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La pandémie, nouvelle de l’année au Canada [VIDÉO]

Jean-Benoit Legault
La Presse canadienne
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MONTRÉAL — Le virus mortel qui a balayé le Canada cette année a fait la manchette, causé des milliers de morts, infecté des dizaines de milliers de personnes et entraîné de profonds bouleversements sociaux et économiques.

La pandémie, un événement mondial sans précédent de mémoire récente, a éclaté en mars, dominant aussi bien les conversations que les bulletins de nouvelles.

Il n’y a donc rien d’étonnant que les directeurs des salles de nouvelles de partout au Canada l’aient choisie comme nouvelle de l’année de La Presse Canadienne, pulvérisant toutes ses rivales.

«Un choix tellement évident... Rien n’a eu autant d’impact dans la vie de l’ensemble des Canadiens depuis la Deuxième Guerre mondiale», a commenté la rédactrice en chef du magazine L’actualité, Claudine St-Germain.

Avec 165 535 infections et 7533 décès en date de lundi, aucune province canadienne n’a été plus malmenée que le Québec par le coronavirus.

La domination de la COVID a été tellement absolue - un véritable tsunami de textes et de reportages - qu’elle a complètement écrasé d’autres histoires qui, à tout autre moment, auraient très bien pu l’emporter. Une nouvelle prise de conscience de la réalité du racisme au Canada, provoquée par la mort d’un Noir aux mains de policiers américains, est ainsi arrivée en deuxième place.

«Le choix de la pandémie s’impose comme nouvelle de l’année, a dit Valérie Gaudreau, la rédactrice en chef du quotidien Le Soleil. Elle a malheureusement éclipsé d’autres enjeux majeurs, comme tous ceux liés au racisme, que je classe au deuxième rang. Mais qu’on le veuille ou non, 2020, c’est la COVID.»

La pandémie a été un choix quasiment unanime au Québec, un seul participant au sondage ayant voté pour le racisme.

À l’échelle canadienne, éditeurs et journalistes ont noté des liens entre les deux histoires les plus importantes de l’année.

«Les deux sont liées intrinsèquement, a ainsi dit Sarah Bugden, la rédactrice en chef du quotidien Edmonton Journal and Sun. Il serait gênant d’oublier l’ampleur de l’histoire du racisme systémique, au moment où la majeure partie du pays a passé un moment en confinement.»

Autre manifestation de l’omniprésence de la pandémie cette année, la troisième place est allée à la fusillade survenue en Nouvelle-Écosse au mois d’avril, avec un vote.

Cette fusillade, a dit un éditeur, a ébranlé les fondations de la province au moment où, comme toutes les autres, elle combattait la pandémie.

«Notre deuil a été accentué par la pandémie elle-même, puisque les Néo-Écossais ne pouvaient pas se rassembler pour se consoler comme nous le faisons habituellement», a dit Ken Kingston, de la station de radio CJFX-FM d’Antigonish.

«Lors d’une année ordinaire, la tragédie en Nouvelle-Écosse serait l’histoire de l’année, a déclaré James Miller, le rédacteur en chef du quotidien Penticton Herald, en Colombie-Britannique. Ça a plutôt été seulement une autre histoire tragique lors d’une année terrible.»

L’impact dévastateur de la pandémie sur les résidences de personnes âgées et les centres de soins de longue durée - une catastrophe dont le Québec a été l’épicentre - n’a été que l’une des facettes de cette tragédie qui ont propulsé la COVID jusqu’à la première place.

Chaque jour, les Canadiens ont entendu leurs leaders politiques et sanitaires leur décrire la situation en termes sobres. La couverture de la situation a même englobé ceux qui affirmaient qu’il ne s’agissait que d’un canular.

Tout simplement, comme l’a résumé Murray Wood de la station 980 CJME/650 CKOM en Saskatchewan: «2020    COVID-19».

Quand pratiquement toutes les activités récréatives et commerciales se sont immobilisées, le gouvernement fédéral a délié les cordons de la bourse pour tenter de sauver les Canadiens de la faillite. Des entreprises aussi emblématiques du Québec que Le Cirque du Soleil, Reitmans, Sail et Louis Garneau ont dû se placer à l’abri de leurs créanciers, sans parler des innombrables PME dont la crise aura eu raison.

Puis, au cours des dernières semaines, tous les yeux se sont tournés vers ce qui semblait être la seule façon garantie de s’en sortir une fois pour toutes: la course pour développer et distribuer un vaccin, ce qui pourrait bien être l’histoire la plus importante de 2021.

«La crise sanitaire a provoqué des bouleversements dans nos vies personnelles et professionnelles. La COVID-19 a eu des impacts sur à peu près tous les secteurs: la santé, l’économie, le travail, etc.», a rappelé Frédéric Vanasse, qui est premier directeur à Radio-Canada.

La pandémie a permis à une multitude de termes parfois peu connus d’entrer dans le vocabulaire courant: distanciation sociale, confinement, bulles (sociales, familiales et autres) et aplatissement de la courbe ne sont que quelques exemples.

Certaines composantes de cette histoire de l’année - comme la pénurie, réelle ou imaginaire, de papier de toilette - peuvent maintenant paraître tout aussi éphémères qu’insignifiantes.

D’autres, comme la fermeture, puis la réouverture, puis la refermeture des écoles et des entreprises, n’ont jamais vraiment disparu. Il en va de même pour un bilan qui n’a cessé de s’alourdir et pour des bouleversements auparavant inimaginables.

Au nombre des autres événements importants qui n’ont reçu aucun vote, mentionnons le scandale UNIS qui a ébranlé le gouvernement libéral fédéral et possiblement sonné le glas d’une oeuvre caritative bien connue; l’écrasement en janvier d’un Boeing 737 Max qui a coûté la vie à 18 Canadiens; les blocus autochtones des oléoducs; et le conflit entourant la pêche au homard dans l’est du pays.

D’autres, comme la crise des opioïdes et son propre bilan sans cesse grandissant, ont été complètement oubliées.

«La COVID a fait disparaître tout le reste», a commenté Christina Spencer, l’éditrice des pages éditoriales du quotidien Ottawa Citizen.

Les changements climatiques avaient été choisis histoire de l’année l’an dernier, au terme d’un vote beaucoup plus serré. L’accident d’autocar de Humboldt avait pris la première place en 2018.

Mais cette année, c’est COVID, COVID, COVID.

«C’est l’histoire d’une génération et possiblement du siècle, a dit l’éditeur du Kingston Whig-Standard, Steve Serviss. Mais la plupart d’entre nous ne le saurons jamais.»