Le secrétaire d'État américain John Kerry (à droite) a été accueilli au Kremlin par le président russe Vladimir Poutine, le 7 mai.

La Russie pourrait être exclue du G8, selon John Kerry

Le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, a mis fermement en garde la Russie dimanche sur le risque de perdre sa place au sein du G8 si Moscou poursuit son incursion militaire en Crimée, dans le sud de l'Ukraine.
Le président russe Vladimir Poutine
Le président russe, Vladimir Poutine, «pourrait ne pas avoir de (sommet du) G8 à Sotchi, il pourrait même ne pas rester au sein du G8 si cela continue», a prévenu M. Kerry sur la télévision américaine NBC.
«Si la Russie veut être un pays membre du G8», le club des grandes puissances, «elle doit se comporter comme un pays du G8», a encore averti le chef de la diplomatie américaine sur la chaîne CBS, dans le cadre d'une tournée médiatique dans les grandes émissions politiques du dimanche matin sur les télévisions américaines.
«Le G8 et quelques autres sont prêts à aller jusqu'au bout pour isoler le Russie en raison de cette invasion» en Crimée, a martelé John Kerry, menaçant Moscou de la «mise en place de sanctions» et d'«isolement économique».
L'Ukraine a annoncé dimanche le rappel de ses réservistes après la menace choc de la Russie d'intervenir militairement sur son territoire, alors que les Occidentaux étudiaient leurs options pour obtenir le repli des forces russes déployées en Crimée.
La France et le Royaume-Uni ont annoncé qu'ils suspendaient leur participation aux réunions préparatoires du sommet du G8 de Sotchi prévu en juin.
Varsovie demande «une pression ferme»
Le Premier ministre polonais Donald Tusk a appelé dimanche les Occidentaux à exercer une «pression ferme» et à faire preuve «d'intransigeance» face à la Russie et ses menaces sur l'Ukraine.
«La seule méthode pour arrêter la Russie et en même temps pour éviter des conflits dramatiques dans cette partie du monde, c'est une pression ferme et une intransigeance de l'Europe, des Etats-Unis et du Canada», a déclaré le chef du gouvernement polonais aux journalistes.
«Il faut aujourd'hui une politique calme, équilibrée mais aussi ferme et communautaire face à la Russie, basée sur un désapprobation de ce genre d'actions et d'annonces de Moscou. Ceci pour éviter un conflit de grande envergure», a insisté M. Tusk à l'issue d'une rencontre avec des experts et les responsables de tous les grands partis politiques de son pays.
Le chef du gouvernement a assuré qu'il ne voyait pas en ce moment de danger direct pour son pays «mais une instabilité persistante en Ukraine, une désintégration de ce pays ou une guerre civile créerait à long terme une plus grande menace».
La Pologne a demandé samedi soir la convocation d'urgence du Conseil de l'Atlantique Nord, se sentant menacée par l'intervention armée potentielle de la Russie en Ukraine voisine. Varsovie voudrait aussi un Conseil européen exceptionnel consacré à la situation en Ukraine.
Le président Bronislaw Komorowski a convoqué pour lundi son Conseil pour la sécurité nationale réunissant le Premier ministre, les ministres responsables pour la sécurité du pays, les présidents des deux chambres du parlement et les chefs de partis représentés au parlement.
Offensive médiatique en Russie
La Russie a lancé une guerre médiatique pour soutenir son action en Ukraine, les médias publics russes et les autorités appelant à l'unité nationale contre «les fascistes qui ont pris le pouvoir à Kiev», sur fond de nostalgie de l'URSS.
Les deux chambres du Parlement russe ont mis beaucoup l'accent sur le sort de la population russophone en Ukraine, un argument qui trouve écho auprès d'une large partie de la population russe qui regrette toujours la chute de l'empire soviétique en 1991, à commencer par le président Vladimir Poutine.
Au pouvoir depuis 2000, M. Poutine avait déclaré dès 2005 que la chute de l'URSS était «la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle», et il ne cesse depuis de mettre en avant cette rhétorique reprise par les médias pro-Kremlin.
Laissant entendre que des Occidentaux pourraient être impliqués dans les manifestations pro-européennes à Kiev, la chaîne publique d'informations en continu Russie 24 a diffusé ce qui est présenté comme le témoignage d'un jeune Russe affirmant qu'il avait été payé pour être sniper au côté des forces de l'opposition arrivées au pouvoir en Ukraine.
«Il y a des mercenaires là-bas, ils viennent de différents pays - les États-Unis et l'Allemagne - ils portent les mêmes uniformes», a affirmé cet homme.