Claude Rouillard, spécialiste du cerveau et des toxicomanies de l’Université Laval, avertit qu’il ne s’agit que d’une étude parmi d’autres.

La marijuana serait peu dommageable pour le cerveau des ados

Dangereux pour le cerveau des ados, le pot? Pas d’après une étude qui vient de paraître dans la revue médicale «JAMA – Psychiatry», qui n’a pas que des effets faibles et passagers sur les capacités cognitives des jeunes consommateurs. Mais bien que rassurants, ces résultats ne convainquent pas complètement les experts…

Menée par J. Cobb Scott, de l’Université de Pennsylvanie, l’étude a consisté à fouiller la littérature scientifique pour y retracer toutes les expériences qui ont étudié les effets du cannabis sur différents aspects du fonctionnement du cerveau, comme la mémoire ou l’apprentissage. En tout, 69 articles savants ont été identifiés, comparant 2150 utilisateurs fréquents de cannabis et quelque 6500 «non-usagers».

«Dans l’ensemble, lit-on dans l’étude publiée mercredi matin, nos analyses suggèrent une association limitée entre l’usage de cannabis et les fonctions cognitives chez les adolescentes et les jeunes adultes; pour une majorité d’individus, il n’est pas évident que ces effets soient cliniquement importants, particulièrement après une période d’abstinence.»

Bien que l’ampleur des effets variait selon la tâche mentale mesurée (mémoire, langage, attention, vitesse d’exécution, etc.), ils étaient globalement faibles : un ado qui commencerait à fumer régulièrement de la mari et qui serait pile-poil sur la moyenne, par exemple, passerait du 50e percentile à environ le 40-45e percentile. Mais cet effet, qui est quand même clairement négatif, ne semble pas persister dans le temps. Quand M. Scott et son équipe ont comparé les travaux qui avaient demandé à leurs participants de ne plus consommer pendant au moins 72 heures avant l’étude à ceux à qui ils n’avaient pas imposé une telle condition, ils se sont rendu compte que la période d’abstinence effaçait presque tous les effets délétères.

«Ça me rassure un peu, quand même, parce que ça montre que les effets cognitifs ne sont peut-être pas aussi importants qu’on le croyait, commente Claude Rouillard, spécialiste du cerveau et des toxicomanies de l’Université Laval qui n’a pas participé à l’étude du JAMA – Psychiatry. Mais il faut faire attention de ne pas verser dans l’excès inverse.»

L’article a beau être «très intéressant», avertit M. Rouillard, cela ne reste qu’une étude parmi d’autres — et plusieurs de ces «autres» ont suggéré, ces dernières années, que la consommation lourde de marijuana à l’adolescence pouvait réduire le QI de manière permanente.

En outre, poursuit M. Rouillard, l’article du JAMA – Psychiatry «a des faiblesses, aussi. Par exemple, les 69 études sur lesquelles il s’appuient ont été réalisées entre 1973 et 2017. C’est très long. Dans les années 70, les méthodes d’expérimentation n’étaient pas les mêmes qu’aujourd’hui, et le cannabis était beaucoup moins fort.» Cela a pu réduire artificiellement l’effet de cette drogue dans l’étude.

«Un autre bémol que j’ajouterais, enchaîne M. Rouillard, c’est que cette étude ne mesure pas la quantité de cannabis qui est consommée [ndlr : certaines expériences comparaient des fréquences d’usage, et non des quantités consommées]. Et j’ai bien l’impression que les effets délétères surviennent en fonction de cette quantité-là. Si on fait un parallèle avec l’alcool, si on regarde ceux qui boivent tous les jours, il peut y en avoir qui prennent un verre de vin par jour, et d’autres qui prennent une bouteille par jour. Et on ne parle pas du même genre de risque pour la santé.»