À propos de la flambée des cas de COVID-19 dans la région, le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, le Dr André Dontigny a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une situation propre à Québec, où la population serait plus délinquante qu’ailleurs.
À propos de la flambée des cas de COVID-19 dans la région, le directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, le Dr André Dontigny a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une situation propre à Québec, où la population serait plus délinquante qu’ailleurs.

La population de la Capitale-Nationale invitée à participer au traçage des cas

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
La pandémie ne s’essouffle pas dans la Capitale-Nationale, qui enregistrait encore mardi 201 nouveaux cas de COVID-19 et pas moins de 93 éclosions. La pression est telle sur la Santé publique qu’elle demande maintenant à la population de participer à ses enquêtes épidémiologiques.

La région de Québec a dépassé les 200 cas quotidiens par million d’habitants, le double du seuil établi pour passer (ou justifier le maintien) en zone d’alerte maximale, ou rouge. 

Dans la semaine du 30 août, la Capitale-Nationale a enregistré au total 184 cas positifs. La semaine dernière, elle en a recensé 1133. Cela représente six fois plus de cas hebdomadaires en seulement un mois. 

Lundi, la région a atteint un sommet de 265 nouveaux cas en 24 heures. Mardi, elle en enregistrait encore 201. 

Cette augmentation significative du nombre de contaminations accentue non seulement la pression sur les hôpitaux, mais aussi sur les équipes affectées aux enquêtes épidémiologiques, essentielles pour freiner la propagation du virus. 

Depuis un certain temps, l’efficacité des interventions de la Santé publique est mise à mal, de longs délais étant souvent observés entre le dépistage, le traçage et l’isolement des cas positifs et des cas contacts.

«On a beau faire tous les efforts pour aller chercher une capacité accrue, présentement, on est en-deça d’une capacité optimale», a convenu en conférence de presse mardi le nouveau directeur de santé publique de la Capitale-Nationale, le Dr André Dontigny.

D’où l’invitation lancée à la population de faire équipe avec la Santé publique pour faciliter le déroulement des enquêtes déclenchées par chaque cas positif, qui peut entraîner de cinq à 80 cas contacts.

Concrètement, le Dr Dontigny souhaite que chaque cas positif contribue à son enquête épidémiologique en se rendant à l’adresse ciussscn.ca/faitesequipe. Ce qu'on lui demande, c'est d'aviser ses contacts à risque "modéré". Un contact à risque modéré, c’est par exemple l’ami avec qui un cas positif a partagé un repas, à plus ou moins deux mètres, sans masque, pendant environ une heure et demie.

À titre de comparaison, un contact à risque faible serait la personne avec qui un cas positif a discuté dans la rue, à 50 cm de distance, pendant deux ou trois minutes, alors qu’un contact à risque élevé serait celui qui a passé la soirée collée sur lui dans un bar. 

Mais les cas à risque «élevé», la Santé publique se charge elle-même de les appeler, comme elle s’occupe d’aviser les cas positifs. 

Le site ciussscn.faitesequipe contient beaucoup d’informations et d’exemples pour que les gens puissent s’y retrouver, a assuré mardi le DDontigny. On y explique par exemple que «si vous êtes un cas positif asymptomatique depuis 10 jours et que vous n’avez pas été rejoint par la Santé publique, il vous reste quatre jours d’isolement», a-t-il illustré.

La direction de santé publique de la Capitale-Nationale s’est inspiré de ce qui se fait déjà dans la région de Montréal. 

«Dans les dernières semaines, l’augmentation des cas à Québec a été très rapide, presque exponentielle. Quand je suis arrivé [en poste] il y a deux semaines, j’ai effectivement observé avec mon équipe qu’on n’était pas capable de rejoindre tout le monde, qu’on était dans une situation de délais associés au volume de tests très important. Par le fait même, on sait qu’il y a des gens qui sont potentiellement des cas significatifs qui n’ont pas été rejoints. C’était vrai il y a deux semaines, c’est encore vrai aujourd’hui. D’où l’importance de faire un effort collectif», a expliqué le médecin pour justifier le recours à ce nouvel outil.

À propos de la flambée des cas de COVID-19 dans la région, le Dr Dontigny a souligné qu’il ne s’agissait pas d’une situation propre à Québec, où la population serait plus délinquante qu’ailleurs, par exemple, ou encore dont la capacité de dépistage et de traçage serait moins bonne. 

Selon lui, l’éclosion au bar Kirouac a pu contribuer à la situation actuelle, mais «ce n’est pas le seul élément». «Ce serait donner beaucoup de poids à ce malheureux événement à côté d’un ensemble d’autres situations épidémiologiques qui se produisaient aussi ailleurs. Mais oui, clairement, c’est une éclosion qui a eu ses effets», a convenu le Dr Dontigny.

Mardi, le CIUSSS de la Capitale-Nationale recensait 93 éclosions, dont le tiers est lié à des milieux de travail. À cet égard, le directeur de santé publique a réitéré l’importance de privilégier le télétravail lorsque possible, sinon de respecter scrupuleusement les mesures d’hygiène et de distanciation sur les lieux de travail. 

Trois nouvelles éclosions en milieu d’hébergement pour aînés

Des éclosions ont par ailleurs été signalées mardi au CHSLD Limoilou et à la résidence intermédiaire des 3 Ormes, dans Beauport, de même qu’au CHSLD Saint-Marc-des-Carrières, dans Portneuf. 

Cela porte à 17 le nombre de milieux d’hébergement pour aînés de la Capitale-Nationale actuellement en éclosion. Ensemble, ces 17 résidences privées pour aînés, CHSLD et résidences intermédiaires comptent plus de 370 cas de COVID-19 et 29 décès. 

La situation s’est particulièrement aggravée au Manoir St-Amand, dans Limoilou, où huit résidents de plus ont été contaminés, pour un total de 27 jusqu’à maintenant selon les dernières données disponibles. 

Deux nouveaux décès ont été rapportés mardi dans la Capitale-Nationale. L’une des personnes décédées résidait au Manoir St-Amand, l’autre, à Place Alexandra. 

Le Dr André Dontigny s’est dit inquiet mardi de la situation dans les milieux d’hébergement pour aînés de la région, tout en se disant d’avis qu’on était mieux outillé qu’au printemps pour contenir les éclosions. 

Au chapitre des hospitalisations liées à la COVID-19, elles étaient en hausse mardi. Actuellement, 82 personnes sont hospitalisées (+3), dont neuf aux soins intensifs (comme la veille).

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EN BREF

Capitale-Nationale

  • + 201 cas, pour un total de 5260 depuis le début de la pandémie
  • 3750 personnes rétablies
  • 230 personnes décédées
  • 82 personnes hospitalisées, dont 9 aux soins intensifs
  • 1280 cas (confirmés) actifs
  • Environ 3000 tests de dépistage par jour
  • Taux de positivité des tests à 5,66 %, le plus élevé de la province