La rivière Saint-Charles sort de son lit à Québec

Maisons inondées, voitures submergées voire emportées, une soixantaine de personnes évacuées dont une femme centenaire; un gonflement soudain de la rivière Saint-Charles, dans le quartier Duberger–Les Saules, a provoqué une vaste opération de sauvetage, samedi.

Le sinistre s’est produit peu après 13h, principalement sur les avenues Grandbois et Saint-Léandre. Malgré la vigilance des pompiers et de la Sécurité civile, qui surveillaient l’ensemble des cours d’eau de la région de Québec vendredi et samedi, les autorités ont été surprises par la Saint-Charles.

La formation d’un embâcle à la hauteur du pont du boulevard Père-Lelièvre a engendré, en amont, une montée rapide du niveau de la rivière, qui s’est alors infiltrée dans un quartier résidentiel. Tout ça en quelques minutes seulement. Même les premiers répondants sur les lieux sont demeurés coincés. Un camion de pompier et une pelle mécanique ont dû être remorqués hors de l’eau.

Localisation

«Comme une vague»

Jocelyn Vandal, qui réside à l’intersection de la rue Chevalier et de l’avenue Grandbois, a décrit au Soleil «une vague de trois-quatre pieds» qui a déferlée sous ses yeux. «J’étais en train de déblayer un peu la galerie. J’ai vu l’eau s’en venir du bout de la rue. Ça s’en venait comme une vague. Quand j’ai vu ça, je me suis dit : “ça y est, on est fait”. […] Quand il y a deux pis trois pis quatre pieds d’eau, y’a rien qu’on peut faire.»

Le sous-sol de M. Vandal était complètement inondé au passage du Soleil. Le résident s’est dit «découragé» par les événements, connaissant déjà la suite des choses: nettoyage, séchage, évaluation des dégâts, réparations et réclamations.

Le sous-sol de Jocelyn Vandal était complètement inondé au passage du Soleil.

Un autre témoin rencontré par Le Soleil a pour sa part expliqué que son véhicule avait été emporté par la force du courant et des glaces. Stationnée sur l’avenue Saint-Léandre, sa camionnette a été déplacée sur une centaine de mètres avant de s’immobiliser, le bloc moteur complètement sous l’eau.

Bill Noonan, porte-parole du Service de protection contre l’incendie de la Ville de Québec (SPCIQ), a établi le bilan à «une trentaine de résidences évacuées», pour un total d’environ soixante sinistrés. Douze d’entre eux ont été pris en charge par la Croix-Rouge. Un autobus du Réseau de transport de la Capitale a été réquisitionné pour leur permettre de se garder au chaud et de recevoir des services. «Des enfants, des adultes et des personnes âgées ont été évacués» sur des canots pneumatiques par les équipes de sauvetage nautique du SPCIQ.

Les habitants de cinq résidences ont refusé d’évacuer. Des policiers du Service de police de la Ville de Québec ont dû accompagner les pompiers sur les canots pour convaincre les récalcitrants de quitter leurs domiciles.

Une centenaire parmi les sinistrés

Seul un transport par ambulance a été nécessaire, soit celui d’une femme centenaire, a confirmé le SPCIQ. Les ambulanciers n’avaient pas de crainte particulière par rapport à son état de santé. Sa prise en charge a été demandée «par mesure préventive», a dit Bill Noonan. Un homme sous oxygénothérapie, ayant besoin de soutien respiratoire par une bonbonne d’oxygène, a aussi été rencontré, mais n’a pas été transporté dans un centre hospitalier.

Les services de secours étaient toujours à l’œuvre samedi soir. En plus de deux pelles mécaniques, un véhicule amphibie a été demandé pour démanteler les trois embâcles observés sur la Saint-Charles, dont celui sous le pont du boulevard Père-Lelièvre. Un hélicoptère a survolé les lieux au préalable afin de permettre à un employé de la Sécurité civile d’évaluer le travail à faire et les risques à venir.

Les travailleurs devaient notamment tenir compte du refroidissement rapide des températures, déjà en cours samedi. «On a eu une grosse période de chaleur [et beaucoup de pluie], ce qui fait que les couverts de glace se détachent et créent des embâcles. Maintenant, avec le froid qui s’en vient, on risque de rencontrer du frasil [formation de cristaux de glace], qui fait que les embâcles vont se cimenter», a expliqué M. Noonan.

Avant le débordement de la Saint-Charles samedi, la rivière Montmorency était sortie de son lit dans le secteur de Beauport, vendredi. Les rues de Canteloup et des Trois Saults ont été touchées. Une trentaine de résidences avaient été évacuées, mais la majorité a pu réintégrer sa demeure. Une famille de deux enfants et deux adultes, habitant sur la rue des Trois Saults, était toujours prise en charge par la Croix-Rouge samedi.

Les rivières de la grande région de Québec vont demeurer sous surveillance au moins jusqu’à lundi ou mardi.