L'atmosphère était à la célébration mercredi chez les premiers acheteurs de cannabis légal à Québec.

La ruée vers le pot [VIDÉO]

Un joint entre le pouce et l’index, le jeune client de la Société québécoise du cannabis (SQDC) venait de sortir de la succursale de la rue Bouvier.

Du stationnement, il soufflait de petits nuages de fumée qui se dissipaient dans l’interminable file d’attente. «Ahhhh... le chanceux, a soupiré ma voisine dans la file, Nadine Bouffard, 29 ans. Il teste le produit». 

Nous poireautions comme ça depuis environ deux heures sur le trottoir qui borde les commerces du Carrefour de la Capitale, où est située la SQDC dans Lebourgneuf. Derrière nous, il y avait encore des centaines d’amateurs de marijuana qui attendaient eux aussi.  

Il ventait, il pleuvait et, à un certain moment, il grêlait. Plusieurs grelottaient dans le froid d’automne. Peu importe : ils tenaient à acheter du pot au jour 1 de la légalisation.

Comme le disait Benjamin Ross, 18 ans, rencontré en matinée à la SQDC de Sainte-Foy : «On est là pour célébrer que le cannabis n’est plus un démon». Ici aussi, la file s’étirait à perte de vue. Le premier client, Zachary Nicol, 18 ans, étudiant au Cégep de Sainte-Foy, est arrivé à 7h, trois heures avant l’ouverture. «C’est beaucoup plus plaisant d’acheter légalement que d’aller voir un ami dans un sous-sol qui te vend ça vraiment trop cher».

À la succursale de Lebourgneuf, l’atmosphère était à la célébration. «Wouhou!» criaient les clients en sortant, levant leur sac de papier brun en l’air. Certains se faisaient même applaudir, puis encourageaient en retour ceux qui n’étaient pas encore passés par la porte tant convoitée.

D’autres clients, qui avaient déjà fait leurs emplettes d’hallucinogènes, s’amusaient à effrayer ceux qui n’avaient pas encore eu ce privilège. «Désolé, il ne reste plus rien! Rentrez chez vous!»

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Un jeune client de la succursale dans Sainte-Foy de la Société québécoise du cannabis, parmi les premiers à en sortir, est interrogé par les médias.

Fleur ou huile?

Finalement, après plus de trois heures d’attente, j’ai été accueilli par un agent de sécurité à l’intérieur de la SQDC. Il ne m’a pas demandé mes cartes. Mais il a exigé celles du jeune homme qui est entré juste avant. 

Dans la sobre succursale, il y avait à droite un long comptoir de caisses avec des étalages de produit en arrière. À gauche, un mur avec de l’information sur les trois espèces de cannabis : Indica, Sativa et Hybride. 

Mon conseiller m’a expliqué la différence entre les trois. L’Indica, calmante et relaxante, peut causer la somnolence. «Si tu fais de l’insomnie, que tu veux fumer avant de te coucher, c’est celle-là que ça te prend.»

La Sativa, elle, est énergisante et euphorisante et stimule l’activité cérébrale. «Ça rend plus créatif», a-t-il précisé. Et L’hybride? «Un mélange des deux.»

Il m’a aussi demandé quel produit du cannabis je cherchais. Fleur séchée ou moulue? Joint préroulé? Huile de cannabis prête à être ingérée? Atomiseur oral? Pilule? 

Une longue file d’attente s’est formée près de la succursale de la SQDC du centre-ville de Montréal.

J’ai opté pour la classique fleur séchée. Le conseiller m’a ensuite décrit les arômes, plus originales que les pastilles de la SAQ : citronné, mouffette, sucré, fromagé, boisé, diesel, fruité, terreux, épicé ou floral.

J’ai opté pour la Blue Dream, de variété Sariva, florale et sucrée, d’intensité moyenne en THC (la molécule active du cannabis qui donne la sensation d’euphorie). Quelle quantité? Le conseiller d’y aller d’abord avec 1 g et de peser 0,33 g par joint à la maison. 

Au comptoir, j’ai demandé 1 g de Blue Dream. «Ça regarde mal», m’a dit le caissier. Il est allé vérifier les réserves. «On n’en a plus.» À la place, il m’a proposé le «Solei», épicé, sucré et fruité, modéré lui aussi. Le prix : un gramme pour 8,50 $. 

Sur l’enveloppe qui contenait les cocottes, il y avait des instructions pour rouler un joint en trois étapes et une étiquette avertissant qu’une personne sur 11 qui consomme du cannabis en deviendra dépendante. 

À côté de moi, un homme dans la cinquantaine payait sa facture de plus 100 $. «Ça me coûte cher, a-t-il dit au caissier. Mais j’ai pas envie de refaire la file.»

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Un jeune homme offrait ses services pour rouler des joints pour les clients montréalais.