La Russie a lancé une campagne de tirs aériens en Syrie le 30 septembre dernier, mais la coalition des États-Unis est impliquée dans la région contre le Front al-Nosra et le groupe armé État islamique depuis plus d'un an.

La Russie se joint aux combats en Syrie

L'aviation russe a mené mercredi ses premiers bombardements en Syrie à la demande du président Bachar al-Assad, une intervention militaire qui a immédiatement suscité des doutes parmi les Occidentaux concernant les cibles réellement visées, État islamique ou rebelles.
Ces bombardements sont intervenus quelques heures avant que la Russie ne présente à l'ONU un projet de résolution visant à «coordonner toutes les forces qui font face à l'État islamique et aux autres structures terroristes».
Mais il n'aura pas fallu longtemps pour que la France, puis les États-Unis, émettent des doutes et des réserves sur le choix des cibles choisies par l'armée russe.
À Washington, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a estimé que les frappes ne visaient probablement pas le groupe État islamique. «Il semble qu'elles étaient dans des zones où il n'y avaient probablement pas de forces de l'État islamique», a-t-il dit. L'approche russe «tournera mal» si elle se fixe pour unique objectif de défendre le régime de Bachar al-Assad, a-t-il averti.
Rencontre Moscou-Washington
En soirée, les États-Unis et la Russie se sont mis d'accord pour organiser au plus vite une rencontre entre leurs militaires afin «d'éviter tout incident» entre leurs aviations, ont annoncé mercredi les chefs de la diplomatie des deux pays.
Washington est disposé à accueillir favorablement les bombardements russes s'ils visent «réellement» l'EI, a indiqué de son côté le secrétaire d'État américain John Kerry.
La télévision officielle syrienne a confirmé que les frappes russes avaient eu lieu dans les provinces de Hama (nord-ouest) et Homs (centre), tandis que l'armée syrienne a mené un raid dans la région de Lattaquié (nord-ouest).
Selon le chef de l'opposition syrienne en exil, Khaled Khoja, les frappes de Homs ont tué 36 civils «innocents» dans «des zones qui ont combattu» les jihadistes de l'EI.
«Les Russes ont choisi ces régions parce que ce sont des régions où le régime de Bachar a subi des défaites», a expliqué à l'AFP le politologue libanais Zyad Majed. «Daech n'a aucune présence à Lattaquié et Hama, et a une présence limitée à Homs. Manifestement, les Russes ciblent plus Jaish al-Fatah (une coalition d'islamistes, ndlr) et des zones de l'Armée syrienne libre que Daech», a-t-il ajouté.
Moscou, au centre du jeu
L'accélération de l'engagement de Moscou s'inscrit sur fond de bras de fer entre le président américain Barack Obama et son homologue russe sur le sort à réserver à Bachar al-Assad, «tyran» pour l'un et rempart contre l'EI pour l'autre.
La Russie intervient aussi loin de son territoire pour la première fois depuis 36 ans : en 1979, il s'agissait pour les troupes soviétiques d'envahir l'Afghanistan. Elle rappelle ainsi qu'elle est un soutien indéfectible au président syrien, toujours au pouvoir après plus de quatre ans d'une guerre qui a fait plus de 240 000 morts.