«Si on est pognés pour se déplacer à un établissement 10, 12, 15 fois par soir, la fin de semaine, ce n’est pas normal, il y a de quoi qui ne marche pas», fait valoir le capitaine Martin Savoie du Service de police de la Ville de Lévis.

La police de Lévis serre la vis aux bars

Bruit, bagarres, trafic de drogue, intoxications, présence de mineurs : les bars siphonnent beaucoup de temps et d’énergie aux policiers de Lévis. Mais le capitaine Martin Savoie a pris des moyens pour juguler le problème.

Les patrouilleurs le constataient. Des enquêtes concernant des bars problématiques le suggéraient. Mais il manquait les chiffres. Le capitaine Savoie les a obtenus. 

Dans les cinq dernières années, le Service de police de la Ville de Lévis (SPVL) s’est déplacé 2200 fois dans des bars de la ville. C’est donc plus de 440 appels par année pour une ville qui compte 28 bars. C’est «un nombre impressionnant», dit Martin Savoie.

Annoncé lundi et conçu par le capitaine Savoie, le programme MIRE marque un tournant préventif dans l’approche du SPVL envers les bars. Plutôt que de se présenter uniquement en réaction à des appels d’urgence, les policiers vont augmenter leur présence dans les bars en temps normal. 

Ils feront notamment des visites impromptues dans les établissements. «Les policiers se présentent à toute heure, ce n’est pas annoncé, décrit le capitaine Savoie. Ce n’est pas une descente non plus. On n’allume pas les lumières et on ne ferme pas la musique. On entre là et il y a vraiment un objectif.»

Lors de ces visites, les policiers vont notamment vérifier les permis d’alcool, le respect de la capacité d’accueil du bar, la présence de mineurs ou de membres du crime organisé, la tenue de jeu de hasard illégal, la présence d’armes ou même l’hygiène des lieux. 

En parallèle, le SPVL va à la rencontre des tenanciers de bars et de leurs employés pour les informer de leurs droits et de leurs devoirs. Ils leur disent aussi combien de fois les patrouilleurs ont dû se déplacer dans leur établissement. 

Les policiers peuvent formuler des recommandations, par exemple sur le nombre d’agents de sécurité ou de portiers nécessaire sur place. Les propriétaires de bars ne sont pas obligées d’appliquer les recommandations, mais le SPVL mise sur leur collaboration. 

«Nous autres, en principe, on est en dernier recours, dit Martin Savoie. Si un tenancier n’est pas capable de prendre en charge une situation, à ce moment-là, on va l’assister. Mais si on est pognés pour se déplacer à un établissement 10, 12, 15 fois par soir, la fin de semaine, ce n’est pas normal, il y a de quoi qui ne marche pas.»

Réponse positive

Jusqu’à maintenant, la réponse des propriétaires de bars et des employés a été positive, indique M. Savoie. 

C’est le cas au Délice. Incontournable de la vie nocturne lévisienne, la boîte de nuit et restaurant peut accueillir des centaines de personnes par soir. La propriétaire, Marie Létourneau, croit que la présence policière accrue peut augmenter le sentiment de sécurité des clients. «Je ne suis pas mal à l’aise avec ça», dit-elle.  

Le Délice embauche des agences de sécurité pour veiller à la sécurité de la clientèle et du personnel. Mais parfois, le déplacement des policiers est inévitable, note Mme Létourneau. 

Le capitaine Savoie estime que l’encouragement à la consommation responsable d’alcool doit faire partie de la solution pour diminuer les interventions policières. Il constate d’ailleurs une cause commune entre elles. «C’est tout le temps en lien avec une personne en état d’ébriété ou droguée, dit-il. C’est vraiment la surconsommation qui est un problème.»