Lors d’un récent rassemblement partisan en Floride, on a entendu quelques huées lorsque Donald Trump a prononcé le nom de Justin Trudeau — même si le président a aussitôt défendu ce «bon gars».

La position de Trudeau sur l’avortement irrite la droite américaine

WASHINGTON — Fait totalement inusité dans les annales des relations canado-américaines : le programme Emplois d’été Canada fait l’objet de critiques de... la droite américaine. Motif : les organismes canadiens opposés à l’avortement sont maintenant exclus du programme de subventions gouvernementales à l’emploi.

Un ancien conseiller de Donald Trump, plusieurs médias américains, et l’émission matinale favorite du président sur la chaîne câblée Fox News, ont tous pourfendu les explications de Justin Trudeau pour justifier une telle décision. En soutenant que ces groupes opposés à l’avortement ne sont pas au diapason de la société canadienne, le premier ministre a suscité une certaine indignation au sud de la frontière, où cette question demeure controversée.

L’avortement est d’ailleurs un enjeu central dans le processus de nomination des juges de la Cour suprême américaine. L’ex-conseiller de la Maison-Blanche Sebastian Gorka a écrit sur Twitter que M. Trudeau «est un homme répréhensible».

Ce n’est pas la première fois que M. Trudeau est la cible de la droite américaine. Alors qu’il jouit d’une couverture médiatique enviable dans les grands magazines, et de succès relatifs dans les sondages d’opinion américains, il a aussi par moments fait grincer des dents les conservateurs, notamment lorsqu’il a fait l’éloge de Fidel Castro ou salué l’entente à l’amiable conclue avec Omar Khadr. Lors d’un récent rassemblement partisan en Floride, on a entendu quelques huées lorsque M. Trump a prononcé son nom — même si le président a aussitôt défendu ce «bon gars».

La plus récente controverse est liée à une nouvelle directive du programme Emplois d’été Canada. Les organismes canadiens qui souhaitent obtenir une subvention pour embaucher des étudiants devront dorénavant attester que ni leur mission fondamentale ni l’emploi subventionné ne violeront les droits de la personne, dont les droits liés à la procréation. Les groupes antiavortement poursuivent d’ailleurs le gouvernement fédéral sur cette question.

L’affaire a fait l’objet d’un reportage lundi matin à l’émission Fox and Friends. La coanimatrice Rachel Campos-Duffy a plaidé que «ce qu’on voit au Canada arrive souvent chez nous par la suite».

«Il s’agit d’un effort pour museler les pro-vie [...] un signe d’intolérance. Si vous êtes pro-vie, vous ne pouvez pas en parler, sinon vous êtes exclu du programme.»

Concilier croyances et responsabilités

M. Trudeau a discuté de la controverse lundi matin, au cours d’une entrevue accordée à La Presse canadienne. Le premier ministre a expliqué qu’à titre de catholique, il avait rapidement dû concilier ses croyances religieuses avec ses responsabilités de chef politique : il a conclu que ces responsabilités politiques exigent de lui qu’il protège les droits individuels. Et dans ce cas-ci, le droit des femmes de disposer de leur corps l’emporte sur le droit d’obtenir une subvention, a-t-il plaidé.

«Un groupe dont le but avoué est de priver des Canadiens de certains droits, de priver les femmes d’un droit qu’elles ont obtenu de haute lutte pour déterminer elles-mêmes ce qui arrive à leur propre corps, c’est irréconciliable avec la Charte [des droits] ou avec le gouvernement du Canada», a soutenu M. Trudeau. «Le gouvernement du Canada n’est certainement pas tenu de subventionner des groupes qui sont déterminés à priver les femmes de droits qu’elles ont acquis de haute lutte.»