Mireille Salter et Martin Simard lors de la découverte de l’artéfact en juin 2019, en compagnie des propriétaires du champ où l’objet reposait, Michel Pelletier et Aline Richard.
Mireille Salter et Martin Simard lors de la découverte de l’artéfact en juin 2019, en compagnie des propriétaires du champ où l’objet reposait, Michel Pelletier et Aline Richard.

La Matapédia : un agriculteur découvre un artéfact de plus de 5000 ans

Johanne Fournier
Johanne Fournier
Collaboration spéciale
En ramassant des roches dans un champ, l’agriculteur Martin Simard de Sainte-Florence a fait une trouvaille pour le moins rare et inattendue : une pointe de projectile taillée dans la pierre, témoignant de la fréquentation de La Matapédia depuis la préhistoire. Un an après cette découverte archéologique, l’expertise commandée par le ministère de la Culture et des Communications (MCCQ) révèle que la pointe pourrait dater de 5500 à 3000 ans avant notre ère.

«Puisqu’on parle d’une pièce d’au-delà de 5000 ans, c’est toujours surprenant et ça fait plaisir de voir que Jacques Cartier peut aller se rhabiller», lance en boutade Michel Pelletier, le copropriétaire de la terre dans laquelle était enfoui l’artéfact depuis des temps immémoriaux. Il y a eu des gens qui ont peut-être habité ou qui étaient de passage ici, à Sainte-Florence. On le verra peut-être dans l’avenir.»

«C’est comme gagner un million $»

Comme l’objet découvert leur semblait être un vestige d’une culture antique, Martin Simard et sa femme, Mireille Salter, ont immédiatement communiqué avec le Laboratoire d’archéologie et de patrimoine de l’Université du Québec à Rimouski. Dès réception des photos, les chercheurs universitaires ont pu constater qu’il s’agissait d’une découverte importante. Ceux-ci ont mis les découvreurs en communication avec la MRC de La Matapédia, qui les a ensuite accompagnés dans la déclaration de la découverte auprès du MCCQ, une obligation légale lors de découvertes archéologiques fortuites. Pour le copropriétaire de la terre, «c’est comme gagner un million $». «Par contre, ça n’a pas de valeur monétaire, précise Michel Pelletier. Ça a plus une valeur historique.»

M. Pelletier, un féru d’histoire et de patrimoine, a montré la fameuse pièce à l’archéologue-préhistorien Roland Tremblay de Montréal lors de sa visite au parc national de Miguasha, l’été dernier. «Il avait trouvé l’artéfact remarquable», raconte-t-il. Selon lui, les trois autres archéologues présents à Miguasha s’étaient montrés surpris de constater la qualité de la pièce. «Elle n’est pas abîmée. Selon M. Tremblay, il manquerait seulement quelques petits morceaux. Mais, il l’a trouvée très intéressante par sa qualité et par sa forme qui permet de déterminer l’âge. Il y a plusieurs pointes de projectiles qui ont été faites par les Amérindiens et la forme définit les années ou les siècles. Ils ne peuvent pas définir l’âge avec le carbone 14.»

Pointe de sagaie

L’archéologue Roland Tremblay a indiqué que la pièce découverte à Sainte-Florence est plus précisément une pointe de sagaie. «C’est une sorte de javelot ou de lance, explique Michel Pelletier. Une sagaie se lance avec un propulseur pour donner plus de vitesse. C’est pour la chasse. La pointe est trop grosse pour être installée sur une flèche. Elle ne pourrait pas aller loin.»

La pointe de projectile découverte à Sainte-Florence, dans La Matapédia, date de 5500 à 3000 ans avant notre ère.

Les recherches réalisées sur l’objet ont aussi permis de déterminer que la pierre utilisée est de la chaille, aussi appelée du chert. «C’est une sorte de pierre qu’on ne retrouve pas ici», indique M. Pelletier. L’ancien producteur d’agneaux et de céréales de 73 ans n’avait jamais vu de pierre de cette couleur dans ses champs. «Je n’ai jamais trouvé des pièces historiques comme ça. J’ai vu, dans ma recherche, qu’il y a des tribus, que ce soit les Micmacs ou les Algonquins, qui apportaient avec elles ce type de pierre parce qu’où elles allaient, étant des nomades, il n’y en avait peut-être pas. Ils ne prenaient pas de chance!»

Réflexes exemplaires

Comme la terre dans laquelle reposait cette pièce rare appartient à Michel Pelletier et à Aline Richard, ceux-ci sont nécessairement les propriétaires de l’artéfact. Mais, ils ont décidé de partager cette propriété avec celui qui l’a trouvé, soit M. Simard, ainsi qu’avec sa femme, Mme Salter. 

La MRC de La Matapédia et le Laboratoire d’archéologie et de patrimoine profitent d’ailleurs du mois de l’archéologie pour saluer les réflexes exemplaires de ces deux couples. Selon le conseiller en développement culturel de la MRC, Pascal St-Amand, «ils ont contribué à faire avancer les connaissances et à confirmer le riche potentiel archéologique de La Matapédia». Cette MRC n’en est pas à ses premières découvertes de vestiges matériels puisque des prospections archéologiques ont jusqu’à maintenant été réalisées sur les sites du moulin à scie de Saint-Vianney et du camp de la grippe espagnole de Sainte-Irène.