Le ministre des Transports, André Fortin, et la ministre déléguée aux Transports, Véronyque Tremblay, n’ont pas l’intention d’imposer aux villes de Québec et de Lévis un projet commun de transport collectif.

La porte ouverte au rail

Le rail n’est plus un interdit pour le transport en commun à Québec. Le nouveau ministre des Transports, André Fortin, est ouvert à tout projet structurant qui émanera de la Ville de Québec, qu’il table sur l’autobus ou encore le tramway et ses variantes.

«Ces décisions appartiennent aux villes, que ce soit Québec ou ailleurs. Nous, on n’a pas de préjugé plus favorable pour un mode de transport ou un autre. On veut attendre de voir ce que le maire [Régis Labeaume] va mettre sur la table», a indiqué clairement M. Fortin, mercredi, lors d’une entrevue avec Le Soleil dans ses bureaux du boulevard René-Lévesque.

Pour lui, c’est une question de philosophie. «L’autonomie municipale a pris beaucoup de place dans le discours gouvernemental au cours des dernières années et c’est parce qu’on y croit. On croit que les villes, les municipalités doivent être libres de faire des choix qu’elles considèrent être les meilleurs dans l’intérêt de leurs citoyens», a-t-il insisté. 

Quand elles ont préféré le service rapide par bus (SRB) au tramway, en mars 2015, les villes de Québec et de Lévis avaient parlé d’«un choix éclairé et pragmatique qui respecte la capacité de payer des gouvernements». «Comme c’est phasable, c’est flexible. On peut s’ajuster aux possibilités financières du gouvernement. Et ça, c’est majeur. Je pense que ça va faire en sorte qu’on va commencer le projet», avait déclaré le maire Labeaume. 

Le ministre de la Capitale-Nationale de l’époque, Sam Hamad — qui avait déjà aussi été à la tête du ministère des Transports —, s’était réjoui que le tramway soit écarté en disant que «ça fait l’affaire du gouvernement bien sûr dans le contexte économique». 

Mercredi, M. Fortin s’est dissocié de ses prédécesseurs: «Je n’ai pas l’intention de revenir en arrière pour voir ce qui se faisait il y a quelques années et comment les décisions étaient prises à époque. Moi, ce que je veux savoir, c’est aujourd’hui c’est quoi les priorités de la Ville et c’est quoi le système qui peut être le plus porteur pour améliorer la desserte des gens à Québec.»

Il reconnaît qu’il y a tout de même des enjeux financiers, mais les envisage dans une perspective coûts-bénéfices. «Le seul enjeu, il faut que ce soit un bon système qualité-prix, c’est certain», a-t-il prévenu, vivement intéressé par «le nombre d’utilisateurs qui vont choisir d’en bénéficier et de le prendre». 

Réseau structurant

Pendant la récente campagne électorale municipale, le maire de Québec a promis la création d’un réseau structurant de transport en commun, sans toutefois se commettre sur le véhicule qu’il privilégie. 

Régis Labeaume a dit attendre les résultats de la consultation sur la mobilité durable et les conclusions du comité oeuvrant sur le même thème. Cela ne l’a pas empêché de prendre ses distances du tramway proposé par Démocratie Québec et défendu par les groupes environnementalistes. 

Selon l’étude de faisabilité du tramway/SRB dévoilée en 2015, un tramway sur 38 kilomètres à Québec et Lévis aurait coûté 2 milliards $ alors qu’un SRB était estimé à 1 milliard $ environ. Le premier aurait été en surcapacité pendant une quinzaine d’années à partir de sa mise en service en 2026, tandis que le second n’aurait pas fourni à la demande à trois points importants du réseau (pont de Québec, boulevard Laurier et côte d’Abraham) dès 2041. 

***

LE GOUVERNEMENT VEUT UN «ARRIMAGE» QUÉBEC-LÉVIS

Le gouvernement du Québec n’a pas l’intention d’imposer aux villes de Québec et de Lévis un projet commun de transport collectif ou une structure de gouvernance bicéphale, mais il s’attend à un «arrimage» qui favorisera l’usager, en lui permettant par exemple de payer une seule fois et un seul prix pour se déplacer d’une rive à l’autre.

«C’est pas obligatoire que le projet structurant soit nécessairement sur les deux rives, mais il faut pour l’usager du transport en commun qu’il y ait une boucle, que ça circule bien entre la rive nord et la rive sud. Il faut arrimer tout ça», a fait valoir mercredi Véronyque Tremblay, ministre déléguée aux Transports, aux côtés de son collègue André Fortin.

«Il faut travailler ensemble, en équipe. On ne peut pas travailler en opposition», a renchéri la politicienne. 

Avec son collègue, Mme Tremblay a écarté l’idée que l’aide financière aux ex-partenaires du service rapide par bus (SRB) Québec-Lévis soit conditionnelle à la bonne entente. «Pas besoin de les forcer, ils vont travailler ensemble», est-elle convaincue. 

M. Fortin n’est pas davantage attiré par une structure commune pour le transport en commun dans la grande région de Québec, sur le modèle de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM) à Montréal. 

«Dans la Communauté métropolitaine de Montréal, il y a énormément de municipalités différentes et les citoyens doivent passer d’une à l’autre pour aller où ils veulent aller. Donc il y a lieu de prioriser les projets à Montréal, basé sur l’intérêt global de la région. Ici, c’est peut-être un peu plus simple du fait qu’il n’y a que deux grandes villes. Ceci étant, «c’est toujours une bonne idée de travailler ensemble quand même», a plaidé le ministre en titre. 

Celui-ci s’est toutefois montré intéressé à l’idée d’une tarification unique pour Québec et Lévis. «Si on pense au citoyen d’abord, c’est un des aspects qu’il faut regarder. Dans d’autres régions, c’est ce qu’ils sont en train de faire», a lancé le député de Pontiac. Ce dernier a donné l’exemple de la région de Montréal, qui a encore une soixantaine de tarifs à accorder, et des sociétés de transport de Gatineau et d’Ottawa, engagées dans un processus d’harmonisation malgré le fait qu’elles oeuvrent dans deux provinces différentes.

***

FORTIN PREND LE TRAIN

Après avoir exprimé le souhait d’une liaison futuriste autre qu’un train entre Québec et Montréal, le gouvernement du Québec pose ses conditions pour un projet de rail. Comme son chef et premier ministre, le ministre provincial des Transports demande au gouvernement du Canada de faire connaître ses intentions quant au train à grande fréquence (TGF) planifié par VIA Rail. «On veut savoir c’est quoi les prochaines étapes du gouvernement fédéral: est-ce qu’il va s’engager réellement dans ce projet-là?» 

André Fortin s’intéresse également aux caractéristiques de ce train. «N’importe quel projet qui va être mis de l’avant, nous ce qu’on veut, c’est une liaison plus rapide. On aimerait aussi que ce soit basé sur un modèle électrique», dit-il. Le ministre se montre ainsi ouvert au train à grande vitesse (TGV) développé en Europe, surtout si l’Ontario s’y convertit.

 «Si effectivement ViaRail arrive avec un projet de train à grande vitesse pour Toronto-Windsor, [il faut qu’]au Québec ce soit la même technologie qu’ils nous proposent. C’est pas vrai qu’on va avoir un projet moins ambitieux que celui que ViaRail déposera» pour l’Ontario, prévient M. Fortin.