La rareté des loyers abordables à Québec inquiète le FRAPRU

Le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) s’inquiète des «nombreuses conséquences» de la rareté des logements à prix abordables à Québec et ailleurs, au lendemain d’une grande journée de déménagements partout dans la province.

En fin d’avant-midi, lundi, le regroupement communautaire lançait son septièmeDossier noir sur le logement et la pauvreté, un rapport qui fait le point annuellement sur la situation des ménages locataires à travers le Québec.

Dans ce document, le FRAPRU soutient notamment que le gouvernement a tous les outils à sa disposition, en période d’élections, «pour diminuer drastiquement les problèmes de logement et permettre aux ménages à faible et modeste revenus de rester dans leurs quartiers», et ce même si ceux-ci sont en proie à la gentrification. 

Selon les chiffres révélés par l’organisme lundi, 123 locataires au Québec ont «encore» appelé à l’aide cette année, craignant de se retrouver à la rue le 1er juillet. C’est le cas de 35 ménages à Québec, plus précisément. À Montréal, on parle de 74 foyers et de 14 à Sherbrooke. 

«Le principal problème rencontré, c’est la cherté des logements, estime la porte-parole du groupe, Véronique Laflamme. Les loyers des logements mis en location sont généralement plus chers que la moyenne du marché.»

Soulager les mal-logés

En fin de conférence de presse, lundi, le FRAPRU a fait l’état des lieux en matière de logement dans la capitale. Selon des chiffres obtenus de la Société canadienne d’hypothèques et de logement, un logis se loue en moyenne 798 $ par mois dans la région de Québec. 

Des statistiques encore plus élevées pour le prix des logements disponibles à la location, aux dires de Véronique Laflamme. «Pour les personnes qui ont un petit revenu, même celles qui travaillent à temps plein au salaire minimum, c’est encore beaucoup trop cher», déplore-t-elle.

Sans un vrai contrôle des loyers, le droit au logement des ménages locataires est actuellement lourdement malmené au Québec, s’indigne le FRAPRU. En plus de ses statistiques locales, le groupe rendait également publiques lundi une série de nouvelles données tirée du Recensement de 2016 sur le logement, après une commande spéciale faite à Statistiques Canada il y a plusieurs semaines.

Selon ces données, plus de 18 030 ménages locataires ont des besoins «impérieux» de logement dans la ville de Québec, ce qui signifie qu’ils vivent dans des conditions soit trop chères, trop petites ou encore trop insalubres. 41 % de ces ménages consacrent également plus de la moitié de leurs revenus à leur loyer dans la capitale, affirme le front d’action. 

À Québec, 39 495 ménages locataires (soit 34,2 % d’entre eux) consacreraient pour leur part plus de 30 % de leurs revenus afin de se loger, au détriment de leurs besoins essentiels. Huit mille quatre cent quarante ménages seraient enfin dans une situation «extrême», où ils réservent plus de 80 % de leurs revenus au loyer. 

Ce sont les femmes, les personnes seules, les personnes âgées et les jeunes — qui dépensent le plus dans leur loyer par rapport à leurs revenus — qui seraient le plus à risque d’être mal logés, poursuit l’organisme. 

Des solutions?

Pour apporter des pistes de solutions concrètes et tangibles, les paliers de gouvernement doivent soutenir «beaucoup plus activement» le développement du logement social, selon Véronique Laflamme. 

Celle-ci rappelle de plus qu’une proportion supplémentaire de 26 % de condos a été mise en chantier cette année à Québec, par rapport à l’an dernier. «Pendant ce temps-là, on a construit 178 logements sociaux ici. Quand on dit que les alternatives sont insuffisantes, c’est bel et bien vrai», tranche-t-elle. 

«Si on maintient le cap sur 3000 nouveaux logements sociaux par année au Québec, ça va prendre plus de 80 ans pour régler les besoins actuels les plus criants», ajoute-t-elle, indiquant au passage que les nouveaux logements sociaux devraient être implantés en «socialisant des immeubles privés nécessitant des rénovations».

«De cette manière, on soustrait une partie du parc locatif de la logique marchande, on améliore les conditions de logement de personnes qui y vivent, tout en leur permettant de rester dans leur logement, dans leur quartier», illustre la porte-parole.

En fin d’entretien, la porte-parole du FRAPRU indique mal s’expliquer que l’État québécois ne fasse pas «davantage pour s’attaquer sérieusement aux problèmes de logement», dans une situation budgétaire «pourtant favorable».

«Avec un nouveau surplus anticipé de 2,4 milliards $, le Québec peut donner un vrai coup de barre et démarrer un chantier de logements coopératifs et sans but lucratif», conclut le FRAPRU dans un communiqué, interpellant du même coup tous les partis à créer un code provincial du logement sur la salubrité et un meilleur contrôle des loyers. 

Le 2 septembre prochain, le groupe communautaire organise une marche de 500 kilomètres entre Québec et Ottawa pour revendiquer un meilleur accès et droit au logement.