La publicité diffusée sur la page Facebook de la Commission des liqueurs de Sainte-Foy a été conçue par l'Association des étudiants en sciences de l'administration de l'Université Laval.

La publicité d'un bar banalise l'alcool au volant

Une publicité diffusée sur la page Facebook du bar la Commission des liqueurs banalise le phénomène de l'alcool au volant, affirme le Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques et la Société de l'assurance automobile du Québec. La police de Québec va plus loin en parlant de publicité «irresponsable».
L'annonce, conçue par l'Association des étudiants en sciences de l'administration de l'Université Laval, invitait les jeunes adultes de ce programme à fêter le retour en classe, le 15 janvier dernier, à la Commission des liqueurs de Sainte-Foy située dans l'édifice la Pyramide. En caractères gras, on peut y lire «La dérape hivernale», et tout juste à côté, on voit un panneau de circulation routière qui encadre une voiture en train de louvoyer.
Pour le directeur des communications de la police de Québec, François Moisan, faire un amalgame entre la «dérape hivernale» et la conduite automobile sur la même publicité constitue une importante erreur de jugement.
«Je ne veux pas prêter de mauvaises intentions au concepteur de la publicité, mais il faut penser aux conséquences de nos gestes quand on diffuse une publicité comme celle-là. En regardant cette annonce, on peut facilement penser que tu vas tellement être saoul à la fin de la soirée, que tu vas conduire ta voiture tout croche. Si c'était ça le concept de la pub, c'est totalement irresponsable. Si c'est juste un mauvais jeu de mots, ça demeure pour le moins très malhabile.»
Le porte-parole de la SAAQ, Gino Desrosiers, abonde dans le même sens.
«Disons que c'est une association de mauvais goût. L'humour, ce n'est pas bon à tout coup, affirme-t-il. Il faut souhaiter que les auteurs de la publicité n'ont pas délibérément voulu lier la consommation d'alcool à la conduite avec les capacités affaiblies. L'alcool au volant demeure encore aujourd'hui la deuxième cause de décès sur les routes de la province.»
Un côté «subliminal»
Du côté du président du Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques, Me Claude Béland, on avance que le côté «subliminal» de cette publicité lance un drôle de message.
«"Viens déraper chez nous!", c'est ça que ça dit, cette pub-là, lance Me Béland. Même si tu conduis après avoir bu, c'est pas grave. Ça nous dérange, c'est clair. Le gouvernement investit tellement d'argent afin de contrer les effets de l'alcool au volant, c'est navrant de voir une telle publicité qui va à contre-courant.»
De mauvais goût
Dans son bilan annuel de l'année 2013, le Conseil rabroue aussi la Commission des liqueurs de Sainte-Foy sur le recours à des publicités sur sa page Facebook où on invite les fêtards à boire de façon abusive, comme dans la promotion On vide le backstore.
Le conseil dénonce aussi l'utilisation de la sexualité de la femme pour vendre de l'alcool, comme dans la promotion Nos vendredis ont du panache, sur laquelle on voit des g-string et un soutien-gorge accrochés aux bois d'un cerf.
«Il y a tellement de compétition entre les bars et les propriétaires de bars essaient toutes sortes de choses pour attirer des gens dans leurs établissements. Et ce n'est pas toujours de bon goût», ajoute Me Béland.
Joint au téléphone, le propriétaire du bar, Jean-Pierre Desrosiers, assure que la publicité de l'association étudiante n'est pas un incitatif à la conduite avec les capacités affaiblies.
«C'est seulement une publicité rigolote, rien de plus. Nous prenons beaucoup de moyens à notre bar de Sainte-Foy pour éviter que les gens prennent leur voiture après avoir bu. C'est clair qu'on n'encourage pas ce comportement.»
M. Desrosiers a préféré ne pas commenter le rapport annuel du Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques.
Le président de l'Association des étudiants en administration de l'Université Laval, Simon Chrétien-Bastien, s'est refusé à tout commentaire.
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La Tite-Pute et la Blonde facile à nouveau critiquées
Le Conseil d'éthique de l'industrie québécoise des boissons alcooliques dénonce aussi Le Corsaire microbrasserie dans son rapport annuel 2013. Le conseil reproche l'utilisation des noms Tite-Pute et Une blonde facile pour la mise en marché de nouvelles bières à cette microbrasserie de Lévis. Cette stratégie marketing avait beaucoup fait jaser dans les médias.
«Le Conseil considère que l'insensibilité patente de la microbrasserie et son manque de conscience sociale sont à proprement parler invraisemblables et que le traitement qu'elle réserve aux femmes est d'autant plus déroutant que l'entreprise est dirigée par une femme», écrit le Conseil. La copropriétaire du bar, Julie Gagnon, affirme que ces noms de bière ne sont plus utilisés dans son établissement. À la suite de cette controverse, le bar a donné un peu plus de 1000 $ à l'organisme la Maison du coeur pour femmes.