Le président l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, en conférence de presse à Ottawa, jeudi

La «résistance» francophone s’organise contre les assauts de Doug Ford

OTTAWA - Il est difficile de croire que la ministre Caroline Mulroney cautionne les «attaques» contre les francophones que mène le premier ministre Doug Ford du haut de sa «tour d’ivoire», estime le président l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin.

Chose certaine, les charges auxquelles se livre le chef progressiste-conservateur de l’Ontario depuis qu’il a pris les commandes à Queen’s Park sont un «manque de respect» envers la francophonie, et elles n’annoncent rien qui vaille pour la suite des choses, a-t-il soutenu.

«Si je regarde tout ce qui a été fait depuis que le gouvernement a pris le pouvoir, ça commence à ressembler à une attaque envers la francophonie», a laissé tomber Carol Jolin en conférence de presse à Ottawa, jeudi.

En plus d’avoir dissous le Commissariat aux services en français et abandonné le projet de l’Université de l’Ontario français, le gouvernement Ford a annulé l’aide financière de 2,9 millions $ que les libéraux avaient promise au théâtre La Nouvelle Scène.

«On a commencé avec deux dossiers, et je crains qu’il y en ait d’autres», a laissé tomber le président de l’AFO, qui a réclamé jeudi une rencontre avec le premier ministre de l’Ontario en assurant qu’il n’était «pas trop tard» pour faire marche arrière.

Invité à se prononcer sur le rôle de la ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, il a suggéré que celle-ci n’était probablement pas d’accord avec ces mesures, et qu’elle était probablement victime de la «ligne de parti».

«Definitely upset»

Le président de l’AFO a par ailleurs félicité l’adjointe parlementaire de la ministre, la députée franco-ontarienne Amanda Simard, qui a brisé les rangs et désavoué les décisions annoncées jeudi dernier par Doug Ford en publiant un message sur Facebook mercredi soir.

L’élue a assuré avoir tenté «d’utiliser les voies diplomatiques pour régler les situations (...) avant de réagir publiquement», précisant avoir été informée des décisions «à peine quelques minutes avant les annonces officielles».

Assurant être pour les Franco-Ontariens une «alliée», elle a dit partager leur déception et leur frustration. «En passant, j’ai lu quelque part que la députée Simard «might be upset». Faux. Je suis «definitely upset»», a tranché l’élue de Glengarry-Prescott-Russell.

Vers une poursuite judiciaire?

L’AFO espère que les progressistes-conservateurs feront marche arrière. Mais s’ils font la sourde oreille, «un recours judiciaire n’est pas écarté», a insisté M. Jolin. Car les Franco-Ontariens ne laisseront pas passer les assauts de Doug Ford sans coup férir.

D’ailleurs, quelque 70 juristes ont tenu une conférence téléphonique jeudi matin afin d’évaluer les options. L’affaire pourrait donc se transporter devant les tribunaux, et ce, même si l’AFO espère trouver une «solution politique», a spécifié son président.

En début de semaine, la ministre fédérale de la Francophonie et des Langues officielles, Mélanie Joly, a fourni des munitions à la communauté franco-ontarienne en annonçant l’élargissement des critères du programme fédéral de contestation judiciaire.

Ce programme a été fort utile aux Franco-Ontariens à la fin des années 1990 dans la bataille judiciaire qu’ils avaient menée, et gagné, contre la décision du gouvernement de Mike Harris de fermer l’hôpital Montfort, seul hôpital universitaire francophone de l’Ontario.