Au moins trois souches différentes de la grippe circulent actuellement au Québec, ce qui signifie que l’efficacité du vaccin disponible sera fort probablement inférieure à celle de l’an dernier.

La saison grippale est inhabituelle au Québec: trois souches circulent

MONTRÉAL — Au moins trois souches différentes de la grippe circulent actuellement au Québec, ce qui fait de cette saison grippale une saison très inhabituelle et signifie que l’efficacité du vaccin disponible sera fort probablement inférieure à celle de l’an dernier.

Deux souches d’influenza A, les souches H1N1 et H3N2, et une souche d’influenza B sont ainsi en circulation.

«À mon souvenir, et ça fait 20 ou 25 ans que je travaille là-dedans, comme infectiologue et virologue, c’est la première fois que je vois ça, a commenté le docteur Guy Boivin, du Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Québec. Et si on veut aller encore plus dans les détails, il y a plus qu’une souche de H3N2 qui circule, donc ça va plus loin que trois souches qui circulent.»

Cinquante-cinq pour cent des souches actuellement en circulation au Québec sont les souches d’influenza A, contre 45 % d’influenza B. Et au sein de l’influenza A, la souche H3N2 est légèrement plus prévalente que la souche H1N1.

«C’est rare qu’on voie des B en grande quantité si précocement dans la saison grippale, a dit le docteur Boivin. Habituellement, l’épidémie de B [...] on voit ça plus au printemps. Là, l’épidémie de B est arrivée concomitamment avec l’épidémie d’influenza A, et ça, c’est inhabituel, avec un grand nombre de cas également.»

Cette situation a des conséquences bien concrètes, prévient le docteur Boivin : si le vaccin disponible correspond bien à la souche H1N1 qui circule, il n’en est pas de même pour la souche H3N2 (qui est plus répandue) et pour l’influenza B.

«Il y a un mismatch pour deux des trois souches, l’influenza B et l’influenza A H3N2, a-t-il résumé. Le match est bon seulement pour l’influenza A H1N1. On peut penser que l’efficacité vaccinale cette année pour le H3N2 ne sera pas très bonne. Et on sait que la souche H3N2 est celle qui touche particulièrement les personnes âgées, qui sont aux prises avec des pneumonies et parfois malheureusement des décès. Donc ça, c’est un peu problématique.»

Efficacité du vaccin

Les calculs de mi-saison concernant l’efficacité du vaccin seront rendus publics vers la fin du mois de janvier. Le docteur Boivin prédit toutefois qu’on sera loin de l’efficacité de 60 % vue l’an dernier, quand la saison grippale a été dominée par l’influenza A H1N1 contre laquelle le vaccin offrait une protection efficace.

«Je n’ai pas d’explication scientifique, mis à part le fait que l’influenza est un virus qui nous donne toujours des surprises et du fil à retordre, a-t-il admis. Il y a encore beaucoup de choses qu’on ne comprend pas au niveau de l’éclosion de certaines souches de l’influenza, que ce soit du A ou du B.»

Les experts de l’Organisation mondiale de la Santé responsables de la sélection des souches devant être utilisées pour produire le vaccin étaient si divisés en février et en mars derniers que leur choix a été retardé de deux semaines, une situation rarement vue. Force est maintenant de constater que la souche choisie pour l’influenza A H3N2 n’était pas la bonne, a dit le docteur Boivin.

La question qui se pose maintenant est de savoir si ceux qui n’ont pas encore été vaccinés contre la grippe devraient y voir.

«Bonne question, a répondu le spécialiste. Il commence à être tard. Et avec le taux d’efficacité du vaccin prévu, je ne suis pas certain que ce soit encore le temps de vacciner. Même ceux qui sont vaccinés ne devraient pas penser qu’ils sont protégés.»