Autorisé à se rendre chez lui pour la première fois vendredi, Steve Ouellet n’a pu que constater les dégâts causés par la glace à son équipement d’émondage.

La rivière Saint-Charles a emporté son gagne-pain

Steve Ouellet n’a pas perdu ses meubles ou ses vêtements. Son appartement situé à l’étage d’un immeuble de l’avenue Saint-Léandre est même complètement sec. Bien pire dans son cas, c’est son gagne-pain que la rivière Saint-Charles a emporté.

«Tout est perte totale.» On pourrait croire par cette seule phrase à un appartement envahi de glace ou complètement délabré par la boue et les eaux. Mais M. Ouellet faisait plutôt référence à sa camionnette et à ses équipements d’émondeur.

Ce dernier travaille à son compte depuis 22 ans. Vendredi, l’homme parlait de son entreprise au passé. «J’avais ma compagnie», a-t-il dit d’un ton résigné. «J’aurais préféré perdre les meubles.»

L’eau est montée jusqu’au milieu des portières de sa camionnette le jour de l’inondation. Puis la glace a resserré son étau autour du moteur et de l’habitacle lorsque le mercure a plongé sous les -20 °C. Même chose pour ses scies mécaniques et sa déchiqueteuse, prises dans la glace à l’intérieur du garage, toujours inaccessible, lui aussi complètement figé dans un immense bloc de 30 pieds par 40. 

Rien de son matériel n’est couvert par les assurances, s’est désolé M. Ouellet, qui espère un minimum de soutien via le programme d’aide de la Sécurité publique annoncé par le ministre Martin Coiteux. «Mais quand?»

Le sinistré s’est présenté chez lui pour la première fois vendredi, enfin autorisé à accéder aux lieux. Avec son chien, il a été évacué par bateau pneumatique samedi dernier. «Demain, ça va faire sept jours que je suis logé par la Croix-Rouge au [Hôtel Motel Le Gîte]. J’ai passé la semaine enfermé dans ma chambre. Je n’ai plus de véhicule. Je n’avais pas de vêtements, je suis parti avec rien. J’ai été habillé et nourri par la Croix-Rouge», a-t-il raconté. 

Malgré sa mésaventure qui est loin d’être terminée, le sympathique citoyen gardait le moral. «[On prend ça] une journée à la fois. […] Même si je m’apitoyais sur mon sort, ça ne règlerait pas mon problème», a lancé M. Ouellet. Sa priorité est de se «refaire» avant l’arrivée de la haute saison, qui débute au mois d’avril et où les contrats affluent. 

Un sinistre à distance

L’histoire d’Éric Plante, le propriétaire du bâtiment où réside Steve Ouellet, n’est pas banale non plus. M. Plante, qui occupe le sous-sol et le rez-de-chaussée de l’immeuble, était sur un bateau, au Mexique, lorsque le débordement de la Saint-Charles est survenu. Il y passe de longues périodes et y travaille durant la saison froide. M. Plante est finalement rentré à Québec dans la nuit de jeudi à vendredi. 

«Quand c’est arrivé, j’étais à la pêche. Je vais jusqu’à 100 kilomètres au large, on pêche du thon. Quand j’ai ouvert mon téléphone à 20h le soir sur le retour, j’avais 36 messages [sur mon téléphone]. J’ai juste eu le temps d’ouvrir ma messagerie que j’ai vu apparaître une photo de ma maison et mon téléphone est tombé mort. Ç’a resté là», a-t-il expliqué au Soleil, se permettant d’en rire un peu. 

M. Plante et sa famille ont suivi les événements à distance au courant de la semaine en attendant de trouver un vol. «On se doutait bien que ce ne serait pas drôle, mais il y a une différence entre voir ça à la télé et rentrer chez vous. Ouf. Tu verrais le cauchemar que j’ai vu aujourd’hui, c’est terrible…»

La situation est plus critique qu’il ne s’imaginait en réalité. «Je pensais que ça arrêterait avant le [rez-de-­­chaus­sée]. Quand ça touche l’étage, c’est un peu plus catastrophique […] J’ai des blocs de glace gros comme une souffleuse dans mon sous-sol.» L’eau s’est infiltrée dans les plafonds et les murs. «Mes revêtements sont contaminés. Ça vient doubler le travail qu’on pouvait s’imaginer.» 

M. Plante estime que ses deux locataires à l’étage, dont Steve Ouellet, pourront réintégrer leurs logements bientôt. Il faudra cependant au moins «deux semaines» de labeur pour sa famille et un autre locataire vivant au rez-de-chaussée. 

Comme M. Ouellet, le propriétaire préférait l’optimisme au cynisme. «Je ne suis pas redescendu pour des obsèques… Ça reste toujours bien du matériel», a-t-il philosophé. «C’est surtout beaucoup de temps.»