se promènent dans le secteur.

«Les baleines noires retrouvées dans le coin de la Gaspésie, et qui sont malheureusement échouées, ça nous concerne tous, on veut mieux comprendre. Mais ce n’est pas du tout inquiétant pour les autres espèces, qui sont en grande santé. On ne peut pas tout expliquer, puisque les vétérinaires sont en train de faire des analyses», ajoute Mme Charland. 

Comme l’explique la directrice, les préoccupations semblent se diriger vers le secteur du golfe du Saint-Laurent. Les spécialistes sont sur le dossier et étudient toutes les voies possibles. Dans le parc marin Saguenay–Saint-Laurent, le code d’éthique est très rigoureux, tous les employés prennent grand soin des mammifères sur leur territoire.

Problème loin de disparaître

Le directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM), Robert Michaud, confirme que pour l’instant la situation des baleines noires n’a pas d’impact sur les autres espèces. Par contre, l’évolution des populations devra être surveillée de près.

«La situation des baleines noires, on pense que c’est une réponse à la redistribution de la nourriture. Les autres espèces sont susceptibles de connaître des modifications comme ça, mais il y en a certaines où ça va très bien, comme les baleines à bosse dont la population est en augmentation dans l’Atlantique Nord», explique le spécialiste.

Au début des années 2000, on observait la présence des baleines noires dans le golfe en nombre de plus en plus grand. Cette population a une diète spéciale, elle mange de petits crustacés en grande quantité et dans des endroits très spécifiques. Avec les bouleversements climatiques, la nourriture se trouvait de moins en moins abondante. Ce qui a fait immigrer cette population dans le golfe.

«C’est une réalité qui est relativement nouvelle, la présence de baleines noires. Nous, on n’avait pas mis en place des mesures de conservation pour les protéger, comme ça avait été fait en Nouvelle-­Écosse. En 2017, ç’a été le réveil brutal avec beaucoup de mortalités», déplore M. Michaud.

Le scientifique explique que le gouvernement fédéral a depuis mis plusieurs mesures en place pour suivre cette population, détecter sa présence, ralentir les navires et réduire la pêche. Mais il s’agit d’une nouvelle cohabitation difficile, et une réalité avec laquelle nous devons vivre. 

M. Michaud estime que les connaissances scientifiques sont le meilleur atout pour réagir et trouver des solutions, établir des stratégies de conservation. 

«Ça va dépendre de la volonté de notre société pour s’engager. Pour l’instant, les gouvernements ont pris des engagements pour aller dans la bonne direction. C’est à nous de nous assurer que l’on maintient cette route-là. La situation avec les baleines noires nous rappelle à quel point la cohabitation avec ces animaux est quelque chose de difficile à laquelle on va devoir accorder beaucoup d’attention dans les prochaines années. On va être victimes de la richesse fabuleuse du golfe Saint-Laurent», termine le scientifique.

Sauvetage reporté

Pendant ce temps, les mauvaises conditions météorologiques ont forcé une équipe de sauvetage à reporter sa tentative de libérer une baleine noire de l’Atlantique Nord empêtrée dans des filets de pêche.

Le ministère fédéral des Pêches a publié dimanche soir une déclaration selon laquelle l’équipe de sauvetage de baleines de Campobello n’était pas en mesure d’aider le cétacé de 18 ans, empêtré dans de l’équipement de pêche dans le golfe du Saint-Laurent depuis au moins deux semaines.

L’animal en péril, connu sous le numéro 3125, a été aperçu pour la première fois le 4 juillet par l’équipage d’un avion de Transports Canada à l’est de la Gaspésie, au Québec.  

Le ministère avait confirmé vendredi que deux autres baleines avaient été retrouvées mortes, ce qui porte à huit le total de baleines noires mortes dans les eaux canadiennes cette année.  avec La Presse canadienne

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ET LES BÉLUGAS?

Le chiffre de bélugas retrouvés morts en date de la fin du mois de juillet n’est pas encore alarmant cette année. Cependant, le fait que ce soit des femelles enceintes ou des nouveau-nés est de plus en plus inquiétant. 

«Le nombre de neuf n’est pas particulièrement inquiétant, c’est un suivi que l’on fait depuis 35 ans. Bon an mal an, on retrouve une quinzaine de carcasses de bélugas chaque année», indique Robert Michaud, directeur scientifique du Groupe de recherche et d’éducation sur les mammifères marins (GREMM).

Ces carcasses sont envoyées à Saint-Hyacinthe où les causes du décès sont étudiées.  

«Mais depuis le début des années 2010, on retrouve des femelles enceintes, des femelles en train de donner naissance. C’est encore arrivé cette année et ça, c’est nouveau. C’était un phénomène qui était relativement rare avant. On a des pistes d’explications, mais on sait pas exactement pourquoi, et ça, c’est catastrophique. C’est une population en déclin et c’est une nouvelle cause de mortalité qui fait très mal, qui affecte les bébés. C’est ce qu’on ne veut pas», explique le scientifique.

M. Michaud soutient qu’il devient très important de savoir d’où vient le problème, si c’est lié à la conception des bébés ou si c’est lors de la mise bas.  

Un vrai casse-tête

Les pistes d’explications sont nombreuses, la mortalité peut avoir un lien avec le dérangement physique, les bateaux qui passent trop près lorsque les femelles donnent naissance. Il y a aussi les contaminants dans l’eau ou encore la nourriture. Certaines proies importantes ne seraient plus facilement disponibles pour les bélugas.

«Il y a des actions qui ont été prises pour protéger les bélugas par le gouvernement fédéral. On effectue plusieurs études notamment sur l’effet du bruit et les tours de taille pour la condition des animaux. Dans le parc marin du Saguenay–Saint-Laurent, des mesures sont en place pour réduire le dérangement. Mais notre inquiétude est clairement en rouge», termine M. Michaud.  

Baleines noires mortes dans les eaux canadiennes en 2019