Jeudi, le président et chef de la direction de la SAQ, qui gère l’implantation de la Société québécoise du cannabis, a confirmé être en pourparlers avec 12 ou 14 municipalités de la province pour l’ouverture des premières boutiques prévue en septembre.

La route du pot prend forme

De Val-d’Or à Sept-Îles, en passant par Lévis, le futur réseau de vente de la Société québécoise du cannabis (SQDC) commence à prendre forme, à l’extérieur même des deux grands pôles urbains de Québec et Montréal.

On savait déjà que la métropole ouvrirait quatre succursales à l’automne. À Québec, la question n’est pas de savoir s’il y en aura ou pas, mais combien? L’administration du maire Labeaume refuse toujours de dire le nombre de points de vente que comptera la capitale et où ils seront situés.

Jeudi, le président et chef de la direction de la Société des alcools, qui gère l’implantation de la SQDC, a confirmé être en pourparlers avec 12 ou 14 municipalités de la province pour l’ouverture des premières boutiques prévue en septembre, sans jamais leur forcer la main. Ce réseau devra couvrir, dans un premier temps, l’ensemble du territoire du Québec, ajoutait-il.

Plusieurs villes ont déjà affirmé avoir des discussions avec la société d’État. Parmi elles, Lévis est en contact pour l’ouverture d’au moins un des 20 points de vente projetés pour la première année d’existence du réseau de la SQDC, a certifié vendredi Geneviève Côté, attachée de presse du maire Gilles Lehouillier.

Sept-Îles, sur la Côte-Nord, est aussi du nombre. «Nous avons été approchés et les conseillers ont montré lundi leur ouverture pour accueillir une succursale», rapporte Amélie Robillard, conseillère en communication. Nous avons eu des garanties que les gens seront formés et informés sur la consommation, la vente et les effets du cannabis», ajoute-t-elle.

«Les échos qui nous parviennent laissent croire que la société du cannabis prend le temps de discuter avec les maires et d’accompagner les élus. Elle procède de la bonne façon. Ensemble, ils doivent déterminer le meilleur endroit d’implantation en fonction de la réalité de chaque municipalité», explique Patrick Lemieux, porte-parole de l’Union des municipalités du Québec.

Rimouski y réfléchit

De l’autre côté du fleuve, le maire de Rimouski, Marc Parent, n’a jamais voulu confirmer au Soleil avoir des discussions pour ouvrir une succursale à l’automne. L’importance et la situation géographique de cette municipalité du Bas-Saint-Laurent en font pourtant un choix logique.

L’ancien policier de la GRC ne s’oppose pas à une ouverture hâtive. Cependant, il a encore des préoccupations. «Rimouski est un incontournable. Mais le moment reste à déterminer. Il reste aussi une réflexion à faire sur la manière d’implanter une succursale, surtout en ce qui a trait aux distances à respecter avec, par exemple, les établissements d’enseignement. La clientèle plus à risque ne doit pas être exposée», insiste-t-il. 

Il fera part de la position de son administration dans les prochaines semaines après en avoir discuté avec son conseil municipal.

À Longueuil, les pourparlers ont justement buté sur le choix d’un emplacement, raconte Alexandra Belisle, attachée de presse de la mairesse, Sylvie Parent. Selon elle, ce n’est que partie remise.

Plusieurs autres municipalités comme Saguenay, Sherbrooke, Trois-Rivières et Gatineau ont déjà annoncé être en discussions pour intégrer le réseau lors de son lancement.

D’autres comme Rivière-du-Loup n’ont jamais reçu d’appel. Karine Plourde, conseillère aux communications, précise que «le dossier demeurerait à être étudié. La porte n’est, a priori, pas fermée pour un éventuel établissement», advenant que la municipalité reçoive un coup de fil.

Le maire de Baie-Comeau, Éric Montigny, ne fait pas partie du club sélect, du moins pour le moment. Il souhaite une discussion concertée pour s’assurer d’une accessibilité sur tout le territoire. «Les distances sont énormes sur la Côte-Nord. S’il y a une succursale à Sept-Îles ou Tadoussac et aucune à Baie-Comeau, ça ne fonctionne pas. C’est comme s’il y en avait à Montréal, mais pas à Québec.»

Certains élus aimeraient au contraire ne jamais voir une succursale sur leur territoire. «On ne fait pas partie des villes approchées, lance le maire de Saint-Georges-de-Beauce, Claude Morin. On ne lèvera pas la main pour récupérer ce genre de commerce là. Les Beaucerons, on est vraiment des conservateurs. La population semble d’accord pour dire qu’on n’a pas besoin de ça», conclut-il.

Avec Le Quotidien, Le Nouvelliste, Le Droit et La Tribune

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PAS DE MUFFINS AU POT DANS LES PACRS DE L'ANCIENNE-LORETTE

Le maire de L’Ancienne-Lorette a déjà annoncé qu’il ne sera pas permis de fumer du pot dans les lieux publics de sa ville. Émile Loranger songe maintenant à interdire tous les produits dérivés du cannabis, sous quelque forme que ce soit.

«On a commencé à en parler avec mes collègues du conseil municipal. Ça a de fortes chances d’aller dans ce sens-là», a-t-il informé Le Soleil, vendredi.

Ouvertement contre la légalisation de la marijuana, M. Loranger n’a pas l’intention de faciliter la vie des vendeurs — il invite la Société québécoise du cannabis à s’établir ailleurs — ni celle des consommateurs. 

Depuis 2010, il est interdit de faire usage de la cigarette dans les endroits publics de L’Ancienne-Lorette : parcs, terrains de jeux, environs des édifices municipaux. 

L’herbe roulée est la prochaine sur la liste des interdits. Le maire classe aussi l’huile et la résine de cannabis ainsi que les produits cuisinés (muffins, biscuits et autres) parmi les indésirables. «La difficulté, ça va être comment on va contrôler l’application de ce règlement. Mais minimalement, il faut d’abord adopter le règlement et on trouvera bien une méthode pour le faire respecter», dit-il. 

Pour s’encourager, l’élu met de l’avant son succès à faire respecter l’interdiction de fumer dans les parcs de la ville et aussi le bannissement des chiens de type pitbull. 

M. Loranger ne craint pas de mauvaise réaction citoyenne. «Si quelqu’un ne l’aime pas [le règlement], il nous emmènera en cour et on va aller le battre», prévient-il. 

Dans son droit

Le maire considère qu’il a pleinement le droit de réglementer l’usage du cannabis dans les lieux publics et prend à témoin le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui a confirmé l’autonomie des villes en la matière. 

Le conseil municipal de L’Ancienne-Lorette attend la date officielle de la légalisation de la marijuana, qui sera annoncée par le gouvernement fédéral, avant d’adopter son règlement. Annie Morin